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François
VOUGA, Moi, Paul, 1 vol. de 320 p., Bayard / Labor et Fides, 2005
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un ouvrage original dans sa conception comme dans sa rédaction
: l'Auteur se situe à un moment de la vie de Paul, alors que
l'apôtre se trouve à Corinthe et qu'il va rentrer sur Jérusalem,
disons vers 57, et il écrit, à la place de l'apôtre,
une sorte de bilan de sa vie. Avec des citations des lettres de Paul
ou de l'Ancien Testament, insérées à bon escient
au fil du texte, mais sans aucune note en bas de pages : c'est Paul
qui parle, directement.
Incidemment, Vouga/Paul est bien sûr conduit
à "philosopher" (et le rédacteur ose, par exemple
en bas de la p. 24 ou en haut de la p.34, l'anachronisme de remarques
appuyées sur une philosophie de l'individu née du siècle
des Lumières), à essayer de comprendre ce que fut cette
vie, à prendre position sur de nombreux points qui font débat
comme la localisation de l'Arabie, la date de la lettre aux Galates
(qu'il situe manifestement en 57, proche de la lettre aux Romains),
sur le rôle restrictif joué par Barnabé, sur la
place de la rhétorique dans l'éducation et donc ensuite
l'oeuvre paulinienne etc.
Mais c'est aussi l'occasion de nombreuses et souvent
pertinentes réflexions sur la place de l'Écriture, sur
le sens des montées de l'apôtre à Jérusalem
et de la main tendue par les "colonnes" (Ga 2), sur le rôle
des voyages, et en particulier celui qui est prévu en Espagne
etc. Parmi ces réflexions, on notera quelques piques "anti-catholiques",
par exemple sur la place du sacerdoce, mais dans l'ensemble, le protestant
Vouga a su s'effacer derrière la grande figure de l'apôtre
qu'il éclaire souvent d'un jour nouveau.
Parmi les réflexions les plus intéressantes,
on notera au fil de la lecture :
-
Une tentative pour expliquer la demande de circoncision
présentée par les adversaires de Paul : "Ils
aimeraient que les baptisés se fassent circoncire. Car, disent-ils,
ayant cru l'Évangile, s'étant convertis à la
confiance, ayant reçu l'Esprit, ils font partie du peuple
élu. Or la marque de l'élection n'est-elle pas, selon
l'histoire d'Abraham et de Moïse, la circoncision ?" (p.
31)
-
Une belle manière de poser le problème
de la Loi : "Si Dieu a ressuscité Jésus, de qui
est-il le Dieu ? Le Dieu de la Loi ou le Dieu d'un Crucifié
?" (p. 35)
-
Un éclairage sur le thème "ce
n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi" :
"Je suis moi, parce que je ne suis plus ce que je croyais être,
le moi ancien qui vivait en moi, mais un autre qui, en faisant don
de sa vie, m'a révélé à moi-même"
(p. 38) ou, plus loin : "ce n'est plus moi qui vis en moi,
en vertu de toutes mes qualités, mais c'est la confiance
en l'amour inconditionnel qui s'est posé et se pose sur moi
qui me crée comme moi" (p. 39)
-
Un excellent raccourci pour dire la justification
: "Ce qui justifie, ce n'est pas la recherche de perfection,
ce par quoi la Loi condamne au désespoir, mais la confiance
en la confiance que Jésus a mise en son Père"
(p. 43 : on remarquera en passant que l'auteur prend ici parti pour
reconnaître dans la pistis Iêsou tout ensemble
foi en Jésus et foi de Jésus)
-
Une manière paradoxale mais juste de dire
le Dieu de Jésus-Christ : "J'ai donc changé de
Dieu. Ou, plutôt, en se manifestant comme le Père du
Crucifié, Dieu m'a changé mon Dieu" (p. 58)
-
Une lecture psychologisante, mais que je rejoins
totalement, du drame de la Genèse : "Adam, j'étais
innocent dans le jardin, et la Loi est venue, et elle m'a divisé
en moi-même, et elle m'a divisé contre moi-même,
elle a transformé la vie qui était pour moi en mort,
en moi et contre moi" (p. 95)
-
Une belle méditation sur la poignée
de main évoquée en Ga 2 : "Une poignée
de main qui, se saisissant de quelques colonnes, les a symboliquement
unies pour construire un édifice. Plus qu'une poignée
de main aurait paradoxalement eu moins de signification. Un accord
longuement négocié ou une déclaration soigneusement
pesée auraient en effet tôt ou tard prêté
à des interprétations divergentes et généré
de nouveaux conflits" (p. 168)
-
Une belle manière d'interpréter l'hostilité
des adversaires de Paul : "Je pourrais consigner les anecdotes
de chaque carrefour, les bons mots entendus, les joies inattendues,
l'hostilité, bien compréhensible, qui me surprend
toujours : comment une âme humaine pourrait-elle naître
à elle-même sans inquiéter personne ?"
(p. 209).
La liste des références pourrait s'allonger,
mais celle déjà présentée ici aura suffi
sans doute à faire comprendre que nous nous trouvons devant un
maître livre, d'une remarquable lisibilité du fait de la
mise à l'écart de toute référence scientifique
ou technique apparente : voilà un ouvrage qui se recommande à
tous.
Frère Hervé PONSOT o.p.
Hervé
Ponsot est dominicain, diplômé de l'École biblique
et archéologique française de Jérusalem et Docteur
en théologie et en sciences religieuses. Il est Maître
de conférence à l'Institut catholique de Toulouse et enseignant
à Domuni, Université Dominicaine.
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