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I. LES MOTIFS

La réponse n'est certainement pas la même dans l'un et l'autre cas, dans la mesure où il est aisé de voir que les matériaux utilisés, et en définitive l'intention, sont très différents. Remarquons que Luc propose dans son introduction une réponse : il écrit à Théophile "pour que celui-ci se rende bien compte de la sûreté des enseignements reçus" (1,4). Mais encore une fois, la question rebondit : en quoi ces récits peuvent-ils (mieux) fonder l'enseignement reçu ?

Une première réponse pourrait être la suivante : il s'agit de manifester l'incarnation de Jésus, son "enracinement" dans le monde juif. Si Jésus s'est manifesté à un moment précis de l'histoire, comme Luc tient à le souligner en 3,1-2, il était déjà présent à cette histoire depuis longtemps. Chose qui n'apparaît guère chez Marc par exemple. Sans doute, mais alors une généalogie comme celle de Matthieu 1,1-17 n'aurait-elle pas suffi à dire la même chose ? Luc a d'autres raisons.

Précisément, il n'a pas eu recours à une généalogie. La généalogie est un procédé typiquement juif, dont on trouve de nombreux exemples dans l'Ancien Testament, en particulier dans les documents dits "sacerdotaux" : voir par exemple Ex 6,14-25. Rien d'étonnant à ce qu'un évangéliste comme Matthieu, familier de ces traditions juives, y ait eu recours ; si Luc ne le fait pas, c'est qu'il appartient à un autre milieu, plus proche certainement du monde grec1. Dans ce monde justement, on aime rappeler les épisodes de la naissance et des premiers pas des héros...

Mais les influences qui s'exercent sur Luc ne se réduisent pas à celles de son environnement grec. Comme on va le voir dans nos deux chapitres, Luc est aussi un extraordinaire connaisseur de ce que nous nommons l'Ancien Testament, spécialement dans la traduction grecque dite des Septante. Pour lui, comme aujourd'hui pour tous les chrétiens, dans l'Ancien Testament est caché le Nouveau ; il aurait pu, pour le prouver, multiplier les citations corroboratrices des faits évoqués, à la manière de Matthieu : "tout ceci a eu lieu pour que s'accomplit l'Écriture...". Cela, il sait le faire aussi, mais il aime, comme tant de grecs dont Philon d'Alexandrie par exemple, reconnaître dans cet Ancien Testament, des figures typologiques : ainsi Moïse n'annonce-t-il pas Jésus seulement par ses paroles, mais aussi par tout ce qu'il est et tout ce qu'il fait.

Ajoutons encore une raison possible, très classique pour nos auteurs bibliques : ce que l'on affirme de quelqu'un doit pouvoir être vérifié aux origines s'il s'agit d'éléments que ce quelqu'un possède de toute éternité. En ce sens, comme le dit Luc lui-même, l'évangile de l'enfance contribue à assurer la qualité des affirmations faites au sujet de Jésus.

Voyons maintenant comment se présentent nos chapitres.

1 Rappelons que l'auteur du 3e évangile est pour presque tous les commentateurs aussi celui des Actes, et qu'il s'agit sans doute d'un médecin, collaborateur de Paul, dont il est question en Col. 4,14 ; Phm 24 ; 2 Tim. 4,11.

Version 1.0 - septembre 1999
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