Intelligence de l'Ecriture et lecture chrétienne de la Bible
Il y a une lecture juive de ce que les chrétiens appellent l'Ancien Testament, y a-t-il « une lecture chrétienne » de la Bible ? Cette question trouve réponse dans le Nouveau Testament lui-même. Au chapitre 24 de Luc, Jésus accompagne vers Emmaüs deux disciples désemparés et il prend le temps de leur expliquer, dans les Ecritures « tout ce qui le concernait ». Il y a deux parties dans l'intervention du Christ: une partie de reproche très durs : « Esprits sans intelligence, curs lents à croire tout ce qu'ont annoncé les prophètes » et une partie d'explications.
Pour lire avec l'Esprit de l'auteur, l'auteur qui est l'Esprit de Dieu, nous avons plusieurs moyens à notre disposition :
1) L'intelligence des Ecritures est un don qui se cultive en apprenant... |
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On trouve au verset 45 du chapitre 24 de Saint Luc : « Alors, il leur ouvrit l'esprit à l'Intelligence des écritures » et dans un texte parallèle de Jean, il nous est dit que « Jésus souffla sur eux » (Jn 20,22)
Cela signifie que le chrétien doit être capable de lire les Ecritures à la lumière du mystère pascal, comme le fit Jésus avec les disciples d'Emmaus, comme le fit le diacre Philippe avec l'Ethiopien, en lui expliquant le passage d'Isaïe 53 où il est question d'un Serviteur souffrant, et comme le fit saint Paul dans ses épîtres.
2) Les commentaires du Christ lui-même dans les Evangiles |
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Fréquemment Jésus se réfère à l'Ancien Testament, et la communauté primitive qui rédige l'Evangile nous communique à son tour le résultat de sa méditation. Choisissons deux exemples :
a. La parabole du Semeur (Mt. 13)
- C'est un thème amplement développé dans l'A.T. (Isaïe), où le Messie reçoit aussi le titre de « germe ».
- Jésus emploie ce thème dans une parabole.
- l'explication, comme une prédication, suit immédiatement la parabole. Dans le cas de la parabole du semeur, le travail est tout fait. En deux mots, Jésus montre que la semence est la Parole de Dieu, et que les terres représentent ceux qui l'écoutent.
b. L'histoire de Jonas (Mt 16 ; 1-4 ; Mc 8, 11-13 ; Lc 11, 16. 29-32)
- C'est plus compliqué mais il est très intéressant de suivre, à travers les différentes versions de l'Evangile, l'évolution de la méditation.
- En Matthieu (16), il n'y a qu'un seul verset : « Cette génération est mauvaise et adultère, elle demande un signe, mais elle n'en aura pas d'autre que le signe de Jonas. Il les laissa là, et partit. » Rien de plus !
- En Marc, c'est encore plus court : « Pourquoi cette génération demande un signe ? En vérité, il ne leur en sera donné aucun. Il les laissa... »
De fait, les habitants de Ninive auxquels Jonas a été envoyé, n'ont vu aucun signe. Et pourtant, ils se sont convertis, sur la parole de Jonas. Cela veut dite que la parole suffit, même sans aucun signe. Le peuple de Ninive s'est converti sans qu'aucun miracle, venant de Jonas, ne soit nécessaire. Il s'est converti en reconnaissant l'autorité de la vérité. Il acompris que la parole du prophète était juste et vraie, il a fait pénitence et changé sa façon de vivre.
- En Luc, la méditation va plus loin. Nous sommes ici dans la perspective de `l'après Résurrection'. C'est en quelque sorte, le Christ qui nous parle ici. « Comme Jonas fut un signe pour les ninivites, ainsi, le Fils de l'Homme le sera pour cette génération ». (Lc 11,16).
- L'explication complète nous est donnée en Matthieu 12,40 : « De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l'Homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre ». Ici, le signe est la mort-résurrection du Christ.
Mais la méditation continue et s'approfondit : Pour cette génération de Juifs, le signe dont il s'agit, c'est la conversion des païens, des païens qui deviennent chrétiens. « Les habitants de Ninive au jour du jugement se lèveront contre cette génération et la condamneront parce qu'ils firent pénitence grâce à la prédication de Jonas ».
Tout ceci est un peu compliqué, reconnaissons-le, le récit de Jonas n'est pas le plus facile. Mais Jésus, dans l'Evangile, fait de nombreuses allusions à l'A.T. qui nous introduisent dans sa manière très libre de l'interpréter en fonction de ses propres questions.
3) A l'école de saint Paul dans ses épîtres |
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Les épîtres sont remplies de références à l'A.T. qui sont l'occasion de relectures géniales.
Un exemple entre autres : le magnifique passage de l'Epître aux Romains où Paul nous parle du Christ comme le second Adam (Rm 5,12). Ici tout est à l'envers. Le premier Adam est arrivé avant, mais il n'est que la copie de celui qui vient après. Il est une copie à l'envers. De façon que pour le comprendre, il faut connaître celui qui vient après, et qui est à l'endroit (on ne peut comprendre un livre écrit à l'envers, que lorsque l'on sait comment il est écrit à l'endroit). La lecture chrétienne du premier Testament se fait donc à la lumière du Nouveau. La mort-résurrection du Christ est comme un phare qui illumine ce qui précède.
Jésus est la révélation en personne. C'est lui qui dévoile ce qu'il y avait avant lui, en sorte que c'est à la lumière de sa présence que l'on comprend tout.
Pour le dire autrement, considérons un roman policier. Si le livre est bon, ce n'est qu'à la fin, en découvrant l'assassin, que l'on comprend soudainement l'ensemble de l'histoire. Tout s'éclaire et se met en place, chaque élément trouvant sa raison d'être et son intelligibilité. Dans la Bible, c'est analogue, mis à part qu'au lieu d'un assassin, il s'agit d'un innocent !
Récapitulons les moyens à notre disposition pour lire la Bible dans une intelligence chrétienne, dans l'Esprit de son Auteur :
1. L'intelligence des Ecritures, un don du Christ qui se cultive et s'apprend.
2. L'école du Christ lui-même, dans les Evangiles.
3. L'école de Saint Paul dans ses Epîtres.
4. L'école des pères de l'Eglise, les premiers successeurs des apôtres et ensuite toute la Tradition.
Les Pères de l'Eglise sont des maîtres de finesse pour goûter l'Ecriture et se délecter de la Parole de Dieu. Pour présenter très brièvement le type de lecture qui est le leur, présentons un exemple et, à partir de celui-ci, exposons leur méthode.
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