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Lecture théologique du Livre d'Isaïe
Jean-Michel Maldamé op
1998


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Deuxième partie
Message prophétique à Babylone
(Sixième siècle)

La deuxième partie du livre d'Isaïe est une collection d'oracles qui ont été proférés à Babylone, à l'occasion de la montée en puissance des Perses, puis de la prise de la ville par Cyrus, roi des Perses, qui a permis aux exilés de rentrer chez eux. Pendant longtemps on a considéré que Isaïe fils d'Amots était l'auteur de ces pages qui prévoyaient ce qui se passerait plusieurs décennies après sa mort. La conception extatique de l'inspiration n'empêchait pas de penser de telles choses. La naissance de l'esprit critique a fait refuser que quelqu'un puisse prévoir de la sorte ce qui reste imprévisible, puisque lié à la liberté humaine. On a donc considéré que les chapitres 40-55 constituent un livret écrit plus tard, par un disciple du premier Isaïe. L'Eglise catholique a rejeté cette solution au début du siècle (pendant la répression anti-moderniste - un décret de 1908 obligeait à tenir l'unité du livre) avant de laisser libre la voie à l'exégèse scientifique. Nous tenons donc qu'il s'agit d'un livret écrit par un autre qu'Isaïe, ce qui n'empêche pas de parler de l'auteur comme d'Isaïe. On parle habituellement du deuxième Isaïe. La séparation en deux parties repose sur divers arguments.

1. Le premier argument est stylistique. La première partie est écrite d'un style nerveux et incisif tandis que la seconde est de style ample et majestueux. La deuxième partie est emplie de redondances ("Consolez, consolez mon peuple", 40,1 ; "C'est moi, c'est moi le Seigneur", 43,1 ; "c'est pour l'amour de moi, l'amour de moi" 48, 11 ; etc.). Il y a également dans cette partie un procédé d'adjonction d'épithètes sur les noms propres. Ainsi on dit "le Seigneur du ciel et de la terre (42,5 ; 43,15 ; 45,15), qui a formé la terre (45, 18), le sauveur d'Israël (43,14 ; 44, 6 . 24 ; 47, 3s). Des expressions nouvelles apparaissent ; elles caractérisent l'universalisme du propos et l'élargissement des horizons entrevus. Les mots qui disent la joie et l'allégresse sont très fréquents. Pour cette raison, on doit distinguer deux auteurs différents.

2. Le deuxième point concerne la doctrine. Dans la première partie, le voyant a les yeux fixés sur la dynastie davidique. Le Messie est compris comme un nouveau David agissant par la force de l'Esprit de Dieu. Dans le deuxième, ce sont les souvenirs de l'Exode qui dominent. La figure dominante est celle du prophète et non pas celle du roi. Cette théologie est proche de celle du livre de Jérémie.

Il importe toutefois de tenir compte que les livrets sont présentés comme un seul livre. Il y a une unité fondamentale dans les deux parties. Elle vient des thèmes théologiques. Dieu est présenté comme le maître de l'histoire et comme celui qui sauve son peuple. Le salut se réalise par le fait que Dieu suscite des prophètes et donc agit par la parole. La référence à la parole est essentielle : elle montre également que ce qui a été annoncé dans la première partie se réalise effectivement. La théologie qui est au fond de l'ouvrage est la même : Dieu est le saint d'Israël dans une transcendance dont on souligne l'importance. Mais c'est le Dieu qui aime son peuple et qui le sauve.


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