page précédente sommairepage suivante

Domuni / Bibliothèque / Articles / Sciences bibliques

Fr. Dominique Hermant,
moine bénédictin

Structure littéraire
du "discours communautaire"
de Matthieu 18


© Revue Biblique, 1996, T. 103-1, pp 76-90
pour la version complète (avec les notes) se reporter à l'original


PÉRIODE 6

A (18, 21-22)
Alors Pierre, s'étant approché, lui dit : « Seigneur, combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi et le tiendrai-je-quitte ? jusqu'à sept fois ? » Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. »

(v. Lc 17, 4)

B (18, 23-34) :
« C'est pourquoi voici-à-quoi-on-peut-comparer le Royaume des cieux : Il était un homme, un roi, qui désira mettre-à-jour ses comptes avec ses serviteurs. 11 avait commencé la mise-à-jour quand on lui en amena un, débiteur de dix mille talents (...) Pris-de-pitié, le patron de ce serviteur (...) le tint-quitte de sa dette.
Étant sorti, ce serviteur trouva un de ses compagnons-de-service, qui lui devait cent deniers (...) 111e jeta en prison jusqu'à ce qu'il ait payé ce qu'il devait (...)
Son patron lui dit : « (...) Je t'ai tenu-quitte (...) Ne devais-tu pas avoir pitié (...) 
? (...) Et il le livra aux tortionnaires jusqu'à ce qu'il paye la totalité de sa dette. »
(propre)

C (18, 35)
« C'est ainsi que mon Père céleste, lui aussi, agira envers vous, si vous ne vous tenez-quittes, chacun son frère, du fond du cœur. »
(propre)

NOTES SUR LA PÉRIODE 6

1. Nouvelle différence avec D.-A., qui ne rattachent pas la mesure A aux mesures B et C. C'est encore un argument d'analyse littéraire qui me détermine à me séparer d'eux.
En effet, la période, telle qu'elle est dessinée ci-dessus, offre un aspect très typé, qui était déjà, quoique de façon moins accusée, celui de la période 3 : une mesure centrale (B) longue et imagée, encadrée de deux mesures (A et C) beaucoup plus courtes et plus abstraites, qui se répondent, en inclusion, par des mots importants, ici le mot frère (qui est loin d'être passe-partout, ou même fréquent, dans les Évangiles) et le verbe tenir-quitte (aphienai).
Ce dernier est présent aussi, en bonne place, dans la mesure B (18, 27 et 32) et assure ainsi à la période tout entière une cohésion sans faille.

2. Le mot frère renvoie en outre au début de la période 4, donc de la 2e sous-section du Discours, d'autant que les deux périodes commencent respectivement par : Si ton frère a péché et par : Combien dd fois mon frère péchera-t-il ? C'est donc la sous-section entière qui forme un tout fermement dessiné.

3. A l'intérieur de ce tout, la symétrie des périodes 4 et 6 est significative. La première traite du devoir de corriger les pécheurs ; la seconde, du devoir de les tenir-quittes. Il est important d'affirmer que les deux devoirs sont complémentaires. Et, quand on a bien compris cela, l'insertion entre les périodes 4 et 6 de la période 5, sur la vie de communauté, apparaît comme très riche d'enseignement ; la communauté, et elle seule, donne leur véritable cadre et leur véritable contenu à la correction comme à l'acquittement ; et peut-être est-elle seule aussi à permettre le passage, toujours délicat, de l'une à l'autre.

4. Notons enfin que l'association de la notion de frère à celles de péché et de tenir-quitte est intensément suggestive : non seulement le péché n'empêche pas quelqu'un d'être mon frère, mais c'est en quelque sorte dans cette circonstance qu'il le devient plus vraiment.

© Revue Biblique, 1996, T. 103-1, pp 76-90
pour la version complète (avec les notes) se reporter à l'original
Reproduction autorisée pour DOMUNI 2002 - Tous droits réservés

page précédente sommairehaut de pagepage suivante