Domuni,
l'enseignement de la théologie
par Internet

par le Fr. Michel Van Aerde o.p.
Prieur provincial de Toulouse

(paru en allemand dans Wort und Antwort 1 )

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Un phénomène nouveau qui s'impose

D'une manière générale, l'enseignement par Internet a déjà commencé à transformer le paysage de l'enseignement supérieur. 160 000 étudiants suivent les cours de la Open University en anglais, dans pratiquement toutes les disciplines. En France, 550 000 personnes suivent une formation professionnelle par Internet. Le système universitaire va connaître une véritable révolution partout dans le monde et les revues spécialisées analysent déjà le phénomène. « Le Monde de l'éducation » de septembre 1998, par exemple, approche le sujet sous tous les angles. Philosophes, pédagogues, informaticiens et même économistes débattent de l'impact de ce nouveau média dans l'enseignement. Nul ne peut prévoir quelles seront les conséquences ultimes mais, ce qui est sûr, c'est qu'elles vont entraîner une profonde réorganisation des institutions et de la pédagogie.

En effet, le rapport professeurs-étudiants parait s'inverser. Fini, le spectacle de l'étudiant passif qui écoute distraitement un professeur ennuyeux ? Avec l'Internet, l'étudiant –comme le souhaitent d'ailleurs nos Constitutions dominicaines- devient le principal protagoniste de ses études, c'est lui qui choisit les matières qu'il veut étudier, les professeurs qui lui plaisent, les horaires qui lui conviennent, le rythme qu'il veut s'imposer.

Internet et la théologie

De leur côté tous les professeurs ne semblent pas enchantés d'avoir à enseigner sur Internet. Les littéraires, philosophes et théologiens seraient-ils, par rapport à la technologie, plus « conservateurs » que les enseignants des sciences exactes ? Certains que je connais, regrettent la plume d'oie mais ce sont des cas très isolés ! D'autres explications peuvent être risquées. Seraient-ils davantage portés à s'imaginer hors du temps ? à vouloir contrôler la diffusion de leur propre savoir ? à aimer improviser en fonction des étudiants ? à ne préparer leurs cours qu'à moitié ? ? ?

Semer sur « la toile » (on the web), c'est semer à l'aveugle, comme lorsqu'on prêche à la radio ou à la télévision. On ne sait pas qui visitera le site, qui va s'inscrire, de quel pays, de quelle culture, de quelle race, de quel continent ! « Vaste monde, ma paroisse » (titre d'un livre du père Congar) devient en vérité « vaste monde, ma classe de théologie » !

Par la diffusion sur « la toile », le contrôle rapproché disparaît. Le professeur ne jouit plus de se voir écouté, admiré, envié. Il ne peut plus suivre les mouvements de ses étudiants, connaître dans le détail ce qu'ils vivent : d'où ils viennent, dans quelle institution ils sont logés, quel est leur milieu social. N'importe qui peut lire ses cours, même des laïcs, même d'autres professeurs de la même matière ! Si, pour enseigner à John, il fallait absolument connaître John, on n'écrirait pas des livres. Internet, comme l'imprimerie en son temps, est un média qu'il faut apprendre à utiliser, qui a ses avantages et ses inconvénients.

 

Ce qu'Internet provoque, c'est un rapport à un texte écrit sur ordinateur. Le professeur peut sans cesse reprendre son cours et le modifier. Le texte n'est donc jamais définitif, il s'enrichit des réactions des étudiants (ceux-ci ont un programme qui leur permet de prendre des notes, d'écrire des gloses marginales, d'envoyer des questions au professeur etc.). C'est donc un texte dialogal, qui s'apparente davantage à la parole qu'à un livre, toujours en évolution de fait de l'interactivité du média, texte dialogal mais dont le texte, à la lettre même, reste fidèlement en mémoire. On peut se demander l'usage que Platon aurait pu en faire, avec des discours philosophiques synchrones de plusieurs personnages sur le même sujet philosophique. Par ailleurs le texte n'est plus « rectiligne ». Se présentent des « hypertextes ». On « navigue », dans l'Internet et même si, dans un cours, les possibilités de « surfer » sont plus réduites que dans la recherche de sites sur la toile, l'outil lui-même permet d'écrire le cours autrement qu'on écrit un livre. Avec les « hypertextes » se présentent des sortes d'aiguillages, il peut y avoir des renvois, des boucles. La forme de l'expression changeant, celle de la pensée va peut être évoluer aussi. On sait que l'attention des gens est influencée par l'évolution des médias. Le discours en direct exigeait une construction respectant certains mécanismes mnémotechniques. L'écrit a préparé les auditeurs à écouter des discours structurés en trois parties, avec introduction et conclusion. Enfin, la radio et la télévision favorisent aujourd'hui le « zaping » et une attention variable qui évolue comme une sinusoïde. Internet à son tour apportera des changements dans le comportement que nous ne pouvons pas encore imaginer.

 

Beaucoup de séminaristes, de laïcs et de religieuses, beaucoup de ministres déjà au travail, aimeraient pouvoir travailler les thèmes qui sont les leurs, rendus proches d'une bonne source d'enseignement, grâce à une technologie souple à forte inter-activité.

Sur des continents entiers, les étudiants en théologie, concentrés dans quelques capitales, n'ont à se mettre sous la dent que l'enseignement de quelques professeurs, réduits en nombre, surchargés le plus souvent et à qui recyclage et stimulation intellectuelle sont refusés pendant de nombreuses années. Au prix où sont les livres, les moyens de transport et la capacité de rangement, les bibliothèques restent faméliques quand elles ont le mérite d'exister.

En Europe, l'accès à la théologie est relativement facile pour les clercs dont les institutions favorisent la formation au prix de grands sacrifices. Pour les laïcs en revanche, il s'agit d'un luxe que ne peuvent s'offrir que les « communautés nouvelles », au fonctionnement apparenté aux congrégations religieuses ou les personnes retraitées, dotée de temps et d'argent.

Laïcs, moines et moniales, clergé en mal d'études complémentaires, se trouvent exclus de fait, à moins qu'ils ne recourent à la vieille méthode de l'enseignement par correspondance, lourde, coûteuse et terriblement anonyme, qui ne résout ni le problème de la bibliothèque ni celui des examens.

L'enseignement par Internet permet de répondre à ces besoins.

Le projet de l'Ordre

Le média est tout nouveau et il s'agit de mobiliser une vieille institution comme l'Ordre des Prêcheurs, en ses différentes branches : sœurs, frères et laïcs. Ce pari n'est pas encore gagné mais des pas significatifs ont été faits. Le chapitre général des frères, réuni à Bologne en juillet 1998, y consacre une page entière. Il s'agit de constituer en réseau l'ensemble des centres dominicains de formation, en reconnaissant l'équivalence des diplômes canoniques. Il s'agit ensuite de greffer sur cette structure dominicaine de base, les centres non dominicains divers, séminaires, universités, facultés d'institutions religieuses variées, susceptibles d'être intéressés. Ils auront le statut de centres associés. Il s'agit enfin d'accueillir les professeurs dispersés qui souhaitent participer à l'enseignement, avec le statut de professeurs associés. Le site Internet est réservé, il fonctionne déjà au plan technique. Le réseau s'appelle DOMUNI, le site est « www.domuni.org ». Le serveur informatique est dans le couvent de Toulouse, connecté par fibre optique au réseau universitaire français RENATER. Au plan académique la constitution du réseau d'universités et la reconnaissance des diplômes va demander un peu plus de temps. La Curie généralice est en train de faire l'inventaire des différents centres d'études dominicains. Les contacts se prennent progressivement. Déjà, la Province d'Espagne propose des cours en espagnol sur Internet et cette réalité pourra être reprise dans le réseau global.

 

Les thèmes que nous retenons sont ceux de la philosophie, de la théologie et des sciences humaines. Ce sont des matières de plus en plus négligées dans les universités d'Etat car elles paraissent « gratuites » et de peu d'effet dans la production économique, peut être aussi parce qu'elles sont suivies par les étudiants les plus agités politiquement et socialement…

Par ailleurs il est envisagé actuellement de concentrer nos efforts sur les cours de licence canonique et doctorat. L'expérience actuelle de la province d'Espagne avec des cours de niveaux académiques plus simples sera instructive, surtout son impact sur les laïcs que l'on peut supposer plus particulièrement intéressés. Mais il nous semble intéressant de favoriser le développement des études plus poussées car à ce niveau les étudiants ont déjà acquis une bonne discipline de travail personnel, les cours sont moins nombreux et, par ailleurs, ces cours sont beaucoup plus rares dans les pays pauvres. On trouve pratiquement toujours un lieu où étudier jusqu'au baccalauréat canonique, on trouve rarement où étudier pour la licence canonique et le doctorat.

 

Il ne s'agit pas de créer à partir de rien. Il s'agit de fédérer ce qui existe déjà.

Dans presque tous les pays du monde fonctionnent des centres de formation, des facultés, voire des universités dominicaines. Ceci constitue un capital social inestimable, un enracinement séculaire dans les régions et les cultures particulières. Permettre l'accès à cette connaissance multiforme, depuis n'importe quel poste de téléphone de la planète, n'impose pas du tout un saut dans l'abstraction. Il ne s'agit pas de mondialiser une théologie « virtuelle » au sens d'évaporée, mais bien de participer à une Pentecôte où les diversités concrètes se côtoient et dialoguent sans se neutraliser.

 

Que signifie ce réseau de centres d'enseignement ? La connaissance réciproque et la confiance. Il encourage l'échange de professeurs et d'étudiants, pour des cours et pour des stages, ainsi que l'échange de publications. Du fait de l'uniformisation qu'entraînent les normes vaticanes, il ne sera pas difficile de passer des accords de reconnaissance réciproque des diplômes.

Avec l'Internet les distances sont abolies, le réseau permet de tisser sur la face de la planète une toile dont les multiples points se trouvent à proximité géographique des étudiants potentiels. En ces lieux concrets s'appliquera dès lors la richesse de proposition du réseau tout entier. Les étudiants pourront rencontrer des tuteurs, des cours « en chair et en os », ce qui existe déjà localement mais aussi la palette très diversifiée des cours Internet dans laquelle ils choisiront les unités de valeur ( crédits) suivant leur intérêt.

A Saint-Domingue par exemple, le Centre Institutionnel d'Etudes Théologiques, géré par les frères dominicains au bénéfice des élèves des différentes congrégations de l'île propose un baccalauréat canonique, par le biais d'une affiliation à l'Angelicum. Avec le réseau DOMUNI, il pourra proposer non pas seulement « une » licence canonique mais la variété des multiples licences canoniques disponibles sur DOMUNI. Réciproquement il proposera au réseau des cours organisés en unités de valeur (ou crédits) que certains de ses professeurs seront disposés à assurer. Le CEAM, Centre d'Etudes Antonio de Montesinos pourra proposer une spécialisation originale sur les droits de l'homme. (Faut-il rappeler que c'est à Saint-Domingue que fr. Antonio Montesinos a prononcé le fameuse homélie « Ne sont-ils pas des hommes » en faveur des indiens opprimés comme des esclaves ?).

En Haïti où la Conférence des Religieux Haïtiens peine pour mettre sur pied le CIFOR, centre commun de formation, le réseau DOMUNI sera d'une aide précieuse, dès que les moyens téléphoniques le permettront ! ! !

 

En comparaison des universités laïques, le projet dominicain bénéficie d'atouts puissants. Les universités ont compris qu'elles ont intérêt à se constituer elles aussi en réseaux, en particulier pour obtenir des subventions de la part de programmes internationaux (programme Alpha, de l'Union Européenne par exemple). Elles disposent d'énormes moyens matériels mais, pour se lier entre elles, elles ne disposent pas des mêmes avantages que nos centres d'études dominicains :la confiance qui vient d'une histoire et une référence commune, l'équivalence des diplômes et, enfin, je le cite en dernier mais cela n'est pas le moindre des arguments, le désintéressement des professeurs, plus soucieux de partager leurs connaissances que de gagner de l'argent .

 

La question vient maintenant de la structure administrative de notre réseau et de la gestion du pouvoir.

Il n'est pas souhaitable de créer une université unique, multi-lingue et gigantesque. Cette entité serait difficile à gouverner comme à administrer. Le serveur informatique peut être unique au départ, il devra ensuite se multiplier. L'administration gagnera à se régionaliser rapidement en des serveurs locaux, reliés les uns aux autres. La comptabilité elle-même pourra être décentralisée, répartie entre des comptes principaux : enseignement, administration, bibliothèque, amortissement. La bibliothèque sera multiple suivant les langues et les grandes régions géographiques (l'Amérique latine ne fonctionne pas nécessairement avec l'Espagne et le Portugal, pas plus que l'Afrique avec la France et le Canada…).

Le chapitre général de Bologne, en cet été 98, encourage la Province de Toulouse dans les premiers pas. Celle-ci a le mérite d'avoir accueilli l'idée alors qu'elle ne disposait ni des éléments intellectuels ni des moyens techniques pour prévoir précisément où l'aventure la conduirait. Maintenant il apparaît que non seulement cette aventure est possible et fructueuse mais plus encore qu'elle peut être partagée sans perdre la force de sa cohésion.

Une forte centralisation ne convient pas, pour des raisons de fonctionnement comme nous venons de l'expliquer mais aussi parce que la centralisation est étrangère à la philosophie de l'Ordre des Prêcheurs, lui-même profondément régionalisé. Notre mode de gouvernement, que l'on peut qualifier de fédéral, encourage les initiatives locales, nous pouvons nous en inspirer. La proposition est donc de placer un « président » à la tête du réseau DOMUNI. Il présidera un « sénat » (analogue au chapitre général électif), constitué des recteurs et d'un certain nombre de « délégués » élus par le corps enseignant de chacune des entités en fonction du nombre de ses étudiants.

Quelques exemples

Imaginons « Pablo Quispe », un paysan quechua qui a migré au fin fond de l'Amazonie péruvienne. Après avoir suivi les cours de baccalauréat canonique au séminaire de Puerto Maldonado, dirigé par les frères du Vicariat de la Province d'Espagne, il peut suivre des cours de licence canonique par Internet. Pablo choisit un tuteur parmi les professeurs du séminaire, dont certains viennent de Salamanque en renfort. Il peut accéder à la bibliothèque locale mais aussi, par Internet, aux quelques livres spécialisés dont il a besoin. A la fin, il passe ses examens dans cette institution qui appartient au réseau. Il ne lui reste plus qu'à rédiger son mémoire de fin d'études. Au lieu de l'écrire dans une faculté européenne ou américaine, immergé dans une toute autre problématique que la sienne et loin du terrain d'expérience dont il a besoin, il peut, avec l'aide du courrier électronique, rédiger son mémoire tout en étant suivi régulièrement par son professeur et par son tuteur.

Les étudiants européens n'ont pas toujours le souci de voyager pour changer d'horizon Mais on peut être certain que Pablo demandera à voyager pour s'initier aux pays développés. Un voyage organisé dans ce but sera un plaisir alors qu'un séjour de longues années à l'étranger provoque les sacrifices en argent, les traumatismes affectifs, les ennuis sociaux et culturels que l'on connaît.

 

Notre frère Jean-Marie Mérigoux lui, existe bel et bien. Il est assigné au couvent du Caire. Il est docteur d'université et, par l'Internet, il souhaite partager son expérience et son large savoir avec beaucoup plus de gens. Il propose un cours sur les chrétientés orientales car il a vécu en Irak et en Egypte pendant de nombreuses années. Ce cours intéressera toutes sortes d'étudiants et même ceux qui se destinent au dialogue avec les orthodoxes russes car il est bon de connaître l'Orient chrétien du sud pour rencontrer les orientaux du grand nord !

 

Monsieur René Tixier existe lui aussi, il est responsable de l'enseignement d'anglais de son université. Mais il a fait sa thèse sur le fameux « nuage de l'inconnaissance » et il propose de partager sa passion dans un cours bilingue, en anglais et en français, sur la mystique anglaise du Moyen Age. Il sera un professeur associé très bienvenu.

 

Ainsi les professeurs peuvent enseigner tout en restant dispersés ce qui permet d'en mobiliser le plus grand nombre. C'est une difficulté pour former la communauté pédagogique, mais il y aura toujours un noyau de professeurs rapprochés, susceptible d'être complété à l'occasion de réunions à cet effet… C'est aussi un avantage car, ici, le professeur parle sans avoir à se référer à une expérience antérieure depuis « son » lieu. Par ailleurs le professeur peut maintenir d'autres activités surtout si son enseignement est spécialisé en sorte qu'il a peu d'étudiants.

 

La question se pose aussi du mode de rémunération. Le principe proposé est celui d'une rémunération du professeur en proportion du nombre d'étudiants inscrits pour ses cours. Beaucoup d'étudiants ? Le professeur devra constituer une équipe d'assistants pour faire face à la demande si celle-ci est élevée. Peu d'étudiants ? Il maintiendra une autre activité.

Conclusion

Internet ne provoquera probablement pas de changement dans le contenu de la théologie : il est douteux qu'une simple technologie permette de découvrir une cinquième personne au sein de la Trinité( !). C'est au plan de la relation entre enseignants et enseignés qu'Internet va entraîner de grandes transformations et surtout dans l'organisation institutionnelle de cet enseignement.

Socialement, c'est un média intéressant. Il permet à la « périphérie » d'avoir accès au « centre » et d'y faire entendre son point de vue. Les distances sont abolies. On peut, depuis Cuzco (pour prendre un exemple vécu) prendre position dans des débats qui n'avaient lieu jusque là que dans les capitales. On peut aussi, depuis les lieux les plus reculés de la planète, à condition que l'on bénéficie d'un téléphone, avoir accès aux sources d'une connaissance de plus en plus étendue et détaillée.

 

Le projet de l'Ordre est ambitieux. Il est cependant réaliste. En s'appuyant sur l'existence très concrète de tous nos centres de formation, il est aisé, par Internet, de constituer un réseau cohérent et relativement homogène. L'offre d'enseignement est alors multipliée. Le manque de présence physique directe peut être compensé par la présence de tuteurs, pour dialoguer en direct avec l'étudiant en aidant celui-ci à trouver son rythme sans se décourager. Le niveau « licence canonique » est adapté à la fois aux besoins actuels de l'enseignement lointain et aux possibilités du média Internet. Des difficultés surgiront, elles viendront très probablement des lourdeurs habituelles des institutions, du manque de disponibilité des hommes, du goût traditionnel des étudiants pour la facilité, de la volonté de contrôle de certaines instances ? Nous allons voir !

Fr. Michel Van Aerde o.p.
Prieur Provincial de Toulouse

 

(1) M. Van Aerde OP, DOMUNI Theologische Wissensvermittlung über Internet, in: Wort und Antwort, april-juni 1999, pp 79-83.


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dernière mise à jour 29/06/99