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Lecture théologique du Livre d'Isaïe
Jean-Michel Maldamé op
1998


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II. Théologie du deuxième Isaïe

On peut rassembler les oracles en trois thèmes essentiels. La venue du Règne de Dieu, l'action du maître de l'histoire pour établir la justice, la puissance de la parole pour sauver.

1. L'établissement du Règne de Dieu.

Le livret qui constituent les 16 chapitres du deuxième Isaïe peut être qualifié d'eschatologique dans la manière où il annonce la phase décisive de l'établissement du Règne de Dieu. L'exil va prendre fin. La libération des captifs et la restauration de Sion sont décrits comme immédiats. C'est pour l'Auteur le premier moment de l'établissement du Règne de Dieu sur terre. La vision d'avenir est idéale : reconstruction du Temple et de la ville sainte (44, 28 ; 45, 13, etc.), retour des exilés venant du monde entier (48, 5-6 ; 49, 17-18 . 22-23), paix profonde du peuple qui partage la foi en Dieu (48, 17-18 ; 51, 3 ; 54). Cette transformation annonce la transformation de toute l'humanité dans la paix et la confession de foi monothéiste.

Les promesses sont théocentriques. Ce qui est en cause, c'est la gloire de Dieu en son peuple. L'Auteur a un sens très vif de la grandeur de Dieu, de sa transcendance et de son unité. Le Seigneur est incomparable (49, 9). Il est le premier et le dernier, celui qui crée, celui qui fonde, celui qui forme, celui qui réalise, celui qui stabilise, celui qui élit, celui qui appelle, celui qu envoie, celui qui conduit, celui qui instruit, celui qui fait aboutir les projets, celui qui fait venir et revenir,...

L'Auteur affirme également la tendresse de Dieu en des expressions nouvelles. Le livre s'adresse en effet à des êtres découragés, dont il respecte la souffrance. C'est le thème de la consolation ou, selon la lettre, "parler au coeur"

Les actes de salut sont ordonnés à la manifestation de la gloire de Dieu. Les événements que nous qualifions de politique sont des événements religieux. Cyrus exécute l'oeuvre de Dieu.

L'Auteur manifeste également la prévenance de Dieu. Il appelle Israël "mon peuple", les captifs "mes captifs, les fidèles "mes fils et mes filles" ; il fait référence à l'affection, en disant "Abraham mon ami", "mon bien-aimé" à David, "ma ville" à Jérusalem. L'amour que Dieu porte à son peuple est comme celui d'une mère.

    «Car tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t'aime.» (43,4)

    «Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fruit de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t'oublierai pas.

    Vois, je t'ai gravée sur les paumes de mes mains» (49, 14-15).

De même le thème des épousailles de Dieu et de la cité sainte qui était présent chez les prophètes précédents est ici repris sur un mode affectif

    «Ton créateur sera ton époux. Le Seigneur Sabaot est son nom.
    Le Saint d'Israël est ton rédempteur, on l'appelle le Dieu de toute la terre.
    Oui, comme une femme délaissée et accablée, le Seigneur t'a appelée, comme la femme de sa jeunesse qui aurait été répudiée, dit ton Dieu. Un court instant je t'avais délaissée, ému d'une immense pitié, je venir à toi.» (54, 5-7)

A la différence du premier livret où le souvenir de David domine, ici c'est l'exode qui est au centre de la théologie. L'exode est compris selon l'image juridique du Go'le dont le devoir est de racheter. Ce fut le cas pour le joug égyptien (41, 14 ; 43,1 ; 44, 22-23 ; 47, 4 ; 48, 17-20 ; 49, 26 ; 51, 10 ; 52, 3). Le salut est compris à l'image de l'exode ; il sera plus brillant que l'ancien. Les formules redondantes "Moi, le Seigneur, moi qui suis le Seigneur" (41, 4 . 13 . 17 ; 43, 3 . 11 . 15 ; 45, 5) amplifient les révélations à l'Horeb qui ont précédé la libération de la servitude égyptienne.

Les oracles ne se limitent pas à raconter la fin de la captivité de Babylone ; ils annoncent l'établissement d'un règne parfait et le renouvellement de la création liée à l'homme.

2. Le Seigneur créateur et maître de l'histoire

La perspective est universelle. Elle est marquée par l'influence de la réflexion des sages. On trouve dans le livre le vocabulaire de la sagesse (Da'at : 40, 14 ; 44, 19.25 ; 47, 10 ; Horhmah : 40, 20 ; 47, 10 ; Tebûnah : 48, 28 ; 44, 19).

La confiance n'est plus fondée sur le Temple comme dans le premier livret, mais sur le fait que Dieu est créateur. On est passé de l'institution sacrificielle à la reconnaissance que le Dieu unique est le maître du monde. Contrairement aux propos des sceptiques, le prophète rappelle que le Seigneur est et sera fidèle aux promesses contenues dans le fait qu'il est le créateur du monde. C'est corrélativement à cette affirmation du monothéisme que l'idolâtrie est fortement critiquée.

Le verbe bara (créer) est utilisé pour dire la première création et l'oeuvre rédemptrice comprise comme nouvelle création.

    «Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia, le myrte et l'olivier,
    je placerai dans la steppe pêle-mêle le cyprès, le platane et le buis
    afin que l'on voie et que l'on sache que l'on fasse attention et que l'on comprenne que la main du Seigneur a fait cela,
    que le Saint d'Israël l'a créé» (41, 20).

    «Ainsi parle le Seigneur, celui qui t'a créé, Jacob, qui t'a modelé Israël.
    Ne crains pas je t'ai racheté,
    je t'ai appelé par ton nom :
    tu es à moi» (43,1)

La maîtrise de l'histoire par Dieu est corrélative de la maîtrise de la création et inversement. Le Dieu unique est le maître de toute l'histoire. La perspective s'étend donc à toute l'l'histoire, par Cyrus, mais aussi par l'action qui concerne les "Îles", jusqu'aux extrémités de la terre. (40, 28 ; 41, 5-9 ; 42, 10 ; 43, 6 ; 48, 20).

L'affirmation monothéiste récuse également le dualisme. Dieu est donc référé à tout ce qui advient, le bonheur comme le malheur. Ce faisant le prophète modifie le rapport classique entre le salut et la pénitence. Pour la théologie du Temple, le sacrifice remet les péchés. Pas de Temple pour les exilés. Pourtant il y a une remise de la faute, parce que l'initiative vient de Dieu. Ce qui compte c'est le changement du Coeur. L'initiative est de Dieu qui pardonne.

    «J'ai dissipé tes crimes comme un nuage et tes péchés comme une nuée ; reviens à moi, car je t'ai racheté.» (44, 22).

    «A cause de mon nom, je vais différer ma colère,
    pour mon honneur, je vais patienter avec toi [...]
    Voici que je t'ai acheté mais non pour de l'argent,
    je t'ai choisi au creuset du malheur.
    C'est à cause de moi, de moi seul que je vais agir .» (48, 9-10)

Le salut est offert à tous (51, 5) ; la Loi sera donnée comme lumière à toutes les nations (51, 4) les païens seront agrégés au peuple élu (44, 3-5).

    «Ecoute bien ô mon peuple [...]
    Une loi va sortir de moi et je ferai de mon droit la lumière de tous les peuples. Soudain ma justice approche, mon salut paraît [...]
    Les îles mettront en moi leur espoir et compteront sur mon bras» (51, 4-5).

3. Le rôle d'Israël dans l'histoire du salut

Dans la conversion des Nations au vrai Dieu, Israël joue un rôle privilégié. Israël est le serviteur du Seigneur (41, 8-9 ; 42, 19 ; 43, 10 ; 44, 2 ; 45, 4 ; 48, 20).

    «Au temps de la faveur je t'ai exaucé, au jour du salut je t'ai secouru.
    Je t'ai façonné et j'ai fait de toi l'alliance d'un peuple pour relever le pays, pour restituer les héritages dévastés. pour dire aux captifs :"sortez", à ceux qui sont dans les ténèbres : "montrez-vous". » (49, 8-9).

Le titre de roi est réservé au Seigneur qui agit dans toutes les nations. La figure messianique est rapportée à tout le peuple. Ce qui pose la question des chants du serviteur. Mais la figure de David n'est pas absente. Elle est dans la figure du roi espéré.

    «Je conclurai avec vous une alliance éternelle,
    réalisant les faveurs promises à David.
    Voici que j'ai fait pour lui un témoin pour les peuples,
    un chef et un législateur de peuples.» (55, 3-4).

La théologie qui porte cette affirmation est la toute-puissance de Dieu qui agit par la parole. Pour cette raison la référence à la parole fait inclusion pour tenir tout le livret. Dans le chapitre 40 et dans le chapitre 55.

    «De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger,
    ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche,
    elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j'avais voulu et réalisé l'objet de sa mission» (55, 10-11).


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