CONCLUSIONS SUR LA TECHNIQUE LITTÉRAIRE
MISE EN OEUVRE PAR MATTHIEU
1. La première observation qui saute aux yeux est que toutes les périodes ont été reconnues composées de 3 mesures. Cette structure ternaire est soulignée par
- les 3 Royaume des cieux de la période 1,
- les 3 un-seul de la période 3,
- les 3 s'il n'entend pas de la période 4,
- les 1 + 2 + 1 tenir-quitte de la période 6.
On peut ajouter les 6 cause-de-chute de la période 2 (bien que non répartis régulièrement en 2 + 2 + 2).
La période 5 reste donc la seule où le rythme ternaire soit marqué autrement que par ce type de répétition.
D.-A. ont relevé de leur côté le goût de Matthieu pour les « triades ». Mais :
- ils n'ont relevé qu'une partie des « triades » que je vois se dessiner sous mes yeux ;
- ils les conçoivent autrement que moi, davantage sur la base du contenu et moins sur la base des mots ; je pense fermement que cette seconde considération est plus en accord avec les méthodes d'écriture des. Évangélistes, et de Matthieu en particulier.
2. La méthode employée par Matthieu pour créer ses périodes nous est apparue d'une remarquable efficacité. Elle se ramène à l'usage de 3 procédés simples (quelquefois conjugués pour une même période) :
- la répétition, dont je viens de parler (périodes 1, 2, 3, 4, 6) ;
- l'inclusion (périodes 3, 6) ;
- le jeu de crochets A-B puis B-C (période 5).
Ces signes, une fois repérés, permettent de détecter dans le premier Évangile un nombre vraiment impressionnant de périodes ternaires analogues à celles du Discours communautaire. J'irai jusqu'à dire que, même là où les signes sont moins évidents ou manquent totalement, le groupement des petites unités en périodes de 3 mesures est toujours possible et souvent suggestif, sauf quelques exceptions. Je ne puis ici qu'inviter ceux que cela intéresserait à faire l'expérience.
3. Le texte du Discours, une fois rythmé en périodes ternaires, s'est révélé pourvu d'une ordonnance très ferme, grâce à des signaux littéraires judicieusement disposés. Il y a là la source d'une véritable satisfaction esthétique. Mais ce qui est plus important encore, c'est que la pensée que l'Évangéliste a voulu exprimer dans ce Discours sort, pour ainsi dire, de la pénombre pour se dévoiler dans toute sa force, une fois son organisation reconnue. Je dis : organisation ; j'aurais pu dire architecture ; mais à condition de préciser qu'il s'agit d'une architecture musicale, comparable à celle d'une fugue ou d'une sonate.
La question vient alors spontanément à l'esprit : est-ce que, par hasard, les autres Discours (ou même, pourquoi pas ? les sections narratives) ne s'organiseraient pas en compositions aussi soignées et expressives que le Discours communautaire.
Je me suis convaincu, à l'essai, qu'il en est bien ainsi, et je souhaite pouvoir un jour partager le plaisir de cette constatation. Plaisir d'autant- plus grand que, si la structure interne des périodes se révèle. d'une étonnante constance, avec juste ce qu'il faut d'exceptions pour ne pas devenir insupportable ou invraisemblable, l'organisation des périodes entre elles est, au contraire, d'une extrême et savoureuse variété.
Peut-être me soupçonnera-t-on de faire, dans cette lecture, une part à l'imagination, comme ces enfants qui croient déchiffrer des figures dans le papier peint de leur chambre. Je ne puis répondre que par une question : les traits littéraires sur lesquels j'ai fondé ma lecture du Discours communautaire sont-ils, oui ou non, vérifiables ?
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