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I. Le cadre général

La fin du chapitre 9 nous met déjà en face de Pierre, d’un Pierre missionnaire, mais dans le cadre d’une mission limitée aux saints (v. 32) ou aux disciples (v. 36) ; avec le chapitre 10, nous allons découvrir un nouveau Pierre, entrant dans un champ apostolique nouveau, celui que développera Paul plus tard, mais qu’a d’une certaine manière déjà inauguré Philippe en présence de l’eunuque : le temps de la mission aux païens est venu. Le païen auquel Pierre est envoyé, qui nous est présenté dans les versets 1-2, n’est toutefois pas un païen « de la pire espèce » : c’est un craignant-Dieu, autrement dit un sympathisant du judaïsme, un homme bien disposé qui pratique de larges aumônes à l’égard du peuple juif ; avec lui, le Rubicon n’est pas encore franchi. Mais il reste que c’est un païen.

On sait qu’à cette mission, Paul sera appelé par le Seigneur par-delà sa volonté : Luc nous l’a rapporté au chapitre 9. De la même manière, Pierre n’acceptera d’étendre le champs de la mission aux païens, de lui apporter sa caution, qu’au prix d’une intervention divine particulière : c’est cela qui nous est rapporté au chapitre 10.

L’histoire met en scène un centurion : dans son évangile, au chapitre 7, v. 1-10, Luc, et lui seul parmi les évangélistes, en avait évoqué un autre, présent dans la région de Capharnaüm ; c’était aussi semble-t-il un craignant-Dieu. Certains se demanderont si les centurions avaient une perméabilité particulière à la religion juive, mais on doit plutôt penser que Luc a volontairement mis le même type de personnage en scène, afin de lier l’attitude du disciple Pierre à celle de son maître Jésus.

Ce lien entre Jésus et Pierre se double d’un autre lien, entre Pierre et Paul. Ne serait-ce qu’au plan littéraire : dans le chapitre 9, la « conversion » de Paul est rapportée grâce au schéma de la double vision, celle d’Ananie et celle de Paul ; et il en va de même au chapitre 10, avec la vision de Corneille et celle de Pierre. Le rapport est même plus étroit, touchant au déroulement de la vision : à celui qui lui apparaît, Paul demande (v. 5) « qui es-tu, Seigneur ? » ; à l’ange qui l’appelle, Corneille pose pratiquement la même question, « qu’y a-t-il, Seigneur ? ». Et le dialogue continue dans lequel Dieu guide pas à pas chacun de ces hommes…

La particularité de ce chapitre 10 par rapport au chapitre 9 tient en fait au grand discours de Pierre qui le conclut : on le verra, c’est à nouveau une composition lucanienne, destinée à tirer les leçons de l’événement.

Version 1.0 - septembre 1999
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