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Lecture théologique du Livre d'Isaïe Jean-Michel Maldamé op 1998 |
Le thème du livre est inscrit dans les premiers versets du livre à qui il servent d'introduction faisant inclusion avec le chapitre 55. «Consolez, consolez mon peuple, Les deux premiers versets mettent en relief les premiers mots du livre : «Consolez, consolez mon peuple dit le Seigneur». Ce verbe est un leit-motiv pour toute cette partie du livre. Cf. 49, 13 ; 51, 3. 12 ; 52, 9 ; 54, 11 ; et encore par la suite en 57, 6 ; 61, 2 ; 66, 13. «Une voix crie : "dans le désert, frayez le chemin du Seigneur ; Les versets 3-5 annoncent la route pour un nouvel exode et une route pour le char du Seigneur puis une invitation à la fidélité : la route à suivre ou la voie est de vivre selon la Loi. C'est donc une image qui porte à la conversion dans une perspective morale. La gloire divine se révélera si Israël est fidèle et se convertit à son Dieu. «Une voix dit : "Crie", et je dis "Que crierai-je ?" Les versets 6-8 reprennent «une voix crie». Le v. 6 exprime le doute du peuple. L'herbe est ici l'image qui est le symbole de la précarité humaine ; elle est présente dans tout le livre : Is 37, 27 ; 51, 12 etc. conformément à une tradition ancienne attestée par les psaumes 37, 2 ; 40, 5 , 103, 5 ; 129, 6. «Monte sur une haute montagne, messagère de Sion ; Les versets 9-11 constituent un texte circonstancié. Ils présentent Jérusalem comme le centre et le sommet symbolique du pays ; la ville est invitée à porter aux villes de Juda la bonne nouvelle. Dieu vient exercer son pouvoir royal ; il est présenté comme un berger (cf. Ez 34). Le titre de berger est même donné à Cyrus qui est l'instrument de Dieu pour le salut. La visée théologique est étroitement liée à la politique : la prise de pouvoir de Cyrus est voulue par Dieu pour le salut du peuple et des Gentils. Cf. 40, 12-41,5 ; 41, 21-29 ; 42, 5-7 ; 43, 14 ; 45, 11-13 ; 48, 12-15. L'écriture de cette introduction a le souci de faire le lien avec les oracles antérieurs prononcés par Isaïe. Ainsi l'expression «Dieu parle» est la même ; dans un cas, il s'agit d'une parole de jugement, dans l'autre une parole de miséricorde, puisque «Dieu au coeur de son peuple». Elle fait aussi inclusion avec le dernier chapitre du livre (Is 66, 13) où l'emploi des verbes «consoler et réconforter» s'adresse à Jérusalem.
L'époque de la prophétie est celle d'un grand bouleversement. Les Juifs déportés par les Chaldéens (598 et 586) ont vu s'améliorer leurs conditions d'existence. Beaucoup se sont enrichis. Ils ont tendance à oublier leur patrie. D'autres qui restent fidèles se découragent. Chez tous, il y a la séduction d'une civilisation brillante. A partir de 550 se produisent des événements nouveaux ; Cyrus, roi d'Elam détrône le roi des Mèdes et devient le chef militaire d'un empire comprenant Mèdes et Perses. Crésus, roi de Lydie s'y oppose en vain ; il est battu en 546. De 545 à 539, Cyrus pousse ses compagnes jusqu'au Turkestan actuel, puis il se tourne contre les Babyloniens. Il entre en Chaldée en 539 et prend la ville de Babylone mal défendue par Nabonide. Ces succès soulèvent l'espérance des captifs juifs. Cyrus, en bon politique, favorise les minorités. En 538-537, il permet aux déportés de revenir à Jérusalem et d'y bâtir un nouveau Temple. De 537 à 536, les captifs reviennent. De 536 à 515, ils reconstruisent le sanctuaire dont la dédicace est célébrée en 515. Ce n'est qu'en 444 qu'on relève les murs de Jérusalem. Ces événements forment le cadre de la prédication du deuxième Isaïe qui en voit le déroulement et les interprète dans le cadre d'une théologie de l'Alliance où Dieu intervient pour sauver son peuple.
Dans les chapitres 40-55, l'exil est mentionné ; il dure depuis longtemps. Il s'agit de sa fin. La ruine de Jérusalem et de son Temple est chose acquise ; le prophète en annonce la restauration. Cyrus n'est pas un personnage à venir. Il a déjà accompli ses exploits (41,25 ;46,1). Le prophète s'appuie sur eux pour relever le courage de ses compatriotes exilés en leur annonçant d'autres exploits qui permettront leur retour au pays. Le prophète connaît manifestement très bien la situation des déportés, leur découragement, leur tentation d'apostasie et leurs murmures contre Dieu. Il se place à l'intérieur de la communauté et dit "nous".
Les dix derniers chapitres du livre d'Isaïe (46-56) prolongent cette prédication. Le retour s'est réalisé en partie. le temple a été rebâti ;on attend la construction des murailles. La communauté revenue d'exil n'est pas parfaite ; il y a des justes et des pécheurs. La restauration est bien commencée, mais elle n'est pas satisfaisante, aussi les regards se tournent vers une intervention de Dieu ultime et définitive.
Une première division peut être proposée ; elle distingue entre les oracles qui correspondent à l'avancée victorieuse de Cyrus vers Babylone ( chap. 40-48) et les oracles qui sont immédiatement liés à la chute de Babylone. (La tradition chrétienne a introduit une autre distinction en mettant à part quatre poème mettant en scène un mystérieux serviteur). 1. Si on reçoit la division en deux parties chronologiques, on relève également que chacune d'elle est introduite par un chapitre qui a la même structure.
2. Le premier cycle annonce que le Seigneur, créateur du ciel et de la terre, maître de l'histoire a appelé Cyrus, son berger (44, 28), son messie (45, 1) pour renverser Babylone et délivrer son peuple de la servitude. Un nouvel exode aura lieu, plus grand et plus merveilleux que celui de l'Egypte. La réalisation des oracles anciens (ceux du premier Isaïe) est la garantie que le Seigneur tiendra les promesses qu'il fait maintenant. Le deuxième cycle annonce la même chose. Mais l'attention se porte désormais sur la restauration de Sion. Au lieu de la mention d'Israël et Jacob, serviteur du Seigneur, on trouve mention de Sion-Jérusalem, l'épouse du Seigneur. Il n'est plus question de Cyrus, de la preuve par la prophétie tirée de l'histoire et de la lutte pour la victoire du monothéisme qui passe au deuxième plan. 3. Le style est assez varié. On trouve dans le livret une proclamation du salut, ou son rappel et son annonce. On trouve également des hymnes pour célébrer le salut. On trouve une polémique contre l'idolâtrie et enfin le thème du procès entre Dieu et son peuple ou bien entre Dieu et les nations. Le livre est porté par des questions comme : pourquoi Dieu tarde-t-il pour nous sauver ? Que fait Dieu pour son peuple ? Quel est le pouvoir des dieux du paganisme ? |