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Jean-Michel MALDAMÉ, op La Bible à l'épreuve de la science,
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3. Réflexions théologiquesIl importe pour clarifier notre vie de foi de réfléchir sur cette question, sans entrer dans les implications politiques actuelles . La question radicale est : une conviction est-elle à la source d'une falsification de la narration des événements ? Pour répondre à cette question, il faut une réflexion sur la méthode, pour bien voir que l'archéologie ne s'oppose pas à la foi - au contraire ! 1. Un choix méthodologiqueL'attitude scientifique est indépendante vis-à-vis de toute confession de foi. Ceci vaut pour l'archéologie qui est une pratique scientifique. Un signe de cette indépendance est la détermination du cadre qui permet de situer les événements historiques. Il y a là un choix ; il est nécessaire en ce sens qu'on ne peut pas ne pas choisir, car toute analyse repose sur des postulats et des axiomes. L'histoire biblique, que reprennent les lecteurs croyants, détermine une chronologie d'histoire sainte. Les événements sont situés dans le cadre des événements qui sont compris comme salutaires ou salvifiques. Aussi le calendrier fixe-t-il comme repères la migration d'Abraham, l'arrivée de Jacob en Egypte, l'action libératrice de Moïse, la prise de Jérusalem par David, la construction du Temple par Salomon, l'Exil, le retour d'Exil,... C'est là une histoire qui n'a de sens que pour un peuple dont l'identité se fait par la foi. L'histoire retracée par l'archéologie n'a pas les mêmes repères. Ce sont des repères liés à ce que l'archéologie saisit dans ses investigations : donc une histoire culturelle dont les éléments caractéristiques sont matériels. On parle donc d'âge du bronze, d'âge du fer26. On affine ceci par des classifications liées aux techniques de la poterie, aux motifs et aux formes des objets d'art... Il y a là quelque chose d'englobant : d'une part on ne prend pas en compte une seule tradition, mais toutes. D'autre part, on ne prend pas en compte seulement des textes, mais toute la production humaine que l'on peut rejoindre par les fouilles archéologiques. Les archéologues se placent dans une perspective qui a pour effet de relativiser le calendrier de l'histoire sainte et la prétention du récit biblique à servir de cadre à l'histoire de l'humanité. 2. La mémoire construiteLa comparaison des textes bibliques avec d'autres ensembles littéraires et culturels a pour effet de bien montrer un phénomène universel : la mémoire collective d'un groupe social privilégie certains événements. Tous les événements ne sont pas mis sur le même plan. Or cette classification, qui hiérarchise et met aux oubliettes certains événements, est une interprétation. Ce processus est universel. Une réflexion épistémologique sur la science souligne le rôle construit de la recherche scientifique et de l'exposé des théories scientifiques. Ainsi la mémoire demande à être reconstruite chaque fois que paraît un événement nouveau. Il demande une réorganisation de la vision d'ensemble et une réévaluation des autres événements. C'est en fonction du présent que l'on juge du passé et quand le présent change, le regard change. L'histoire est donc toujours en travail de réécriture. L'archéologie invite à ce travail. Le chantier des études bibliques est donc ouvert. Il le restera. 3. La valeur de l'histoireLe débat est important parce que pour la tradition judéo-chrétienne, à la différence des autres traditions religieuses, l'histoire est essentielle. Pierre Gibert a montré comment la notion d'histoire est étroitement liée à la Bible, et avec elle l'intention de proposer une vision de l'humanité en son entier. Il y a une grande différence entre les chroniques anciennes et la vision d'ensemble de ce qui a été vécu par les hommes. C'est pour cette raison que le développement de l'archéologie a été le fait de ceux qui voulaient mettre en oeuvre cet aspect de la culture chrétienne (ou post-chrétienne) qui habitait les Universités et les Écoles européennes. La critique historique est nécessaire, puisque le salut est lié à un événement. C'est dans cet esprit qu'un archéologue écrit : «L'archéologie biblique a l'attrait d'une science qui cherche à élucider l'histoire des temps anciens en mettant au jour leurs vestiges. Mais elle présente un intérêt supplémentaire : celui de nous aider à comprendre et interpréter le livre de notre foi. Un des aspects les plus fascinants de ces recherches est de nous aider à vérifier l'authenticité de l'histoire des Écritures, qui sont le fondement de notre foi»27. L'expérience montre que ce n'est pas un travail de tout repos, parce que les fondements sont remis en cause par la science. Il faut sans cesse reprendre le travail. Ce n'est pas le signe de l'imperfection, mais bien le signe que la vérité ne tombe pas toute faite du ciel. 4. La manière de lireDans cette exigence, la manière de lire le texte importe. Comme le disait le P. Lagrange, ce n'est pas parce qu'un texte se présente comme le compte-rendu d'un événement que son auteur fait oeuvre d'historien, au sens actuel du terme. Aussi les livres de la Bible qui sont présentées habituellement comme "historiques" ne sont pas conforme aux exigences méthodologiques actuelles. Il serait fallacieux de demander à des hommes du passé lointain de raisonner et d'appliquer les mêmes méthodes qu'aujourd'hui - ce serait ne pas avoir "le sens de l'histoire" en matière culturelle. La notion d'objectivité est récente. C'est une lente conquête qui assume une longue tradition, et qui s'est développée dans le cadre universitaire. Aussi les textes doivent être lus selon leur nature ; la notion de "genre littéraire" déjà évoquée, s'impose ici. Que le récit manque à la qualité d'objectivité ne doit pas conduire à penser qu'il y a falsification. Il faut en tenir compte dans la lecture des textes et cette souplesse fait partie de la nécessaire intelligence du texte. C'est le sens littéral. Reconnaître cette dimension, ce n'est pas renoncer aux exigences intellectuelles qui fondent la modernité et font la valeur de la rigueur scientifique. 5. La fin de l'intoléranceLes remises en cause venues de la science - en l'occurrence l'archéologie - invitent à une lecture moins intolérante. La reconnaissance que la présentation du livre de Josué ne correspond pas à la réalité - affirmation ancienne que l'ouvrage de Finkelstein et Silberman radicalise - est une bonne nouvelle. Car enlever l'enracinement concret d'une conquête qui n'a jamais eu lieu enlève tout fondement à ce qui pourrait être compris comme "guerre sainte". C'est là un élément important pour la théologie de la paix, plus à l'aise avec une figure emblématique de la royauté de Jérusalem qui n'entre pas dans la perspective impériale ou théocratique - même si celle-ci est présente dans certains textes messianiques. Le caractère mélangé du peuple enlève tout fondement à des exigences ethniques pour privilégier la culture et la foi. La faiblesse reconnue au royaume de David et de Salomon rompt avec toute visée d'hégémonie. La lecture "nationaliste" du texte est devenue impossible. Le lecteur doit se dire en lisant les pages de la Bible qu'il lit une interprétation et qu'il doit tenir compte du contexte pour accéder au texte original. Le sens "littéral" suppose la connaissance de l'auteur et de sa manière d'être et de voir le monde. 6. Le mouvement de l'histoireUn autre point théologique est ici soulevé. La lecture chrétienne des Écritures repose sur le principe que tout l'Ancien Testament est une préparation de la venue du Messie et que les textes et les événements figurent le Messie. Ce principe préside à l'écriture du Nouveau Testament. Or cette lecture repose sur un fondement pluriel. Il n'est pas d'événement pur et absolu ; le texte biblique existe comme tel. Ainsi le principe de lecture est souple. La valeur prophétique du texte comme figure, pour reconnaître en Jésus le Messie, repose sur la manière dont les rédacteurs du Nouveau Testament recevaient le texte dans la culture de leur époque. Que le récit colle très "exactement" à la réalité n'introduit pas un doute sur la valeur du texte comme prophétie. 7. La parole plus que la lettreLa relativisation de la valeur documentaire des textes selon une lecture qui prend tout à la lettre a pour effet d'introduire une dimension spécifique de la lecture croyante des Écritures. La lettre n'est pas un absolu ; elle est au service de la parole. C'est la parole qui est vivante et qui est source de vie. La parole est en effet liée à la vie.... le texte est au service de la vie. Celle-ci est en excès par rapport à ses constituants. La parole est en excès par rapport au texte fondateur. Un texte particulier peut véhiculer un message qui ne se lie pas à sa matérialité : Ainsi la référence à l'Exode et sa proclamation dans la liturgie, comme événement fondateur, font que l'Exode est vécu par tous ceux qui communient dans la parole vive à ce que cela signifie : la rupture avec l'asservissement, la peur surmontée pour s'engager dans un itinéraire périlleux, la persévérance pour durer dans le désert, la fragilité éprouvée de la foi, le désir de la paix et de l'accomplissement de la promesse... C'est par la parole que cela prend sa vraie dimension. La racine événementielle peut être mineure et précaire aux yeux de l'histoire universelle, l'événement devient source et repère fondateur pour la vie. La remise en cause de la lecture littérale ou fondamentaliste du texte biblique invite à vivre de la parole. 26 Voici les dates retenues : Bronze ancien : 3100-2200 ; Bronze intermédiaire : 2200-2000 ; Bronze moyen : 2000-1550 ; Bronze récent : 1550-1150 ; Fer I : 1150-900 ; Fer II : 900-586 ; après l'Exil on dit Fer III : Période babylonienne : 586-538 ; Période perse : 538-333. Les deux dernières périodes sont liées à la chronologie biblique. 27 J. A. THOMSON, «La Bible à la lumière de l'archéologie», dans La Bible et sa culture, Genève, édit. Guebwiller, 1988, p. 7.
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