Lattente messianique dIsraël à lépoque de Jésus est difficile à définir précisément : elle est probablement mêlée. On peut penser que le « fil royal » court encore, par exemple à partir de Rm 1,3-4 : on attend un descendant de David, ce roi qui avait marqué ses contemporains (il est annoncé de belle manière en Nb 24,7.17-19), et auquel le prophète Nathan avait promis une féconde descendance (2 Sm 7,12s) que Dieu bénirait de toutes manières. Plusieurs prophéties dIsaïe viennent compléter le tableau : 7,14 ; 9,1-6 ; 11,1-9.
Avec lExil, et la fin de la royauté, cette attente apparaît déçue. Ce nest sans doute pas un hasard si la figure du serviteur souffrant apparaît dans le deuxième livre dIsaïe (52,13 53,12) : dans son humiliation, ce serviteur nen bénéficie pas moins dun vrai triomphe (Is 53, 11). Mais ce fil là, qui connaîtra bien sûr une grande postérité chez les chrétiens, nest pas vraiment tiré dans la tradition juive.
La persistance à lépoque de Jésus du messianisme royal est nettement perceptible dans nos évangiles. En proclamant que « le Royaume de Dieu est tout proche » (Mc 1,15) ou « quil est arrivé jusquà vous » (Mt 12,28), Jésus a pu donner limpression de sinscrire dans cette ligne ; et on sexplique que les gens aient voulu le faire roi (Jn 6,15) ou quils sinterrogent sur sa véritable royauté (Mt 27,42 ; Mc 15,32) : ils viennent à lui pour lexpression dun tel messianisme (voir la vocation de Nathanaël en Jn 1,49).
Il faut donc que Jésus sexprime à ce sujet pour remettre les choses en place. Lexpression la plus célèbre de cette mise au point se rencontre en Jn 18,36 : « Mon royaume nest pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume nest pas dici. » Et les modalités de participation à un tel royaume sont foncièrement différentes de ce quattendaient les Juifs : « Ce nest pas en me disant: Seigneur, Seigneur, qu' on entrera dans le Royaume des Cieux, mais cest en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7,21 ; remarquer en passant précisément lusage de la titulature Seigneur).
Ce faisant, Jésus donne naissance à la thématique des deux règnes, qui trouvera son apogée dans la Cité de Dieu de saint Augustin, mais que lon rencontre déjà chez Paul, en particulier dans la lettre aux Romains : « Ne savez-vous pas quen vous offrant à quelquun comme esclaves pour lui obéir, vous devenez les esclaves du maître à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de lobéissance pour la justice » (6,16).
Version 1.0 - septembre 1999
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