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Fr. Hervé PONSOT, op
"Marie dans le Nouveau Testament" |
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Marie dans le Nouveau Testament Fr . Hervé PONSOT, op Cette lecture portera sur les textes que nous offre le Nouveau Testament, et donc sur l'Annonciation, la Visitation, la Présentation au Temple, les Noces de Cana, la Croix et la Pentecôte. N'ayez pas peur de l'aridité : c'est souvent dans le désert que Dieu veut nous conduire pour parler à notre coeur. I. L'ANNONCIATION (Lc 1,26-38) : LA FORCE DE LA FOII.1. L'initiative de DieuCe qui caractérise ce passage au premier chef, c'est sans doute l'initiative gratuite de Dieu. Pensons-y parce que souvent nous voulons faire au lieu de laisser Dieu faire en nous. Cette initiative se manifeste dès les premiers versets dans lesquels Luc ne commence pas en parlant de Marie, mais de Dieu et de son envoyé Gabriel : Marie n'est mentionnée qu'en passant : « et le nom de la Vierge était Marie ». Cette insistance sur l'initiative de Dieu se retrouve dans les premiers mots de l'ange « Réjouis-toi (parce que) le Seigneur est avec toi », dans l'incompréhension et le trouble de Marie, mais plus encore dans les paroles presque autoritaires de Gabriel : « tu concevras, enfanteras, appelleras.. ». Marie se trouve investie d'une mission à la définition de laquelle elle n'a en rien collaboré. Cette initiative se manifeste aussi dans le fait que l'annonciation a lieu non dans un endroit célèbre, ou habituel comme le Temple, mais dans une petite ville de Galilée méconnue, Nazareth ; en outre, si le fiancé de la destinataire peut revendiquer la gloire d'une généalogie de qualité, il n'est rien dit à propos de Marie sur ce plan. Bref, premier enseignement : « tout vient de Dieu ». I. 2. La réponse de la foiEn fait, on ne sait presque rien de Marie sinon qu'elle était vierge. Pourquoi cette insistance au verset 27 ? En premier lieu, pour une raison théologique : il s'agit certainement de magnifier la puissance de Dieu qui peut non seulement donner un enfant à la stérile, mais aussi à celle qui n'a pas connu d'homme (cf. v. 34). En deuxième lieu, pour une raison sociologique : il est clair qu'en tant que "promise", et qui plus est, à un descendant de David, elle devait respecter les "lois du genre" : cf. Sir 42,10. En troisième lieu, pour une raison littéraire : dans la mesure où Luc pense peut-être déjà à l'annonce de l'ange qui évoque la prophétie de l'Emmanuel en Is 7,14, il faut se souvenir que celle-ci était adressée selon la Septante à une vierge : Luc soulignerait ainsi que Marie accomplit cette prophétie importante de l'AT. En dernier lieu, pour une raison symbolique : sachant que Luc voit dans cette histoire particulière une histoire qui concerne tout le peuple, il n'est pas impossible de penser qu'il voit dans Marie l'exemple même d'Israël visité par Dieu. Or la figure emblématique de ce peuple est une vierge : cf. 2 R 19,21 ; Is 23,12 ; 37,22 ; Lam 2,13. Il faut d'emblée souligner les qualités de la "vierge" en question. Car notre texte ne parle pas de contrainte, mais de grâce, ce qui veut dire tout à la fois de gratuité et d'acceptation. Pour une raison toute naturelle sans doute : Marie était fiancée, et à l'époque, l'enfantement était signe de bénédiction divine. Un enfant, c'était sans doute ce que pouvait espérer Marie au plus profond d'elle-même. Mais pour une raison surnaturelle aussi : Marie vit dans la foi au Dieu sauveur, dans le désir profond d'accomplir la volonté de ce Dieu qui aime les hommes. Dès lors, cette annonce la comble doublement : du fait qu'elle comble son désir naturel de maternité, du fait qu'elle comble son désir surnaturel d'aimer Dieu et de faire sa volonté. Mais il faut aussi considérer la réponse de Marie. On dira : Marie n'a donc eu aucun mérite d'acquiescer à cette volonté qui lui allait si bien. La question du mérite n'est pas ici en jeu. Mais quoi qu'il en soit, n'oublions pas ici toute la part de mystère que laisse l'ange et qui se traduit dans le trouble de Marie : pas n'importe quel trouble, mais une perplexité profonde, confinant à un dérangement. En vérité, Marie ne comprend rien de ce qui lui arrive, même si ce qui lui arrive peut correspondre à ses vues ; les paroles de l'ange lui restent largement incompréhensibles, elles viennent profondément et durablement bouleverser sa vie sans lui offrir de perspective évidente, de "plan de carrière" : et c'est bien sa foi plus que sa raison ou sa nature qui peut lui permettre d'entrer dans l'alliance proposée. A l'initiative de Dieu, correspond donc la réponse de la foi. Cette foi est mise dans la parole de l'ange du Seigneur, autrement dit dans la parole de Dieu lui-même : "qu'il me soit fait selon ta parole !" Dans une parole qui dépasse nettement, on l'a dit, sa capacité de compréhension immédiate, et qu'elle méditera donc ensuite dans le cours de sa vie. Autrement dit, Marie est convaincue tout à la fois que Dieu parle et qu'il ne parle pas en l'air lorsqu'il parle, quand bien même elle ne comprend pas tout ce qui se dit. Elle croit non parce qu'elle comprend, mais parce que c'est Dieu qui parle. Et comme elle croit que c'est Dieu qui parle, elle craint : comme tous les visionnaires ou les prophètes de l'AT. I.3. Le message de l'ange : l'accomplissementArrêtons-nous un moment sur le contenu de cette parole. 1. La salutationElle est à la fois simple et riche. La salutation proprement dite rappelle celle de Sophonie 3,14, précisément destinée à la fille de Sion : "Pousse des cris de joie, fille de Sion, une clameur d'allégresse, Israël ! Réjouis-toi, triomphe de tout ton coeur, fille de Jérusalem". Voir aussi Za 9,9. Cette salutation est l'annonce d'une délivrance dans un contexte messianique : on comprend facilement l'étonnement subséquent de Marie, qui n'a pas a priori la "carrure" d'un juge ou d'un prophète... Le qualificatif traduit par "comblée de grâce" n'est attesté ailleurs qu'en Sir 18,17, où il est traduit par la BJ charitable (la note de la BJ, avec ses renvois à 2 Sm ou Is, surprend !) : le propos de Luc va certainement plus loin. Laurentin note déjà que les verbes en -oô définissent une transformation du sujet, beaucoup plus qu'une simple "imposition" ; en outre, il s'agit en quelque sorte d'un nom nouveau. "Comblée de grâce" est sans doute aussi une autre manière d'évoquer les temps nouveaux, ceux de la plénitude de l'Esprit : on pense en particulier à Jn 1,16-17 ; c'est aussi une façon indirecte d'annoncer déjà à Marie qu'elle va accueillir en elle, par grâce, Celui qui est la grâce même. La dernière partie de la salutation définit les raisons de la salutation précédente : le Seigneur est avec toi. En hébreu, Emmanuel. Ce n'est pas seulement Jg 6,12 qui figure à l'arrière-plan de l'expression lucanienne, mais surtout Is.7,14 comme on l'a dit : celui qui va naître du sein de Marie (laquelle ne comprend encore rien à tout cela) est vraiment Dieu. Autrement dit, par ces premiers mots de l'ange, tout est déjà dit de la venue du Sauveur. Mais de manière très sibylline : il va falloir quelques explications complémentaires. 2. L'explicationElle commence par un message de paix, formulé strictement selon les usages classiques vétérotestamentaires : "Sois sans crainte" (cf. Jos 1,9 ; 8,1 ; Is 44,2), souvent d'ailleurs dans l'AT associé à l'affirmation de la présence de Dieu (Le Seigneur est avec toi : 1 Ch 28,20 ; Jr 44,28 ; Jos 1,9) ; "tu as trouvé grâce" (Gn 6,8 ; 18,3 ; 19,19 etc.). Mention spéciale à Jg. 6,16-17 qui, en plus de "tu as trouvé grâce" propose aussi un "je serai avec toi" (déjà mentionné plus haut) et évoque le rôle de sauveur qui sera celui de Gédéon : ce dernier se manifeste comme un type de Jésus. Remarquons que le texte de Sophonie 3, évoqué lui aussi plus haut, présente au verset 16 une invitation à chasser toute crainte : il est décidément infiniment probable que ce texte et celui de Jg. 6 figurent à l'arrière-plan de la présentation lucanienne. La suite du message de l'ange, du verset 31 au verset 33, donne enfin les raisons de la salutation. Remarquons que le message est adressé à Marie, sans qu'il soit un seul moment question de Joseph, à la différence du message à Zacharie qui évoquait Élisabeth ; en particulier l'annonce de la conception est différente, car il n'est pas dit que Marie enfantera un fils à Joseph : Marie est au coeur de tout le passage ; mais en outre, le mystère de sa maternité divine est implicitement proclamé. Le "il sera grand" est utilisé à propos de Jean-Baptiste pour lequel est ajouté la mention "devant Dieu" : ici, il s'agit d'un absolu. L'ange ajoute qu'il sera "fils du Très-Haut" et "fils de David" : nous sommes à proximité de Rm 1,3, où sont associées ces deux filiations, divine et humaine. L'expression "fils du Très-Haut" fleure bon l'AT : Ps 82,6 ; Sir 4,10 ; Est 8,12q ; dans le NT, à l'exception de Mc 5,7, qui a un parallèle en Lc 8,28, l'expression ne se retrouve que chez Luc en 6,35. Ps 82,6 laisse entendre qu'il s'agit d'une désignation que s'appliquaient naturellement les rois, et qu'elle doit en fait dépendre de leur justice. L'évocation de la filiation de David ne saurait surprendre si Joseph est le père adoptif : l'adoption donne tous les droits de la filiation naturelle, et c'est à partir de Joseph que Luc peut justifier la dite filiation en 3,23s. Elle semble largement reconnue à Jésus : Mt 15,22 ; 20,30 ; 21,9 etc. Cette filiation était requise pour le Messie : cf. Mc. 12,35-37 //. La fin de l'évocation de la mission de Jésus parle de son règne éternel : c'était là encore une qualité requise pour le Messie. Le message fondamental de Jésus se dira en terme de règne et de royaume : "Le Royaume de Dieu est au milieu de vous" (Lc 10, 9-11 ; 17,20-21). Toute la difficulté, et peut-être bien pour Jésus lui-même, sera de passer d'une conception humaine, et en définitive transitoire, du règne, à une conception nouvelle, divine, de ce règne, transcendant tout à la fois les temps et les lieux. Jésus passera beaucoup de temps à s'expliquer sur ce règne : Lc 8,1 ; 9,2 ; 18,16-17 ; 19,11 ; 22,29-30 etc. L'interrogation de Pilate devait avoir largement cours dans les esprits de l'époque, dès les débuts de la prédication de Jésus : "tu es le roi des juifs ?" (Lc 23,3). Notons que le passage du livre de Samuel, bien connu sous le nom de prophétie de Nathan, aurait aux dires de Laurentin largement inspiré saint Luc, comme d'autres écrits du NT :
Essayons maintenant de résumer toutes ces remarques exégétiques : elles visent à montrer que Marie est aux yeux de Luc la fille de Sion, celle qui accomplit, au sens le plus fort du terme, et avec son orientation eschatologique, en son sein les promesses faites par Dieu à Israël, en vue du salut de ce dernier. Cet accomplissement ne tient pas aux qualités personnelles de Marie, mais au choix de Dieu d'abord, à la foi de Marie en la parole de Dieu ensuite. D'où le "Fiat". version 2.0 - © Copyrights DOMUNI 1999-2003 - tous droits réservés biblio.domuni.org |