Elle commence par un message de paix, formulé strictement selon les usages classiques vétérotestamentaires : "Sois sans crainte" (cf. Jos 1,9 ; 8,1 ; Is 44,2), souvent d'ailleurs dans l'AT associé à l'affirmation de la présence de Dieu (Le Seigneur est avec toi : 1 Ch 28,20 ; Jr 44,28 ; Jos 1,9) ; "tu as trouvé grâce" (Gn 6,8 ; 18,3 ; 19,19 etc.). Mention spéciale à Jg 6,16-17 qui, en plus de "tu as trouvé grâce" propose aussi un "je serai avec toi" (déjà mentionné plus haut) et évoque le rôle de sauveur qui sera celui de Gédéon : ce dernier se manifeste comme un type de Jésus. Remarquons que le texte de Sophonie 3, évoqué lui aussi plus haut, présente au verset 16 une invitation à chasser toute crainte : il est décidément infiniment probable que ce texte et celui de Jg. 6 figurent à l'arrière-plan de la présentation lucanienne.
La suite du message de l'ange, du verset 31 au verset 33, donne enfin les raisons de la salutation. Remarquons avec Laurentin que le message est adressé à Marie, sans qu'il soit un seul moment question de Joseph, à la différence du message à Zacharie qui évoquait Élisabeth ; en particulier l'annonce de la conception est différente, car il n'est pas dit que Marie enfantera un fils à Joseph : Marie est au coeur de tout le passage ; mais en outre, le mystère de sa maternité divine est implicitement proclamé.
On a déjà évoqué le "il sera grand" à propos de Jean-Baptiste pour lequel est ajouté la mention "devant Dieu" : ici, il s'agit d'un absolu. L'ange ajoute qu'il sera "fils du Très-Haut" et "fils de David" : nous sommes à proximité de Rm 1,3, où sont associées ces deux filiations, divine et humaine. L'expression "fils du Très-Haut" fleure bon l'AT : Ps 82,6 ; Sir 4,10 ; Est 8,12q ; dans le NT, à l'exception de Mc 5,7, qui a un parallèle en Lc 8,28, l'expression ne se retrouve que chez Luc en 6,35. Ps. 82,6 laisse entendre qu'il s'agit d'une désignation que s'appliquaient naturellement les rois, et qu'elle doit en fait dépendre de leur justice.
L'évocation de la filiation de David ne saurait surprendre si Joseph est le père adoptif : l'adoption donne tous les droits de la filiation naturelle, et c'est à partir de Joseph que Luc peut justifier la dite filiation en 3,23s. Elle semble largement reconnue à Jésus : Mt 15,22 ; 20,30 ; 21,9 etc. Cette filiation était requise pour le Messie : cf. Mc 12,35-37 //.
La fin de l'évocation de la mission de Jésus parle de son règne éternel : c'était là encore une qualité requise pour le Messie. Le message fondamental de Jésus se dira en terme de règne et de royaume : "Le Royaume de Dieu est au milieu de vous" (Lc 10, 9-11 ; 17,20-21). Toute la difficulté, et peut-être bien pour Jésus lui-même, sera de passer d'une conception humaine, et en définitive transitoire, du règne, à une conception nouvelle, divine, de ce règne, transcendant tout à la fois les temps et les lieux. Jésus passera beaucoup de temps à s'expliquer sur ce règne : Lc 8,1 ; 9,2 ; 18,16-17 ; 19,11 ; 22,29-30 etc. L'interrogation de Pilate devait avoir largement cours dans les esprits de l'époque, dès les débuts de la prédication de Jésus : "tu es le roi des juifs ?" (Lc 23,3).
Version 1.0 - septembre 1999
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