Sommaire

Fr. Jacques MARTIN op
Echange autour d'un texte

    TEXTE : Jean XXI, 1-14

    1 Jésus se manifesta de nouveau disciples sur les bords de la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta. 2 Simon Pierre, Thomas qu'on appelle Didyme, Nathanaël de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples se trouvaient ensemble. 3 Simon Pierre leur dit : «Je vais à la pêche. » Ils lui dirent : « Nous allons avec toi. » Ils sortirent et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prirent rien.
    4 C'était déjà le matin lorsque Jésus se tint sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui. 5 Il leur dit : « Eh, les enfants, n'avez-vous pas un peu de poisson ? » - « Non ! », lui répondirent-ils.
    6 Il leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. » Ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu'ils ne pouvaient plus le ramener.
    7 Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, Simon Pierre mit son vêtement - car il était nu - et se jeta à l'eau.
    8 Les autres disciples revinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons : en fait, ils n'étaient pas bien loin de la rive, à deux cent coudées environ.
    9 Une fois descendus à terre, ils virent un feu de braise sur lequel on avait disposé du poisson et du pain. 10 Jésus leur dit : « Apportez donc ces poissons que vous venez de prendre. » 11 Simon Pierre remonta donc dans la barque et il tira à terre le filet que remplissaient cent-cinquante-trois gros poissons; et quoi qu'il y en eût tant, le filet ne se déchira pas.
    12 Jésus leur dit : « Venez, déjeunez. » Aucun des disciples n'osait lui poser la question : « Qui es-tu ? »; mais ils savaient bien que c'était le Seigneur.
    13 Alors Jésus vient; il prend le pain et le leur donne; il fit de même avec le poisson.
    14 Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples une fois ressuscité d'entre les morts.

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Le récit proposé dégage, en première lecture, une impression de complexité. Il comporte en réalité deux épisodes successifs, celui de la pêche surabondante et celui du repas de poissons et de pain, offert aux disciples par le Ressuscité. Jésus se donne à reconnaître à deux reprises, une première fois à l'occasion de la pêche (v.7) et une seconde au cours du repas (v.12 b). Les poissons sont déjà sur le gril au v.9, avant d'être apportés aux v.10-11... Il est donc plus que vraisemblable que deux récits différents ont été fusionnés en un seul par l'auteur de notre texte.

Or, sans être exégète professionnel, le lecteur familier des évangiles peut opérer des rapprochements entre la scène ainsi composée et divers événements rapportés par les synoptiques.

On pense tout d'abord et naturellement à la " pêche miraculeuse " de Lc 5,1-11, récit de vocation des apôtres, Simon Pierre et les deux fils de Zébédée, convoqués à devenir pêcheurs d'hommes.

Le même évangile de Luc situe au soir de Pâques et à Jérusalem une manifestation du Ressuscité à ses ex-compagnons ébahis. " Avez-vous ici quelque chose à manger ? " Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. Il prit et le mangea sous leurs yeux (Lc 24,41-43). Ceci n'est pas sans relation avec Jn 21, 9-10.

Par ailleurs Jn 21,7 a son équivalent dans le récit de la marche sur les eaux en Mt 14,22-33. Jésus rejoint de nuit ses disciples troublés et donne à Simon Pierre l'ordre de venir à lui en marchant sur la mer. L'apôtre s'avance... et coule, ce qui revient peu ou prou à se jeter à l'eau (Mt 14,29-30).

Comment donc expliquer pareils recoupements et démêler cet imbroglio ?

L'étude approfondie de l'ensemble des textes permet de proposer les conclusions suivantes, avec de fortes chances d'exactitude :

Un ancien Document (aujourd'hui disparu mais que l'on peut tenter de reconstituer) a servi de source à nos actuels évangiles. Il comportait entre autres deux récits, celui de la pêche miraculeuse et celui d'un repas offert par le Ressuscité après sa manifestation au bord de la mer. L'épisode de la pêche se situait alors (comme aujourd'hui en Luc) au début de la vie publique et représentait le troisième des « signes » accomplis en Galilée par Jésus 1 qui se présentait ainsi comme le Prophète semblable à Moïse, annoncé par Dt 18,18 en référence à Ex 4,1-9. Quant à l'épisode du repas post-pascal 2, il se trouve actuellement en Jn 21,5.9.12-13, texte qui ne forme pas un récit complet mais a été amputé de son début.

Or ce début manquant est en réalité constitué par l'épisode de la marche sur les eaux, que nombre d'auteurs tiennent pour un récit de manifestation pascale de Jésus, et qui a été transformé et déplacé au cours de sa transmission dans la tradition évangélique.

Ce dernier récit en effet, si on le dépouille de certains traits parasites qui proviennent de l'épisode de la tempête apaisée, montre Jésus marchant sur la mer à la rencontre des disciples effrayés et se faisant reconnaître d'eux : C'est moi, n'ayez pas peur (Mc 6,20). Comme ils veulent le prendre dans la barque, celle-ci touche terre sans que Jésus y soit monté. On a là le schéma très simple d'une manifestation du Ressuscité. Et l'on sait qu'une telle rencontre en Galilée est annoncée lors de la découverte du tombeau vide en Mc 16,7 et Mt 28,7, bien que, curieusement, elle ne soit racontée en aucun de ces deux documents.

Cependant le récit de la marche sur les eaux en Mc/Mt contient un détail qui ne se retrouve pas en Jn 21 mais va dans le sens de "l'apparition" : Mais eux, le voyant marcher sur la mer, pensèrent que c'était un fantôme et poussèrent des cris (Mc 6,49; Mt 14,26). En effet, le mot grec jantasma, traduit par « fantôme », signifie littéralement « apparition » du spectre d'un mort (cf 1 S 28,8-14). Il est hautement vraisemblable que, soucieux de souligner le réalisme de la résurrection, d'éviter à tout prix la "fantômisation" de Jésus, les auteurs des premiers évangiles ont transformé le récit de la manifestation pascale au bord du lac, comportant le repas, en une marche sur la mer placée durant la vie publique et après la multiplication des pains. Il n'y avait de la sorte plus d'inconvénient à ce que le Maître soit, un moment, pris par les siens pour un fantôme 3.

Luc n'a pas retenu cet étrange épisode de la marche sur les eaux. Sans doute au courant de la transformation opérée par Mc/Mt, il n'a conservé que la seconde partie de la manifestation de Jésus sur la plage : le repas post-pascal. Mais il le place à Jérusalem, la Ville sainte jouant pour son propos théologique un rôle capital qui l'oblige à clore son évangile dans la Cité de David, où il l'avait commencé, avant de déployer les Actes des Apôtres entre Jérusalem et Rome. Il note cependant en 24,37 que les Onze assemblés s'imaginent voir un esprit, et insiste fortement à cette occasion sur la chair et les os de Jésus (cf Lc 24,39-40 et Jn 20,20a ; Lc 24,38 et Mc 6,50). C'est bien également pour détromper les disciples que le Ressuscité demande quelque nourriture et mange le poisson grillé : ce qui montre à quel point le risque de confondre le Premier-Né d'entre les morts avec un revenant inquiétait la communauté primitive !

Enfin l'un des principaux rédacteurs du quatrième évangile a composé un récit de la marche sur la mer après la multiplication des pains (Jn 6,16-21). Il a mis en scène une manifestation de Jésus aux disciples réunis à Jérusalem, sans mentionner de repas (Jn 20,19-28). Il a ensuite rédigé ce chapitre 21 - qui constitue un appendice au récit total, lequel avait déjà reçu une conclusion après l'épisode de la manifestation du Ressuscité à Thomas (Jn 20,30-31). Pour ce faire, il a déplacé l'épisode de la pêche miraculeuse 4 et raconté la manifestation lacustre telle que nous la lisons actuellement, précisant toutefois que Jésus se tient sur le rivage au lieu de marcher sur les eaux. (Dans le document primitif aujourd'hui disparu, Jésus devait en effet marcher au bord de la plage, provoquant la peur des disciples qui le prirent d'abord pour un "esprit" 5).

Nécessairement sommaire, l'exposé qui précède conduit à réviser l'idée que nous nous faisons trop souvent des évangiles. Impossible de reconstituer hâtivement une "biographie" de Jésus en disposant en séquence des détails ou récits prélevés sans discernement dans les divers documents dont nous disposons ! Une compréhension correcte interdit de commenter sans précautions un épisode de la vie du Christ par les textes d'un autre auteur 6. Chacun de ces auteurs s'efforce d'enseigner une théologie particulière et développe un propos personnel d'après le schéma qui lui est propre 7. De même qu'avec une série de diapositives représentant chacune un élément de réalité on peut effectuer des montages fort différents selon l'idée directrice qui préside à leur ordonnancement, de même les évangiles distribuent les souvenirs relatifs à Jésus en fonction d'un plan et d'un souci spécifiques de chaque écrivain. Et plusieurs rédacteurs successifs 8 ont remanié chacun des montages avant de parvenir à la composition "définitive" que nous connaissons. - Tous ceux qui parmi nous ont des responsabilités d'éducation de la foi, de catéchèse, doivent se familiariser avec ces perspectives, afin d'éviter des présentations simplistes ou erronées, désormais tout à fait inacceptables par les jeunes générations 9...

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Ces précisions données au fil des discussions et à propos des constats d'incohérence du récit établis par plusieurs intervenants, les diverses composantes du texte suggèrent une foule de commentaires et de réflexions.

On remarque d'abord l'énumération des disciples. Ils sont au nombre de SEPT, chiffre qui symbolise la totalité. Ceci est intentionnel : le mot disciple figure sept fois dans le texte. Dans l'épisode johannique de la vocation des apôtres, il était question des deux disciples (Jn 1,35, à quoi fait écho notre verset 2) et le mot revenait également deux fois (Jn 1,35.37).

À Simon Pierre et aux deux fils de Zébédée - qui figurent en Lc 5,10 - Jean a donc, pour parvenir à sept, ajouté Thomas (qui joue un rôle essentiel dans le chapitre précédent, cf aussi Jn 11,16; 14,5s), Nathanaël et deux autres disciples repris de Jn 1,35-51. Nathanaël, contemplatif des Écritures, n'est en rien un pêcheur professionnel ! Mais appelé d'abord, avec les deux autres, il bénéficie comme eux de la manifestation du Ressuscité. Venus du premier chapitre et figurant dans le dernier, Pierre et Nathanaël sont ainsi les témoins de tout l'itinéraire de Jésus dont l'action prophétique et la mort-résurrection s'éclairent et se motivent mutuellement (cf Ac 1,21-22). Mais le chiffre sept signifie également que l'ensemble des disciples de Jésus, c'est à dire les chrétiens de tous les temps, sont appelés à partager le repas offert par le Seigneur, à devenir témoins, "pêcheurs d'hommes". D'où, au v.1, l'expression à ses disciples, qui ne se comprend guère qu'en référence à la totalité et n'aurait pas convenu à un récit ne concernant que Pierre et les deux ex-compagnons du Baptiste (Jn 1,25.27).

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Cette nuit-là, ce matin-là : plusieurs évoquent le symbolisme de ces précisions chronologiques. L'alternance soir/matin scande au premier chapitre de la Genèse le récit de la création. Le petit matin est souvent, dans la Bible, le moment des grandes décisions ou des interventions de Dieu : cf l'histoire d'Abraham se levant aux aurores pour obéir au Dieu vivant (Gn 22,3), la culbute matinale des égyptiens dans la mer Rouge (Ex 14,24) etc. La nuit, c'est la ténèbre, le déclin, le chaos, la fatigue, l'échec (Jn 13,30; 6,17; Mt 27,45). Le matin, c'est le soleil, l'espérance, la fécondité, le projet, la course au tombeau vide, l'émerveillement (Mc 16,1-3) 10...

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Jésus se tint sur le rivage : quelques amis pensent immédiatement au verset de l'histoire de Jonas : Dieu parla au poisson qui vomit Jonas sur le rivage (Jon 2,11). Jonas, dormant dans la barque pendant la tempête, jeté à l'eau par l'équipage pour le salut de tous, avalé par le poisson et séjournant en son sein trois jours durant, est la figure de Jésus tué et ressuscité (Mt 12,40). Le récit de la tempête apaisée (Mt 8,23-27 et //), dont certains traits ont d'ailleurs enrichi celui de la marche sur les eaux, emprunte littérairement à l'histoire de Jonas. La mer, le monstre, la tempête symbolisent donc la mort, l'hostilité, le fuyant, le mobile, l'incertain. Ils s'opposent à la terre ferme, ce Rivage de Vie sur lequel se tient Jésus et vers lequel nous marchons : Ils allaient le prendre dans la barque mais la barque aussitôt toucha terre au lieu où ils se rendaient (Jn 6,21)...

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Les disciples ne savaient pas que c'était lui. Comme à l'accoutumée, beaucoup s'interrogent sur les motifs de cette difficulté à reconnaître Jésus. Le récit primitif de la pêche surabondante a été en effet transformé ici en apparition de reconnaissance, selon un jeu de scène déjà mis en œuvre pour la manifestation à Marie de Magdala (Jn 20,14 s). La raison de la méconnaissance ne tient ni à la distance (200 coudées font à peine 90 mètres !), ni à la pénombre de l'aurore. Mais le Prophète a été assassiné, il a fini lamentablement, il est tenu pour mort définitivement par les compagnons qui sont revenus à leurs occupations professionnelles antérieures. À leur étonnement, s'ajoute surtout le fait que Jésus ressuscité n'est pas revenu purement et simplement à sa vie antérieure : il est désormais "hétéromorphe", vivant-sous-une-autre-forme (Mc 16,12), il a été "métamorphosé" (cf la Transfiguration). Il appartient à un monde autre, qui ne présente pas les mêmes caractéristiques physiques que le nôtre. Enfin Jésus est SEIGNEUR (infra). Il faudra donc la foi, l'illumination du cœur pour le reconnaître. Le signe de la pêche aidera à cette démarche comme l'appel de Marie par son nom l'avait portée à croire (Jn 20,16). Encore note-t-on que la confiance des disciples est préalable au "miracle". Il faut accepter de faire ce que propose l'Inconnu pour en expérimenter la fécondité. Il faut se fier à une parole apparemment arbitraire et que l'échec de la nuit précédente semble d'avance démentir...

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À propos du côté droit de la barque certains tentent d'ironiser politiquement... Mais plus sérieusement, on fait remarquer que la droite est, dans l'Écriture, le lieu du salut : Jésus a été exalté à la droite de Dieu (Ac 2,33), il est debout à la droite de Dieu (Ac 7,55), les justes sont placés, lors du jugement, à la droite du Fils de l'homme (Mt 25,33) etc...

On peut, sans épiloguer, se montrer attentif au fait que le Ressuscité va rencontrer les siens sur les lieux même de leur travail 11. En dehors de sa Présence, les efforts demeurent vains : Sans moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15,5). Si le Seigneur ne garde la Cité, la sentinelle veille inutilement; si le Seigneur ne bâtit la maison, le maçon se fatigue pour rien (Ps 137). Quelqu'un doit désigner nos véritables objectifs, qui ne se situent pas, en réalité, dans le prolongement naturel de notre logique, de notre pente spontanée. La rencontre du Christ opère un changement de cap. Le point d'application de nos efforts s'en trouve déplacé. Il y a reprise à nouveaux frais, rupture, conversion...

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Or la reconnaissance du Ressuscité appartient en premier lieu au disciple que Jésus aimait. Ce personnage est apparu en Jn 13,23, dans le récit du dernier repas. On le retrouve au pied de la croix en Jn 19,25-26. Il est identifié par Jn 20,2 à l'autre disciple avec, dans la plupart des textes, de la part de l'évangéliste, la volonté manifeste de l'opposer à Simon Pierre. C'est grâce à lui que Pierre peut apprendre de qui parle Jésus en annonçant sa trahison (Jn 13,23). C'est lui qui "pistonne" Pierre pour le faire entrer dans la cour du grand prêtre (Jn 18,15-16). Il devancera Pierre dans la course au tombeau le matin de Pâques, le laissant toutefois entrer le premier; et de ce seul disciple l'auteur dira : Il vit et il crut, alors qu'il ne précise en rien l'attitude personnelle de son concurrent (Jn 20,3-8) ! La fin de l'évangile semble réserver à ce mystérieux "disciple" une destinée particulière, insinuée supérieure à celle de Pierre (Jn 21,19-22). - On devine aisément, à travers ces notations, une rivalité d'écoles, opposant les cercles johanniques aux partisans d'un Simon Pierre dont la "primauté" n'est cependant jamais contestée dans les textes 12.

Quoi qu'il en soit, la "supériorité" du disciple bien-aimé doit être comprise en ce sens qu'il est le disciple par excellence, le "prototype" du disciple. Le texte de Jn 15,8-10 fournit la clé de l'interprétation :

C'est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruits, et vous serez alors mes disciples. Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour (Jn 15, 8-10). Or, Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jn 15,12; cf Jn 14,23).

C'est donc à son amour pour ses frères que se reconnaît le parfait disciple. Et il existe un strict parallélisme entre l'amour de Jésus pour son Père et celui du disciple pour Jésus, le premier rapport commandant le second. On retrouve ce thème à l'arrière-plan de Jn 13,23-26, qu'il faut rapprocher de Jn 1,18. Ces deux textes contiennent en effet une même expression qui ne se trouve nulle part ailleurs en Jean : le disciple bien-aimé est sur le sein de Jésus, tout comme le Fils unique (c'est-à-dire Bien-aimé) se trouve dans le sein du Père. Cette intimité est le fruit de l'amour. C'est pourquoi le disciple aimé de Jésus peut révéler à Pierre l'identité du traître (Jn 13,24) comme Jésus dévoile les secrets du Père. L'intelligence de l'amour permet également au disciple de reconnaître le Seigneur et d'en informer ses compagnons. Aussi bien n'a-t-il pas besoin de se jeter à sa rencontre, de plonger pour le saisir, puisqu'il vit déjà sur son sein : attitude "contemplative" contrastant fortement avec le comportement de Pierre quelque peu agité et impulsif !

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À ce propos, quelques amis s'étonnent de l'inconséquence du premier des apôtres qui s'habille au moment de se jeter à l'eau ! Imaginer le Papapoil a manifestement offusqué les traducteurs du lectionnaire officiel qui, pour ne pas scandaliser le bon peuple de Dieu, usent de cette périphrase : Pierre passa un vêtement car il n'avait rien sur lui ! Mais la nudité de Pierre doit être affirmée sans ambages (les pêcheurs travaillaient à l'époque sans vêtements) et comprise en outre au sens symbolique que nous propose le livre de la Genèse (Gn 3,21).

En effet, les récits de la résurrection se déroulent en Jean dans une atmosphère de Genèse. Nous avons noté l'alternance soir/matin. Le jardinier de Jn 20,15 n'est pas un fonctionnaire municipal payé pour semer des pâquerettes sur le saint sépulcre ! Il nous fait bien plutôt souvenir de ce qu'Adam et Ève avaient été placés dans le jardin d'Eden (Gn 2,8; noter l'insistance en Jn 19,41). Jésus ressuscité est le nouvel Adam, Premier-Né de l'humanité nouvelle au premier jour du monde neuf (1 Co 15,29.45)... Or après leur faute, Adam et Ève connurent qu'ils étaient nus et se cachèrent loin de Dieu. C'est que la conscience de la nudité n'est point affaire de morale, mais bel et bien réalité métaphysique et théologique. Pierre, après son triple reniement, est en tenue d'Adam, c'est à dire pécheur. Les yeux de son cœur se sont ouverts, il se voit dénudé, il se voit dénué. Il a perdu l'habit de gloire dont l'avait enveloppé l'appel apostolique de Jésus (Jn 1,42). Dès lors il met son vêtement, habit de mort et de misère, habit de peau de bêtes et feuilles de figuier (Gn 3,7.21) 13. Puis il se jette à l'eau. - Car le corps de Jésus, exposé sur la croix, nu, dépouillé de sa tunique (Jn 19,23; Gn 37,3; 2 Co 5,21), se tient là sur le rivage, lumineux et rayonnant (Mt 17,2). Pierre va par trois fois lui dire son amour (Jn 21,15-18). Et, de nouveau, il recevra l'habit de gloire et de justice, la tunique du prodigue (Lc 15,22), éclat de fête et d'innocence, robe d'immortalité. Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ (Ga 3,27). Revêtir le Christ, par la célébration de la foi baptismale - ainsi que le proclame le vêtement blanc - c'est entrer dans le pardon, devenir participants de la vie divine, de son resplendissement glorieux, prémices de résurrection (Ap 7,9.14). La plongée de Pierre, précédant le repas préparé par Jésus, est en réalité un éloquent symbole du baptême libérateur.

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Évoquant en son temps la dénudation du supplicié, cause de notre vestition festive et glorieuse, Jean a soigneusement précisé que la tunique de Jésus n'a pas été partagée par les soldats, mais au contraire tirée au sort (Jn 19,24). Cette tunique insécable symbolise le vêtement de l'Église indivisible, sa robe de grâce nuptiale qui ne peut être déchirée (Ap 21,2). De même, le filet qui ne se déchire pas malgré l'abondance de la pêche 14, figure et prophétise l'unité des chrétiens à travers la diversité des âges de l'histoire, des cultures et civilisations.

Le chiffre 153, affectant le produit de la prise merveilleuse, a fait couler beaucoup d'encre ! Saint Jérôme remarque que les naturalistes de l'Antiquité dénombraient 153 espèces de poissons, en sorte que le filet apostolique rassemblerait toutes les familles humaines en une seule communauté... Saint Augustin, note quant à lui que 153 est un chiffre triangulaire : il représente la somme de tous les nombres compris entre 1 et 17. Si l'on figure ces chiffres de 1 à 17 par des points disposés à égale distance selon des lignes placées les unes au dessous des autres, on obtient un triangle équilatéral dont chaque côté comporte 17 points et qui en contient au total 153. La valeur symbolique se prend du chiffre formant le côté du triangle : 17 = 10 + 7, le nombre 10 signifiant la multitude, et 7 la totalité. Les Anciens étaient friands de ces codages numériques...

Il est d'ailleurs possible d'aller plus loin, en se souvenant de la prophétie d'Ézéchiel 47,1-12 qui annonce pour l'avenir le jaillissement d'un torrent d'eau vive dans le Temple de Jérusalem. Jésus s'est appliqué cette promesse en Jn 7,38 : " De son sein couleront des fleuves d'eau vive ". Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Or ce torrent impétueux assainira tout sur son passage; il ira jusqu'à purifier les eaux de la mer Morte, qui deviendront poissonneuses : Sur le rivage, il y aura des pêcheurs. Depuis Aïn-Gaddi jusqu'à Aïn-Eglaïm des filets seront tendus. Les poissons seront de mêmes espèces que ceux de la Grande Mer (Ez 47,10). Mais on sait que les lettres de l'alphabet hébreu ont toutes une valeur numérale; ce qui permet de constater que le total chiffré de Gaddi est 17 et celui de Eglaïm 153 ! Ainsi le torrent d'Esprit issu du flanc ouvert du Crucifié (Jn 19,34-35), réalisant la prophétie d'Ézéchiel, fertilise-t-il les eaux baptismales que peuple la multitude des croyants par le ministère des Sept.

Les poissons symbolisent donc les hommes et les femmes "pris" par l'Annonce, par la Prédication de l'Évangile (au sens où l'on est pris par la parole convaincante de quelqu'un). L'unité de l'Église doit être préservée, en dépit de l'immense variété des chrétiens qui la constituent. Et la mission de Pierre est bien de tirer ce filet qui ne supporte pas de "schisme", de rupture (Jn 21,11) 15.

Comment ne pas songer dès lors à la parole de Paul VI déclarant en 1967 que le Pape représente actuellement l'obstacle le plus grave sur la route de l'Unité des chrétiens ? - Ce n'est qu'en s'inspirant sans trève de l'attitude du disciple bien-aimé, en aimant plus que tout autre (Jn 21,15), que Pierre mérite sa primauté et peut inventer les modalités d'exercice d'un ministère effectif, acceptable par tous, de l'Unité du peuple de Dieu...

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Quelques amis s'étonnent de ce que les disciples n'osent pas poser à Jésus la question : Qui es-tu ? Or, très intentionnellement, l'auteur de notre texte indique à trois reprises : C'est le Seigneur. Là se trouve à n'en pas douter la pointe du récit. Le texte en son entier tend à manifester Jésus comme Seigneur. Toujours à dessein, l'auteur affirme également trois fois que Jésus se manifesta. Si, dans un premier état de l'évangile de Jean, Jésus se montrait à quelques-uns comme le nouveau Moïse, en accomplissant trois signes (dont celui de la pêche) au début de sa vie publique, il se présente maintenant, après sa résurrection, comme le Seigneur, à la plénitude des sept disciples, dans ses trois "apparitions" (v.14).

Le titre incontournable de Seigneur porte des significations complexes qui répercutent l'usage araméen du mot "mar" (cf 1 Co ,22; Ap 22,20) ou celui de son correspondant grec "kyrios".

Dans le monde hellénistique de l'époque romaine, le Kyrios désigne le patron, le maître d'esclaves ou le propriétaire, dans le contexte des "maisons" de ce temps. C'est l'équivalent du dominus latin, le maître de maison au sens où cette dernière est un ensemble architectural, économique, sociologique et religieux. Le maître est alors celui qui donne aux siens et les fait vivre. En sorte que ce titre est d'abord fonctionnel et désigne, au sommet de l'échelle sociale, le centre et le principe vital de la maison qui est la sienne. Le mot kyrios appelle directement celui de "doulos" esclave (cf Ph 2,7.11), auquel il s'oppose.

En Orient, surtout en Égypte, le titre de kyrios sera attribué aux dieux et, à l'époque tardive, les sujets orientaux en qualifieront peu à peu les empereurs romains, - ce que certains souverains refuseront, à l'inverse de Claude, Caligula ou Néron. Domitien, à la fin de son règne (81­96), s'octroie même le titre officiellement, et l'Apocalypse ne l'oubliera pas (Ap 18,14; 19,16).

Dans le judéo-héllénisme, le mot kyrios renvoie à différents termes hébraïques (Adôn, homme important; mar, patron; rab, maître...) mais il désigne Dieu dans la traduction grecque de la Bible. Le lecteur, dans la synagogue, use d'ailleurs de ce mot pour éviter de prononcer le nom divin, lorsque le tétragramme YHWH figure encore en paléohébreu sur les manuscrits.

On conçoit dès lors que, dans le Nouveau Testament, ce nom grec soit largement appliqué à Dieu, ainsi qu'à Jésus parfaite expression du Père (1 Th 4,13-17; 1 Co 1,8 etc). L'évangile de Jean (mais non pas les épîtres johanniques) lui accorde une particulière importance. Confessé par les croyants (Jn 9,36.38) et reçu par Jésus lui-même (Jn 13,13), le titre est pleinement reconnu lors de la Résurrection : la confession de Thomas, Mon Seigneur et mon Dieu, couronne le récit total (Jn 20,28) comme une véhémente protestation contre les prétentions similaires de l'empereur Domitien.

Si donc l'usage de ce titre revient à confesser Jésus comme Dieu 16, on se souviendra opportunément de ce que, dans l'Ancien Testament, nul ne peut sans mourir voir ou nommer le Dieu vivant. Or, sur le bord du lac, le mouvement cordial de la foi reconnaît que le Crucifié, le pendu du Golgotha, cet homme exécuté en sanction de son combat pour Dieu, a été relevé par le Père, établi en condition divine, constitué Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté par sa résurrection d'entre les morts (Rm 1,4).

L'Évangile, le Mystère chrétien consiste ainsi à proclamer que le Crucifié est Seigneur, que le Seigneur n'est autre que le Crucifié. En cela se résume toute l'audace du peuple de Dieu, - à charge pour nous de le manifester en menant dans le monde le combat de Jésus, animés de son Énergie.

Lorsqu'au cours de l'eucharistie, l'Esprit nous éveille à l'audace de chanter avec le Christ "la" Prière, nous reconnaissons du même coup que Jésus est Seigneur, pour la gloire du Père. Nous déclarons que cette "audace" est à présent légitime, par le Supplicié du calvaire, en dépit de la différence qualitative infinie qui existe entre l'homme et Dieu. Il n'y a plus désormais la moindre séparation, Dieu et l'homme ne font qu'un en Jésus, on "ose" célébrer que Jésus est Seigneur, le Seigneur est Jésus...

Ce matin, l'homme abandonné par les disciples se présente vivant, dans une proximité bouleversante. Il reconstitue gratuitement la fraternité détruite par les apôtres. Il se manifeste tel qu'en lui-même, c'est à dire inchangé dans son attitude d'accueil, de pardon; invitant au repas, au partage des biens de la terre, justifiant notre combat, posant les gestes d'une fécondité possible de l'effort humain. Il a persévéré au-delà de la fin, envers et contre tous, dans son comportement de toujours, prétendant sans relâche manifester de la sorte le vrai visage du vrai Dieu. C'est bien pourquoi la mort s'est brisée contre lui.

On conviendra volontiers qu'une telle reconnaissance ne pouvait aller sans une certaine pédagogie, sans être précédée de quelque hésitation !...

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Dès lors le Repas du Seigneur vient sceller la réconciliation, renouer avec les nombreux déjeuners pris par Jésus durant sa vie publique, tant en compagnie de ses partisans qu'en celle des publicains et des pécheurs. Ce repas constitue une sorte de relai entre la dernière Cène - qui liait la mort du Prophète à la libération pascale du peuple des esclaves (Ex 12,27) - et la pratique eucharistique des chrétiens. L'étrangeté même de la mention du pain à côté des poissons, seuls vraiment en situation; la priorité que prend ce pain dans la distribution, au v.13, ont très certainement pour but d'évoquer l'eucharistie... Le thème est analogue à celui que développe Luc à propos des marcheurs d'Emmaüs. C'est en définitive lors de la célébration eucharistique, de la fraction du pain, que tout disciple peut reconnaître vraiment le Christ Jésus ressuscité (Lc 24,30.35) 17.

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Les conséquences sont obvies : ce que la pêche prophétise, ce que le Repas anticipe en présence du Vivant, il nous appartient de le réaliser par la force libératrice de son Esprit 18. C'est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruits, et vous serez alors mes disciples (Jn 15,8).

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1 Les deux premiers étaient le changement de l'eau en vin aux noces de Cana (Jn 2,1-12) et la guérison du fils du fonctionnaire royal à Capharnaüm (Jn 4,43-54).

2 Dont Lc 24,36-43 a conservé, groupés, les thèmes principaux...

3 En effet, si la résurrection des morts n'est en aucune manière leur réanimation, elle implique pourtant la totalité de leur être et donc, en quelque façon, leur corps. On connaît l'enseignement de saint Paul à propos de la corporalité "pneumatique" des ressuscités. Mais par rapport à ces réflexions de 1 Co 15,35-57, le cas de Jésus demeure très particulier puisque le deuxième Adam est à la fois Principe et Cause de notre propre résurrection qui n'est pas à confondre avec la sienne (1 Co 15,20-23). Afin de pouvoir être annoncée dans l'histoire, la victoire de la Vie intervient nécessairement sur le théâtre même de son apparente défaite, ce dont témoigne le vide du tombeau de Jésus et la disparition de sa "dépouille mortelle". Enfin, la forme sous laquelle le Vivant se montre aux siens est un corps économique qui ne préjuge en rien de la condition réelle du Christ en sa permanente actualité...

4 Indices de ce déplacement : le verbe janerow, manifester, construit au v.1 avec le pronom réfléchi, est presque toujours employé dans les évangiles pour désigner le dévoilement de Jésus comme Messie (cf Jn 7,4; 2,11...); il ne se rapporte jamais aux apparitions pascales. Et le v.14, difficile à traduire car il faut sous-entendre le mot "fois", s'apparente aux formules qui terminent les récits des signes de Cana (Jn 2,11a) et de Capharnaüm (Jn 4,54a).

5 En effet, la préposition grecque epi peut signifier sur, près de, ou au bord de. Pour lever l'équivoque du récit primitif, l'auteur de Jn 6,16-21 a ajouté au v.19b une glose absente du parallèle de Mc 6,48 : Et arrivant près du bateau... Il faut donc désormais que Jésus marche sur la mer et non plus au bord comme on devait sans doute comprendre initialement...

6 C'est ainsi que, dans le quatrième évangile, aucun intervalle de temps ne sépare réellement les diverses composantes de l'Événement pascal : Résurrection (Jn 20,1), Ascension (Jn 20,17), Pentecôte (Jn 20,22). On chercherait en vain à plaquer les précisions lucaniennes (Ac 1,3; 2,1) sur l'histoire ainsi racontée...

7 Cf les très récentes émissions d'Arte. Faut-il rappeler que le chrétien ne croit pas au texte mais en Jésus ressuscité, que le texte désigne et qui se rend présent dans l'eucharistie ? - Ce qui disqualifie tout "apprentissage scolaire" de la foi : seule la rencontre personnelle, authentiquement baptismale, du Premier-Né d'entre les morts, appelle et supporte une explicitation fructueuse par mode d'étude et d'enseignement...

8 Ce peut être la même personne agissant à diverses reprises...

9 On connaît par exemple les difficultés que rencontre la transmission du récit de la marche sur les eaux ! Le peu que nous en avons dit confère, à l'évidence, une plus grande liberté au commentateur, à l'égard du "merveilleux" présenté par cet épisode...

10 Pour l'Hébreu comme pour les hommes de l'Antiquité et du Moyen Âge, qui pouvaient si mal s'éclairer la nuit, le crépuscule est le commencement de l'angoisse et l'aurore une heure d'euphorie. Au soir la visite des larmes, au matin les cris de joie (Ps 30,6). La nuit, temps de la peur, devient la figure de tous les malheurs possibles. (J.-P. Jossua)

11 Tendre et familière, l'interpellation : Eh, les enfants ! ne comporte rien d'humiliant ni de vexatoire...

12 Ce disciple que Jésus aimait déclare lui-même en Jn 21,24 être l'auteur du quatrième évangile. Son identification avec Jean l'apôtre, ne va pas sans difficultés, tant littéraires qu'historiques. (Exemple : le fils de Zébédée a très probablement été martyrisé très tôt, comme en témoignent les plus anciens calendriers liturgiques, trop tôt pour avoir pu rédiger les écrits "johanniques"). En réalité, cette question de l'identité des différents auteurs de l'évangile dit " de Jean " demeure ouverte. Nombre d'exégètes pensent à Lazare, dont il est dit expressément en Jn 11,3 que Jésus l'aimait. Papias parle vers 135 d'un certain Jean l'ancien, chef de communauté qui a transmis des traditions du Seigneur (cf 2 Jn 1; 3 Jn 1). La Tradition antique a peut-être confondu ce Jean l'ancien avec l'apôtre Jean...

13 Le vêtement que porte l'homme déchu est un souvenir du vêtement perdu qu'il portait dans le paradis. C'est un souvenir si vif que tout changement ou renouvellement que la mode apporte dans le vêtement - et à quoi nous nous soumettons volontiers car c'est pour nous la promesse d'une expérience nouvelle pour nous faire connaître à nous-mêmes -- ne fait qu'éveiller l'espérance qui nous porte vers le vêtement perdu, le seul qui nous exprimait vraiment et qui révélait notre dignité. (Erik Peterson)

14 Cf en Lc 5,6 la notation contraire : ... leurs filets se rompaient.

15 Gardons-nous par conséquent d'attribuer au disciple de base ce qui ne concerne que Pierre seul ! Le passage du péché à la grâce caractérise la condition chrétienne commune. En revanche, la triple trahison du premier des apôtres, le pardon et la mission qui lui sont conférés par le Ressuscité, sont irréductiblement spécifiques et ne relèvent donc pas d'une réflexion sur le baptême mais bien de la théologie des ministères...

16 Sans que, bien entendu, soient encore explorées toutes les conséquences et difficultés encourues par une telle affirmation.

17 Notons que, pour la Bible, Josué est le fils de Noun (Jos 1,1), un mot araméen qui signifie poisson. Jésus porte le même nom ("Dieu sauve ", Mt 1,21) : il est le nouveau Josué, le successeur de Moïse qui introduit son peuple dans la Terre promise, dans le Royaume de Dieu.
On sait également qu'en grec Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur se traduit Iesous Chrestos Theou Uios Sôter, mots dont les initiales juxtaposées donnent ICHTUS, c'est à dire POISSON. D'où les graffiti des catacombes figurant le poisson pour désigner le Christ aux seuls initiés...
(L'amie qui m'a offert, non pas un poisson, mais un délicieux petit canard en chocolat, soit néanmoins remerciée !...)

18 Si, par exemple, on interroge : Peut-on être chrétien et voter Jean-Marie Le Pen ? devrons-nous nécessairement "noyer le poisson" ?...


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