Les Pastorales  seraient-elles les premières lettres de Paul ?

par Hervé Ponsot, o.p., Toulouse.

Cet article a été publié dans la revue théologique Lumière et Vie.


Résumé

L'article qui va suivre traite des Pastorales . Son auteur est convaincu qu'il est très difficile, comme le voudraient bien des exégètes catholiques, d'en situer la rédaction à la fin de la vie de Paul. Mais si l'on pense, comme bien des indices le montrent, que ces lettres sont bien de Paul, ne peut-on envisager de les situer chronologiquement au début de la carrière de Paul ?

Summary

The following article deals with the Pastorals. Its author is convinced that it is pretty difficult, as many catholic exegetes pretend, to assign the redaction to the end of the life of Paul. But if one thinks, as many features show, that these letters come truly from Paul, could not they be assigned chronologically to the beginning of Paul's career ?


Ce travail a bénéficié du soutien financier du Service Interprovincial Dominicain de la Recherche  (ou S.I.D.R.).


Introduction

Le titre de cet article n'est pas un gag, mais tout au plus une gageure : envisager une datation toute nouvelle des lettres à Timothée et Tite, qualifiées traditionnellement de Pastorales. Toutes confessions confondues, ces lettres sont presque toujours aujourd'hui considérées par les exégètes comme "pseudépigraphiques" et tardives[1], et rares sont ceux qui osent encore évoquer une origine paulinienne[2]. S'ils le font, c'est un peu "par la bande": en soulignant la part prise par un éventuel secrétaire[3] ; ou bien en attribuant la rédaction à un proche de Paul, Luc le plus souvent[4] ; ou bien encore en dissociant 2 Timothée, dont le caractère paulinien paraît mieux assuré, de 1 Timothée et Tite[5]. De fait, les raisons ne manquent apparemment pas de refuser plus longtemps toute paternité paulinienne à ces lettres :

Faut-il être fou pour proposer de reprendre le débat ? Peut-être si c'est folie que de poser le problème autrement qu'on l'a toujours fait : en assignant à ces lettres une date haute dans la carrière de Paul. Absurde dira-t-on aussitôt : la 2e lettre à Timothée interdit d'emblée une telle hypothèse, du fait de l'emprisonnement à Rome qui y serait évoqué, et du genre littéraire du testament dont elle est si proche. C'est ici que les études récentes dont on reparlera, en particulier celle de M. Prior[6], ouvrent des perspectives nouvelles qu'il s'agira de prolonger.

Non, pas si absurde. Surtout quand on découvre, par hasard, que la solution d'une date haute paraît avoir été envisagée par des exégètes aussi qualifiés que Dibelius/Conzelmann ; en commentant Tite 2,14, ceux-ci écrivent : "Une solution au problème posé par cette contradiction [linguistique sur l'emploi du terme Sauveur] serait de recourir à l'explication d'un développement de la langue de Paul. Mais cet argument ne tient pas. Si les Pastorales pouvaient être datées du début de l'activité de Paul[7], alors, au seul plan linguistique, une progression serait concevable, progression du langage commun du judaïsme hellénistique vers une manière plus personnelle de parler. Mais la situation que présupposent les Pastorales rend cette proposition impossible"[8]. Reste précisément à évaluer cette situation et à s'interroger sur l'impossibilité évoquée.

Pour ce faire, il faut se débarrasser d'un certain nombre d'idées toutes faites, qui ont trait précisément aux quatre raisons évoquées plus haut : nous allons donc les reprendre à peu près dans leur ordre.


© Hervé PONSOT o.p., Toulouse
Maître de la toile
Mise à jour : 20 août 1996.