Lorsque Jésus parle avant lAscension, cest donc aux « apôtres », choisis sous laction de lEsprit-Saint. Le terme est absent de lévangile de Jean, présent une fois chez Matthieu et deux fois chez Marc, contre 6 fois dans lévangile de Luc et 31 fois dans les Actes : cest donc un terme que lon peut qualifier a priori de lucanien.
Cher Matthieu, le terme apparaît dans le choix de ceux qui vont suivre Jésus et qui sont donc ici appelés « les douze apôtres » (10,2) ; ailleurs Matthieu parle simplement des Douze ou des douze disciples. Chez Marc, le terme napparaît quen 6,30-31, de manière inattendue, et il représente un ensemble que lon pourrait croire plus large, mais le passage renvoie à 6,7 où les apôtres en question envoyés en mission sont « les Douze » ; ailleurs, Marc parle toujours des Douze, sans autre précision, en particulier lors de leur appel. Manifestement, lun et lautre évangéliste ne sont guère familiers du terme, alors quils connaissent la réalité des Douze.
Pour Luc, en 6,13, le terme dapôtres est le qualificatif particulier des Douze : « il en choisit douze, quil nomma apôtres ». On comprend ainsi 22,14 ou 24,10 ou Ac 1,2. Pourtant, si lon compare 17,1 et 17,5, il semble que les apôtres soient plus largement les disciples, à moins de considérer, inversement, que les disciples sont essentiellement les apôtres. En fait, compte tenu des passages cités sur les Douze, ils ne peuvent être apôtres que par extension ou par participation.
Le Vocabulaire de Sciences Bibliques biblique signale avec raison que, quoi qu'il en soit du terme apôtre, lidée dapostolat, autrement dit denvoi attitré, est antérieure à la tradition néotestamentaire : il y a les ambassadeurs qui doivent être traités comme le roi lui-même (2 S 10), il existe surtout dans le judaïsme rabbinique des shelihin, des envoyés, au nombre desquels il paraît possible de compter Paul lorsquil « demande des lettres pour les synagogues de Damas » (Ac 9,2). Cest au nom de cette tradition, qui dépasse léquation lucanienne apôtres = Douze, quil existe une tradition de « soixante douze envoyés » transmise par le même saint Luc (Lc 10,1), et plus encore que Paul, qui nest pourtant pas témoin immédiat de la résurrection, peut revendiquer à son tour le titre dapôtre (Rm 1,1 ; Ga 1,15 etc.).
Version 1.0 - septembre 1999
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