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c) Le Messie souffrant

L’appellation Christ se rencontre 53 fois dans les évangiles, mais 360 fois dans l’ensemble du Corpus paulinien : c’est dire que la qualificatif est devenu une quasi-exclusivité paulinienne. Chez saint Matthieu, le terme apparaît tout à fait équivalent à celui de Messie : Jésus est celui que l’on appelle Christ, autrement dit le réputé Messie (Mt 27,17.22) ; on peut dire la même chose de Jean (cf. 1,41 ou 4,25), à ceci près qu’apparaissent dans cet évangile de nombreuses interrogations sur le Messie et ses nécessaires caractéristiques (7,26.31.41-42 etc.) ; Mc ne présente aucune originalité particulière, à la différence de Luc où l’on voit déjà poindre, dans la scène d’Emmaüs, non plus seulement comme chez Jean des interrogations, mais la nécessité apologétique de justifier l’existence d’un Messie souffrant : 24,26.46.

Comme on peut le voir à partir de Ac 17,3, mais aussi déjà dans les premiers discours de Pierre (Ac 2,31.36 ; 3,18), l’annonce d’un messie souffrant continue de faire obstacle à la prédication chrétienne en milieu juif. Et quand Paul revendique en 1 Co 1 la bonne nouvelle d’un messie crucifié, on sent comme une sorte de défi. C’est ce même Paul qui va faire du titre Messie, autrement dit Christ en grec, comme le prénom usuel de Jésus : il s’agit presque d’un nom propre. L’expression « Jésus-Christ » ou « Christ Jésus » revient 164 fois dans l’ensemble du Corpus Paulinien (Pastorales y compris), et elle se trouve très harmonieusement répartie dans toutes les lettres : c’est presque le sceau de l’origine paulinienne ; mais en vérité, il faut être conscient qu’il s’agit là d’une proclamation de foi.

On remarquera que le thème de la croix ou de la crucifixion n’est pratiquement pas associé avec les autres titulatures : jamais avec celle du Fils, presque jamais avec celle de Seigneur. Considérons en effet les deux occurrences possibles. En 1 Co 2,8, Paul affirme que « si les princes de ce monde avaient su, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire », mais l’accent porte ici sur la gloire et non sur la crucifixion ; quant à Ga 6,14, Paul refuse toute glorification sinon « dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » : autant dire que la croix est autant celle du Christ que celle du Seigneur. Pour Paul, l’accent de la croix est mis en relation avec la titulature de Christ ou Messie, car c’est vraiment là qu’elle faisait difficulté.

Version 1.0 - septembre 1999
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