Elle est à la fois simple et riche. La salutation proprement dite rappelle celle de Sophonie 3,14, précisément destinée à la fille de Sion : "Pousse des cris de joie, fille de Sion, une lcameur d'allégresse, Israël ! Réjouis-toi, triomphe de tout ton coeur, fille de Jérusalem". Voir aussi Za 9,9. Cette salutation est l'annonce d'une délivrance dans un contexte messianique : on comprend facilement l'étonnement subséquent de Marie.
Le qualificatif traduit par "comblée de grâce" n'est attesté ailleurs qu'en Sir 18,17, où il est traduit par la BJ charitable (la note de la BJ, avec ses renvois à 2 Sm ou Is, surprend !) : le propos de Luc va certainement plus loin. Laurentin note déjà que les verbes en -oô définissent une transformation du sujet, beaucoup plus qu'une simple "imposition" ; en outre, il s'agit en quelque sorte d'un nom nouveau. "Comblée de grâce" est sans doute aussi une autre manière d'évoquer les temps nouveaux, ceux de la plénitude de l'Esprit : on pense en particulier à Jn 1,16-17 ; c'est aussi une façon indirecte d'annoncer déjà à Marie qu'elle va accueillir en elle, par grâce, Celui qui est la grâce même.
La dernière partie de la salutation définit les raisons de la salutation précédente : le Seigneur est avec toi. En hébreu, Emmanuel. Ce n'est pas seulement Jg 6,12 qui figure à l'arrière-plan de l'expression lucanienne, mais surtout Is 7,14 comme on l'a dit : celui qui va naître du sein de Marie (laquelle ne comprend encore rien à tout cela) est vraiment Dieu.
Autrement dit, par ces premiers mots de l'ange, tout est déjà dit de la venue du Sauveur. Mais de manière très sibylline : il va falloir quelques explications complémentaires.
Version 1.0 - septembre 1999
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