page précédente sommairepage suivante

Domuni / Bibliothèque / Articles / Sciences bibliques
Dom Robert LE GALL
Les Pères et les Psaumes
Article extrait de La saveur des Psaumes,
au chapitre 1, "Psalmodier avec sagesse"

© Editions C.L.D., 2000

(Cet extrait est publié avec l'accord de l'auteur et de l'éditeur. Le lecteur retrouvera
le texte complet et les notes, en se procurant l'ouvrage en librairie)
voir la fiche

Les Pères et les Psaumes

Saint Ambroise, en son commentaire sur le premier psaume, commence par remarquer : « Bien que toute la sainte Écriture exhale la grâce, c'est surtout vrai du savoureux livre des psaumes. » Il montre ensuite comment, plus qu'aucun autre livre de l'Ancien Testament, il annonce « de façon publique et évidente » les mystères du Christ : ainsi, « dans les psaumes ne voyons-nous pas seulement Jésus qui naît pour nous ; en outre, il y endure dans son corps cette passion qui nous sauve, il s'y endort dans la mort, il ressuscite, il monte au ciel, il s'assied à la droite du Père. »

Enfin, il exprime avec feu son amour pour ce que représente pour lui un psaume :

    « Qu'y a-t-il de meilleur qu'un psaume ? C'est pourquoi David dit très bien "Louez le Seigneur, car le psaume est une bonne chose : à notre Dieu, louange douce et belle !" (Ps 146, 1) Et c'est vrai. Car le psaume est bénédiction prononcée par le peuple, louange de Dieu par l'assemblée, applaudissement par tous, parole dite par l'univers, voix de l'Église, mélodieuse profession de foi, complète célébration par la hiérarchie, allégresse de la liberté, exclamation de joie, tressaillement d'enthousiasme. Il calme la colère, éloigne les soucis, soulage la tristesse. Il nous protège pour la nuit, il nous instruit pour le jour. Il est bouclier des craintifs, fête des hommes religieux, rayon de tranquillité, gage de paix et de concorde. Comme une cithare, il réunit en un seul chant des voix diverses et inégales. Le lever du jour répercute le psaume, et son déclin en résonne encore.

    « Dans le psaume, enseignement et agrément rivalisent : on le chante pour se réjouir et en même temps, on l'apprend pour s'instruire. Lorsque tu lis les psaumes, que de richesses tu rencontres ! Lorsque je lis dans les psaumes : Cantique pour le bien-aimé, je suis embrasé par un désir d'amour divin. Chez eux, je trouve rassemblés la grâce des révélations, les prophéties de la résurrection, le trésor des promesses. Chez eux, j'apprends à éviter le péché, je désapprends la honte de faire pénitence pour mes fautes.

    « Qu'est-ce donc que le psaume ? C'est un instrument de musique dont joue le saint Prophète avec l'archet du Saint-Esprit et dont il fait résonner sur la terre la douceur céleste. Avec les lyres et leurs cordes, c'est-à-dire avec des restes morts, il rythme les voix différentes et inégales et dirige le cantique de louange divine vers les hauteurs du ciel. En même temps, il nous enseigne qu'il faut commencer par mourir au péché : qu'ensuite seulement il faudra exercer les œuvres des différentes vertus qui feront parvenir jusqu'au Seigneur l'agrément de notre piété. »

Plus encore que son maître, saint Augustin a su faire percevoir dans le chant des psaumes l'unité indissoluble de la voix de l'Époux et de celle de l'Épouse, du Christ et de l'Église, ceci jusque dans les imprécations, « qui expriment, dans leur maladresse, les profondeurs et la violence de l'appel de l'homme à la justice divine. Ce faisant, elles rejoignent en substance la prière du Christ en Croix qui n'hésite pas à épouser les mots humains les plus durs au nom de l'Église qui naît de ses souffrances et de sa victoire rédemptrices. Dans l'unité de la chair du Christ, le Verbe, nouvel Adam, et l'Église, nouvelle Ève, n'ont qu'une seule voix. »

Voici ce qu'écrit saint Augustin en son commentaire du Psaume 85 :

    « Dieu ne pouvait faire aux hommes un don plus magnifique que de leur accorder pour Tête son propre Verbe par lequel il a créé toutes choses, et de les associer à cette Tête comme membres, afin qu'il soit tout à la fois Fils de Dieu et fils d'homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes, afin qu'en adressant à Dieu nos prières nous n'en séparions pas le Christ, et que le Corps du Christ offrant ses prières ne soit pas séparé de sa Tête ; afin que Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, unique Sauveur de son Corps, prie pour nous, prie en nous et reçoive nos prières. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre Tête, il reçoit nos prières comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui l'écho de nos voix, et l'écho de sa voix en nous. »26

    « Que notre esprit s'éveille donc, qu'il soit attentif dans sa foi : il s'apercevra que celui qu'il venait de contempler dans la condition divine a pris la condition d'esclave, s'étant rendu semblable aux hommes, et que, s'étant comporté comme un homme, il s'humilia et se fit obéissant jusqu'à la mort ; et qu'il voulut faire siennes les paroles du psaume à l'heure où, suspendu à la croix, il s'écria : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (Ps 21, 2) Dans sa condition de Dieu, il reçoit les prières, dans sa condition de serviteur, lui-même prie ; là Créateur, ici créature, lui-même n'étant pas changé, mais assumant une créature corruptible et faisant de lui et de nous un seul homme, Tête et Corps. C'est à lui, par lui, en lui que nous adressons nos prières, nous parlons avec lui et il parle avec nous ; nous parlons en lui et il dit avec nous la prière de ce psaume qui est intitulé : Prière de David. Car Notre Seigneur est fils de David selon la chair, mais selon sa divinité Seigneur de David, Créateur de David, et non seulement antérieur à David, mais même à Abraham duquel est né David , et même antérieur à Adam duquel sont nés tous les hommes ; et même antérieur au ciel et à la terre, qui contiennent toute créature ! Que personne donc, en entendant ces paroles, ne dise : ce n'est pas le Christ qui les prononce. Qu'il ne dise pas non plus : ce n'est pas moi. S'il se sait appartenir au Corps du Christ, il doit dire à la fois : c'est le Christ qui parle, et : c'est moi qui parle. Tâche de ne rien dire sans lui, et lui ne dira rien sans toi. »

Les Pères ont su entendre dans le chant des psaumes l'écho de l'Écriture tout entière. Pour comprendre les psaumes et entrer dans le mystère de leur louange centrée sur le Christ Jésus et sur l'Église - Église que nous sommes et avons à devenir -, il faut donc connaître les Écritures et les fréquenter assidûment, de même que la pratique de la psalmodie, et l'intelligence progressive qu'elle nous donne des psaumes, renvoie aux textes tant de l'Ancien que du Nouveau Testament.

© Eds C.L.D., 2000

www.domuni.org

page précédente sommairehaut de pagepage suivante