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Dom Robert LE GALL
Le Roi, clé du chant des Psaumes
Article extrait de La saveur des Psaumes,
au chapitre 1, "Psalmodier avec sagesse"

© Editions C.L.D., 2000

(Cet extrait est publié avec l'accord de l'auteur et de l'éditeur. Le lecteur retrouvera
le texte complet et les notes, en se procurant l'ouvrage en librairie)
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Le Roi, clé du chant des Psaumes

L'homme ne marche pas seul sur les chemins des psaumes. Le premier pourrait le lui faire croire : « Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies, mais se plaît dans la loi du Seigneur et la murmure jour et nuit. » (Ps 1,1.2) Le fidèle paraît seul face aux rieurs ; mais bientôt se présente « l'assemblée des justes » (v. 5). En fait, l'homme heureux, bienheureux, qui ouvre 1e psautier est l'Homme par excellence, « l'Image du Dieu invisible, le Premier-Né de toute créature » (Col l, 15), « l'aîné d'une multitude de frères » (Rm 8, 29), l'homme de douleurs (Ecce Homo : Jn 19, 5), « au Nom de qui tout genou fléchit au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers. » (Ph 2, 10)

Le deuxième psaume ouvre plus largement le porche des Louanges et donne les vraies perspectives. Ce ne sont pas des individus qui sont face à face, mais deux camps : d'un côté les justes qui se plaisent dans la Loi de Dieu et qui psalmodient, de l'autre les impies, les égarés, les ricaneurs ; les premiers se rangent derrière le Roi-Messie, le Fils du Seigneur, sacré sur sa montagne sainte (Ps 2, 2.6.7) et les autres entrent dans la coalition des rois insurgés contre Dieu (v. 1-3). « Deux amours ont fait deux cités, écrit saint Augustin au début de La Cité de Dieu : l'amour de soi jusqu'à la haine de Dieu et l'amour de Dieu jusqu'à la haine de soi. » Les psaumes sont les chants de guerre et de victoire, d'angoisse et de rémission, de lutte et de paix, pour le Peuple de Dieu en butte aux attaques des hommes et des esprits mauvais qui les manipulent : « Ce n'est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, écrit saint Paul aux Éphésiens, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. » (6, 12)

Il faut lire comment Chouraqui présente les adversaires aux prises :

    « Les deux acteurs de ce duel, aux frontières de la vie et de la mort et qui s'affrontent du commencement à la fin, sont l'Innocent et le Révolté. Tous deux disent non. L'un refuse la voie de lumière ; l'autre les ténèbres. L'un dit non à l'iniquité du monde ; l'autre à l'éternité de Dieu. Ces refus se situent à la source de la tragédie. Le conflit de deux négations contradictoires, qu'une liberté permet, définit l'axe où l'horreur assaille et meurtrit la joie. »

Le Psautier retentit de cette guerre, mais dans l'assurance de la victoire, car Dieu et son Fils, son Roi, mènent les campagnes qui partent de la montagne de Sion et aboutissent à la Jérusalem céleste. Du deuxième au cent-quarante-neuvième, les psaumes sont les chants de marche, les cris de guerre et les hYmnes de victoire du combat eschatologique dont les phases terminales sont décrites dans l'Apocalypse. Le dernier des psaumes n'est que pure louange instrumentale, orchestration du chant pour lequel est créé tout « souffle vivant » (Gn 2, 7) : à l'ultime verset, « l'âme vivante » qu'est l'homme sorti des mains du Dieu potier, s'accomplit dans l'œuvre de la louange, qui est le cantique de l'Agneau (Ap 5, 9 ; 14, 3). Au psaume précédent (Ps 149), on nous montre les rois ennemis enchaînés, ceux-là même qui conspiraient contre le Seigneur et son Messie au Psaume 2 ; les saints, eux, se réjouissent dans la gloire. Ils sont étendus, comme les Apôtres à la dernière Cène, dans la salle du festin messianique. Au-delà des images, cet avant-dernier psaume marque la complaisance mutuelle de Dieu et de son Peuple, qui est l'aboutissement de l'Alliance : « Joie pour Israël en son auteur, pour les fils de Sion, allégresse en leur roi, car le Seigneur se complaît en son Peuple, de salut - " Jésus " en hébreu - il pare les humbles. » (Ps 149, 2.4)

Entre le grand porche d'entrée des Tehillim et le point d'orgue de la louange royale, les psaumes sont les chants du Peuple messianique pour son Roi, avec son Roi, à propos de son Roi. Les psaumes royaux jalonnent le Psautier : le 17e décrit avec les images de l'orage les combats du vrai David (cf. aussi Ps 19, 20 et 21) ; le 44e chante les noces du Christ et de l'Église ; le 71e s'émerveille du règne cosmique du « Fils du roi » ; le 88e rappelle à Dieu la prophétie de Natân en face d'un Messie humilié. Les Psaumes du Règne, quasiment du 92e au 100e, sont au faîte des Louanges : au milieu des aléas de la lutte, ils sont l'affirmation solennelle du Règne de Dieu en acte, qui rend sûre la victoire ; parmi eux se détache le 94e, le psaume invitatoire par excellence, celui qui, chaque jour, donne le ton de l'Office ; les autres alternent entre deux intonations : « Le Seigneur règne » ou « Chantez au Seigneur un chant nouveau ». Au début du dernier livre retentit solennellement l'oracle divin du Psaume loge qui intronise le Fils comme Roi et Prêtre à jamais. Le 131e chante l'accomplissement des promesses faites à David : culte et royauté sont liés ; le Temple est le repos de Dieu, mais c'est surtout en son Fils et en tout ce qui lui appartient que Dieu met sa complaisance : gloire, sainteté, joie, voilà ce que l'alliance royale communique aux prêtres et aux fidèles ; nous sommes déjà au Psaume 149.

Outre ces grands psaumes messianiques, de nombreux autres laissent voir ce fil écarlate ou d'or, qui fait l'unité vivante, noble et dramatique du Psautier. « Au Seigneur la royauté, le maître des nations », conclut le psaume annonciateur de la Passion (21, 29) ; il est « le Roi de gloire » que salue à cinq reprises le petit Psaume 23. « Jouez et psalmodiez pour notre Dieu, jouez et psalmodiez pour notre Roi, exhorte le Psaume 46, car Dieu est le Roi de la terre, psalmodiez avec art. » Sur la Croix, sur l'autel, en nos cœurs, il est Roi, et le chant des psaumes nous fait lui appartenir de plus en plus pour notre joie : « Pour les fils de Sion, allégresse en leur roi. » (Ps 149, 2) Avec lui, nous continuons nos « montées » vers la montagne de Sion, « recevant la possession d'un royaume inébranlable. » (He 12, 22.28)

© Eds C.L.D., 2000

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