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Lecture théologique du Livre d'Isaïe
Jean-Michel Maldamé op
1998


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1. Théologie de l'histoire

La théologie de l'histoire repose sur un conviction simple et forte : Dieu poursuit son oeuvre quelle que soit la situation. Dieu en effet peut réaliser son oeuvre même si les hommes font défaut. Dieu poursuit son oeuvre.

    «C'est la résolution prise pour toute la terre ; c'est la main étendue sur toutes les nations.
    Si le Seigneur des armées l'a décidé qui l'en empêchera ?
    Et si main est étendue, qui la détournera ?» (Is 14, 26-27).

1. La toute-puissance du saint d'Israël

Il en résulte un premier point : le théocentrisme d'Isaïe. Isaïe affirme avec force le monothéisme : 1. Dieu est l'unique ; 2. Dieu est le souverain du monde entier ; 3. Dieu est le maître de l'histoire ; 4. Dieu est au delà de toute représentation.

Ces quatre convictions se rassemblent dans l'affirmation que Dieu est le Saint d'Israël. Tel est le point central de sa vocation personnelle, rapportée au chapitre 6.

    «L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne remplissait le sanctuaire. [...] Ils se criaient l'un à l'autre ces paroles : "Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaot. Sa gloire emplit toute la terre.» (6, 1-3).

L'expression Saint d'Israël exprime deux convictions : 1. L'absolue transcendance de Dieu ; 2. Son choix d'Israël et sa présence dans le peuple élu. Corrélativement, Isaïe annonce que ce qui sépare de Dieu, c'est le péché et non la condition de créature.

Le seul lien entre le Dieu saint et l'homme est la foi. Celle-ci doit être inconditionnée. Par la foi quelque chose de la force de Dieu est communiqué aux hommes ; c'est ce qu'exprime la très célèbre parole : «Si vous ne croyez pas, vous ne tiendrez pas» (7,9).

Le verbe croire est construit sur la même racine que le verbe tenir ou subsister. De même qu'un arbre tient bien s'il est bien enraciné sur le sol, de même pour tenir dans l'histoire tourmentée et cruelle, il faut s'enraciner en Dieu, s'appuyer sur lui, être fidèle à sa Loi.

Croire, c'est s'appuyer sur Dieu ; avoir la conviction que tout peut être sauvé quand tout est perdu, car Dieu est capable de changer en victoire les pires catastrophes. Croire, c'est garder confiance, malgré le déploiement de la violence et de l'absurde.

Pour exécuter son plan Dieu se sert des bouleversements qui ont lieu dans le monde. Dieu se sert des entités nationales et politiques comme d'un instrument pour réaliser son plan. Les volontés des hommes s'opposent en vain à la décision de Dieu. (17,12-14).

2. La fonction royale dans le plan de Dieu

Le plan de Dieu se déploie selon deux faces : l'une est le jugement, l'autre le salut. Le jugement est conçu comme la punition de la faute. La faute principale est l'orgueil de l'homme qui croit que l'on peut se soustraire à l'action de Dieu et agir à sa guise.

Corrélativement à cette conception du péché, se dégage une espérance : le monde présent marqué par cet orgueil doit disparaître pour faire place à une monde totalement transformé. (6, 10). La gloire humaine, celle de Moab (16, 14), de la Syrie (17, 3) ou de Jacob l'Israël du nord(17, 3-4) ne tient pas devant Dieu (2, 12-17). Cette division passe à l'intérieur du peuple élu et de la ville sainte, Jérusalem. L'élection a cependant un effet qui fonde l'espérance : puisque le peuple élu est choisi par Dieu, il ne sera pas entièrement détruit. Il y aura un reste fidèle au Seigneur qui se convertira et sera sauvé.

L'idée de reste est apparue une première fois dans la tradition prophétique dans la prédiction d'Elie (I R 19, 18). Amos l'a reprise (3, 12 ; 5, 3-15). Isaïe l'a utilisée de manière systématique. Le peuple élu sera puni, mais il ne sera pas totalement détruit. Un reste sera là, comme une semence protégée par son enfouissement dans la terre, comme un surgeon qui sort des racines cachées dans la terre.

Le critère de différenciation entre le reste et les autres est la foi. Ce critère sépare Israël des nations, Israël du nord de Juda, et dans Juda les mal-croyants des vrais croyants.

Il ne semble pas que l'on puisse diviser la prédication d'Isaïe en deux parts : d'une part l'annonce du malheur et d'autre part une promesse de salut. Isaïe lie toujours les paroles de condamnation à une parole de salut. Isaïe est au plus près de l'événement et respecte la singularité des situations. Le centre de sa préoccupation est Jérusalem et la politique menée dans la ville. Le salut concerne donc sa ville et par extension l'ensemble des fils de Jacob et le monde entier. Le centre reste Jérusalem.

La paix est liée à Jérusalem. Isaïe ne se réfère pas à l'Exode ou au désert, mais à l'alliance avec David. La tradition sur laquelle se fonde Isaïe est plus précise : c'est la promesse faite à David qui est le point central d'où tout dépend. Cette conviction fonde le messianisme ; Isaïe lui donne une grande importance qui assure la fécondité du message.

3. Universalisme d'Isaïe

Si l'on veut comprendre la réception d'Isaïe, il faut relever que si le salut se déroule à Jérusalem, il s'étendra au monde entier (14, 24-27). Les oracles pour les Nations vont dans ce sens.

La colline de Sion est présentée comme l'inverse de la tour de Babel (2, 12). L'image forte ordonne la prédication. L'image de Sion, colline au milieu des montagnes qui l'entourent s'impose : Le Temple de Jérusalem est le centre du monde. Il est au point de départ de l'universalisme d'Isaïe. Celui-ci est centré sur la personne du Messie.

L'universalisme ne se limite pas aux Nations, il s'étend à toute la création (11, 1-9). Ainsi la théologie de l'histoire est fondée : elle est appelée à un très grand avenir, puisqu'elle tient à la fois la singularité de l'élection et l'universalité de ses effets. Elle est apte à être réinterprétée dans des circonstances nouvelles.


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