André GOUZES, opDiscours
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Du RP André GOUZES, op, élu Mainteneur, Mesdames, Messieurs, On ne mérite pas d'être choisi ! Une société savante, éprise d'art et de belles lettres depuis ses origines, a certes ses critères. Mais je fus étonné, sincèrement, que vous m'ayez choisi... En effet, je suis le moins titré des vôtres et je n'ai eu d'autre rang, dans l'Eglise et la cité que celui de « petit curé de paroisse » de Sylvanès avant que cette paroisse ne disparaisse dans les chambardements actuels... Alors, comme dit l'Ecriture : « Qu'êtes-vous allé voir dans le désert ? », qu'êtes vous donc allé chercher dans ce désert de Sylvanès ? Une voix qui crie ? Une voix qui chante ? Ou bien, tout comme moi, vous désaltérer au rocher spirituel de l'antique abbatiale ? L'évangile du « Bon Samaritain » désigne la fameuse auberge où est confié le blessé du chemin, comme le « Pandocheion » : ce lieu qui peut tout accueillir. Je ne trahirai personne en vous confiant que dans ce « pandocheion » qu'est Sylvanès plusieurs membres de votre illustre Académie y sont venus faire halte et sont devenus des amis discrets et fidèles de notre Association et de son inclassable aventure. C'est cela qui m'a rassuré : votre amitié, mes chers confrères ! Celle qui est estime mutuelle, liberté spirituelle et grâce partagée, celle qui, avec l'admiration, ouvre à une autre intelligence des choses et des êtres. Si j'ai accepté, confus et inquiet, votre élection, c'est que j'ai pressenti, à travers la distinction dont vous m'honorez, l'estime que vous portez à l'égard de toute l'uvre liturgique, spirituelle et artistique de Sylvanès, et à l'égard de tous ceux sans lesquels je ne l'aurais pas accomplie. C'est cela qui, à bout portant du cur, m'a intimé de vous dire « oui », de vous rejoindre et, en cet instant, de vous exprimer ma profonde et sincère gratitude : merci Messieurs, merci mes frères et amis, merci pour l'accueil que vous me faites. Je n'oublie pas que je suis, comme disait Saint Paul, « l'avorton », le dernier d'une longue lignée de frères en sacerdoce d'hier et d'aujourd'hui. A ceux d'aujourd'hui, les Pères André DUPLEIX et Georges PASSERAT, je demande leur indulgence et leur conseil. A ceux d'hier, que j'ai eu l'honneur de rencontrer ou de connaître, Monseigneur Bruno de SOLAGES, Monseigneur MARTIMORT, maître en liturgie et précurseur de la Constitution Liturgique de Vatican II, le Père Ceslas COURTES, qui fut mon frère en Saint Dominique, et mon ami, à tous, j'adresse ma reconnaissance et mes hommages, eux qui ont été dans notre belle ville de Toulouse lumières de l'Eglise et de la Cité.
Avant de vous ouvrir mon propos, je voudrais, pour tous mes amis qui découvriront ce soir pour la première fois notre belle institution, leur rappeler un bref extrait des fondations :
1. Vivre en LiturgieC'est dans les rituels des grandes traditions sacrées que d'une seule voix ont été proclamés musique et poésie, verbe et son. L'union du mot et du son est une des caractéristiques de l'expression du sacré. Sur l'enroulement du « neume »à la proue de la vague, le mot jaillit comme une révélation et instaure aux profondeurs de l'âme, l'éclat brûlant d'une présence. La musique instaure le mot aux racines de le vie.
Toute le liturgie, dans son verbe et dans son chant, n'est que la synergie du travail de la vie de Dieu dans la vie de l'homme. Il n'est de rituel et de liturgie, en eux de paroles et de sons, que pour remettre l'homme debout, lui rendre sa verticalité et sa vie. Toutes les racines de mon enfance rouergate ont été imprégnées et nourries de cette puissante énergie de la beauté liturgique. Chaque saison la rendait nouvelle, chaque point du jour l'annonçait par ses envols de rythmes carillonnés. La vieille langue latine, tonitruante dans la « gueule » des chantres, qui proprement la « gueulaient », nous révélait une poésie sauvage des premiers matins du monde. Le grand poète GUILLEVIC dit des hymnes latines « Tantum ergo », « Dies irae », etc. qu'elles ne l'ont pas laissé indifférent. L'Internationale du communiste qu'il était devenu ne les lui avait pas fait oublier ! « Ils font partie des choses qui ont compté pour moi. Je ne savais pas que c'était de la poésie jusqu'à ce que j'aie appris l'existence du vers libre... » « Lorsque j'ai lu Claudel, je n'ai pas été étonné par sa forme. Elle m'a tout de suite était familière. C'était comme les vêpres ». Cet immense organisme vivant de la prière chrétienne édifiait, au sens premier de bâtir, et l'espace et le temps, et le corps tout entier qui découvrait en tous ses sens la germination de son âme. « Beauté ancienne et toujours nouvelle ! » dont parle si merveilleusement Saint Augustin... Beauté humble et sainte, immobilisée dans la vieille pierre de nos églises, prête à s'ébranler au premier appel de la voix, l'éternisant dans les plis de leurs réverbérations mystérieuses. Les anciens parlaient du « son-lumière », quand le verbe enflammé du chant devenait, par lui, vision au-delà de l'image.
Aux sources du Concile Vatican II, des hommes comme Romano Guardini, l'ami du BAHAUS, Maurice ZUNDEL, Louis BOUYER, MARTIMORT, et le Père DUPLOYE, frère dominicain, essayeront d'arracher la liturgie catholique à ses pompes impériales, ses fadeurs piétistes, son obscurantisme moralisateur... et j'en passe ! Chacun et bien d'autres, essayeront de revenir à ce « champ des signes », « campus-cantus » (espace/temps) (figure et rythme) où s'éveille, dans une intériorité charnelle, le corps de l'homme nouveau, en attente christique de devenir Corps de Dieu ; qu'est-ce à dire : l'Eglise en acte de ses mystères ! Si elle est mère : c'est là son travail d'engendrement. La création, dira Saint-Paul, gémit en attente de la révélation des fils de Dieu. Le corps et l'âme s'y rassemblent dans le « souffle lumineux » de l'Esprit. C'est l'existence en acte du salut, comme délivrance et comme joie ! Voilà nos sources : est-ce que nous rêvons ? Pourtant, tous ces devanciers puisèrent à nouveau, au plus profond du baptistère de l'histoire, ces trésors de la Foi qui illuminèrent les siècles à travers les Saints, et fondèrent notre culture. S'éloignant de la pratique tardive de la « contre-réforme » qui hésitait entre extériorisation esthétisante et compulsivité affective, ils ouvriront l'expérience spirituelle à ses vraies racines sacramentelles où le langage symbolique, retrouvant sa praxis efficace, se déploie comme révélation et encharnellement du sens. La cérébralité qui ne s'apaise point dans une écoute intériorisée de « l'être-corps » ne peut que s'effondrer dans l'hystérie ou le volontarisme sacrificiel... Les symboles sacrés retrouvés, agis et initiés, nous redonnent les clés expérientielles des grands récits bibliques. Ils nous renvoient à ce que beaucoup d'anthropologues appellent « l'humanité essentielle ». C'est parce que le « jeu symbolique » est délibérément dans la continuité naturelle entre l'homme et le divin, qu'il peut être considéré comme l'instrument d'une conscience organique capable d'unifier les expériences religieuses et psychiques.
Dans son essai sur « l'esprit de la liturgie » Guardini conclue ainsi son analyse sur le symbole :
Il développera ensuite une thématique de la « liturgie comme jeu ». redécouvrant le paradigme de l'ange : serviteur de la flamme, chant vivant, élan d'Amour (Eros)... Ils jouent à la face de Dieu ! L'angélologie orientale qui enveloppe le mystère de sa douceur et de sa beauté le traduit dans une exubérance ludique des symboles, des rituels, etc. qui expriment bien la « gratuité » et le « jeu » que seule l'inutilité de la beauté rend possible ! L'enjeu métaphorique de l'Ange dans la liturgie est de l'ordre de l'élan, de l'envol... à condition que les officiants célèbrent avec légèreté ! « Savez-vous pourquoi les anges savent voler ? C'est qu'ils se sont trouvés légers ! » (Chesterton) Cette description souriante, hélas peu transmise chez les occidentaux, rejoint celle du Jeu de l'enfant ou de la création de l'artiste. Et Guardini de la développer :
Plus loin que l'art, plus loin que ses protocoles, aux sources même où il jaillit, la liturgie offre à l'homme de réaliser pleinement le mystère de sa provenance : découvrir par grâce sa nature filiale, son « enfance éternelle ». L'homme découvrant dans la liturgie sa destination éternelle pourra devant Dieu : « se réjouir de sa jeunesse ! » Dans la liturgie se réconcilient, en ce « mystère filial sous le regard de Dieu », l'art et la réalité ; C'est proprement ce que toute l'écriture et la tradition appellent la « vie nouvelle » des enfants de Dieu, acquise sur l'enfer et la mort par la Croix du Christ, et propagée comme un feu dans le « Souffle Pentecostal » de la Résurrection. Reprenant une expression de l'office liturgique, il évoquera « l'Esprit de flamme et de sainteté » « qui a pouvoir sur le mot » :
C'est la redécouverte du « vivre liturgiquement » qui est rénovateur dans la démarche de Guardini. Il redonne son fondement anthropologique et existentiel à toute la vie sacramentelle, redonnant dignité et réalité aux langages et aux conduites symboliques qui sont les matrices des arts vivants. Il n'y a d'art que pour l'homme et jeu de l'homme. Puisse notre temps ne pas l'oublier ! Et lorsque l'Eglise parle de « vie nouvelle », il s'agit encore de la vie de l'homme rénové, retrouvé, relevé, dans toutes ses incidences sensibles, affectives, intellectives... L'homme selon le Christ ressuscité, dans la vie nouvelle, c'est l'homme intégral, unifié et rassemblé. Etrangement, c'est souvent dans les recherches anthropologiques profanes de la post-modernité que nous trouvons les « attendus » les plus éclairants sur ces soubassements du religieux, paradigmes toujours actuels de la résolution des tensions existentielles. Je ne résiste pas au bonheur de vous partager la conclusion de l'ouvrage de Michaël-Francis GIBSON : « Ces lois inconnues » (pour une Anthropologie du sens de la vie). 7 p. 220
2. Vivre en poésieSur l'autre versant du liturgique, jailli des mêmes profondeurs, se dresse le poétique : poètes et mystagogues ont eu ensemble l'initiation originelle et sacrée du verbe. Quand en Occident le rite devient contrainte sociale ou obligation morale, quand le verbe, doctrinaire ou sentimental, se durcit ou s'amollit, contribuant à l'épuisement du grand corps de la Parole-signe, alors s'éveille, avec la poésie contemporaine, une authentique requête du sacré : gloire du simple, souffrance d'éblouissement, quête blessée d'un infini-fini, épreuve d'un néant que diffère toujours l'instant de grâce qui l'affronte dans le cri. Au-delà de la souffrance et de l'étrangeté d'exister, trace après trace, le verbe poétique recrée un dialogue, voire refait alliance avec le sacré, un corps à corps avec le monde. Guillevic, dont j'ai déjà prononcé le nom, est de ces poètes dont les « mots entreprennent de vous mettre au monde ». Tout l'abrupt de son verbe, la massivité de sa silhouette, cette bonté fraternelle et caressante avec la vie humble, son matérialisme amoureux et mystique, expriment la force de ses origines de « celtitude » et de paysannerie chrétienne. Le divin y sent les choses ; avant les mots, les choses parlent divin. Le Rouergue, terre de confins et de pierres dressées, rappelle par bien des traits la terre celte où s'est forgée la personnalité humaine et poétique de Guillevic. Dès ses premiers écrits, les pierres de Carnac auront sur lui un pouvoir de révélation, et aussi l'océan, mêlé aux vents, développera un sens aigu et une expression originale du sacré :
Il dira explicitement dans un livre dialogue intitulé « Vivre en poésie » :
Il observe, avec pertinence, combien une certaine évolution du monothéisme chrétien a crée une distinction, voire un schisme, entre profane et sacré. D'où pour lui le déchirement de la vie actuelle. Lui, le matérialiste mystique, engagé au Parti Communiste, « invoque le sacré ! ». Il dénonce l'écartèlement de l'homme moderne entre deux réalités : « Il y a là, dit-il, une erreur de l'idéalisme au sens philosophique du terme ». Le sacré n'est pas dans un autre monde, ni dans un fondement, mais il a la force et la lumière qui nous offrent l'inépuisable réalité et sa profondeur. C'est aussi l'expérience des mystiques...
Voilà ce qu'il appelle « vivre en poésie », « vivre le sacré dans le moindre de ses gestes ».
Le Centaure de Médée, portant en croupe l'enfant-roi, criait au Soleil, à la vague et au vent : « Tout est Saint ! Tout est Saint ! » François célèbrera lui aussi cette extase cosmique et charnelle de la joie, se faisant le « très humble » pour chanter le « Très haut » :
Le poète ne joue pas avec les mots, comme le mondain ou le bateleur. Il est plus véritablement l'artisan du verbe. Il n'y a rien de moins flou que la poésie. Le dire du poète, en son ordre propre, a la précision de l'outil. Il en partage l'exactitude et la beauté. A un Maître et pédagogue de jeunes compagnons du tour de France, le Père Feller, sj. Auquel on demandait : « Le bel outil, quel est-il ? » il répondit : « C'est celui qui chante en silence l'humanité réussie ». Il y a en poésie une nécessité intérieure du verbe qui est de l'ordre du « rapt », de la force irrépressible et matricielle du verbe. Le poète s'y livre tout entier dans une évidence hiératique, à la fois intime et lointaine, comme en un rituel :
Sens et sensation se fécondent et s'engendrent dans l'acte de création :
L'art poétique est aussi un art de vivre ou il le devient. C'est en cela qu'il rejoint le paradigme enfoui de la liturgie. Là se trouve un chemin d'écoute mutuelle et de réconciliation : la souffrance de l'étrangeté et de l'exclusion du monde devient élection. Vivre en poésie c'est pratiquer les mots comme on pratique les choses et la matière : totalement ouvert à eux, c'est aussi se laisser pratiquer et travailler par eux. Nous sommes là dans la « capacité obédientielle » du verbe humain à accueillir l'efficience de grâce du Verbe divin. Le vie trouve alors son chant intérieur là où elle subissait la peur et le cri. « Le chant est comme l'autre nom du poème » dira Guillevic. Mieux que de s'accorder, ils s'énoncent d'un seul élan, d'une même voix. La poésie est « anastylose », elle redresse, elle réveille les « mots-momies » (Delteil), usés, dépréciés par l'usage, et elle en fait des « épées contre les brouillards » (Guillevic). Elle est une démarche de remontée et de passage, où le « moi » quitte ses labyrinthes, reçoit et nomme l'altérité des choses en leur lumière et « être-propre ». Elle établit un lien nuptial, quasi liturgique, de communion avec le sensible. Le « chant-poème » instaure une relation, comme un rite de l'âme, pour s'unir au travers des choses à la création océane.
Le chant est vertical, insistera-t-il, il ne commente pas ; S'échappant du récit, simplement il noue un dialogue. A sa façon, il est silencieux. Claudel, traduisant le Psaume 118 écrira :
Voilà pour le croyant la fonction du psaume, poème-chant, qui accompagne la vie, qui devient sa vie intérieure. Il est retrouvé dans sa vraie nature, rituel et chant d'exode, pour rythmer sa route ; Verset après verset, à l'assaut du ciel, il s'ouvre au silence, à la scansion de la médiante.
Ce silence est le cur de la psalmodie. Je l'exige dans les pratiques liturgiques que j'enseigne. Le verset doit être chanté dans l'élan, lâchant la voix à l'acmé de son éclat, « subito » à l'abrupt du silence ; Il y a quelque chose de cette pratique chez les chrétiens orientaux, ou dans la récitation coranique. La voûte de pierre, dans l'écho, au plus lointain, révèle et laisse entendre un silence comme venu « d'en haut », bruissement de la présence infinie.
La mélodie sacrée, annonciatrice du verbe de lumière, s'accomplit, en nous transformant ; Si nous entrons en elle et si elle entre en nous, elle change notre niveau de conscience parce qu'elle aspire à annuler le temps, en s'offrant elle-même au silence.
La suspension du temps qu'opère le silence n'est ni une absence, ni un manque, ni une plénitude : l'éternité est la face cachée du temps ; Cette expérience est familière à tous les mystiques et aux artistes. Quand la vie intérieure prend le dessus sur la vie quotidienne et que plus rien n'est mesurable. Laissons encore le dernier mot à Guillevic :
3. La Joie
La parole qui s'enracine dans l'être, qui aime le monde en son inépuisable richesse de création, est aussi capable de compassion fraternelle et de joie. Voilà pourquoi la parole devient chant. Tout comme en liturgie la foi s'exprime dans un chant d'allégresse pour faire Eucharistie. Guillevic, notre compagnon poète, croit que « l'Amour, la Poésie », cela se complète et s'interprète. Donc le bonheur est possible : « je crois possible le sentiment, la sensation du bonheur ». La vie peut être tragique : elle est tragique en soi ; mais la tragédie ce n'est point la ta tristesse : « le mal, pour moi, c'est la tristesse... S'affliger, voilà la pire des afflictions ». C'est aussi au nom de la quête de joie que dans les Ecritures l'avenir est possible : « Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse », telle est la force de l'annonce messianique. La tristesse est signe de l'exil : exil de soi, exil de sa terre, exil de Dieu. « Mais lorsque l'homme fait une action dans la joie, il s'ouvre au miracle du futur » dit un Sage d'Israël. La joie donne force à l'homme de s'inventer et de renaître, c'est elle qui donne un « nouveau souffle » à la vie. Les chrétiens lui donnent le nom de résurrection. Son sens sacré c'est la joie, son pas n'est plus la marche mais la danse. Saint Paul ne pensait pas autrement lorsqu'il s'adressait aux Corinthiens : « Je dirai une hymne dans l'Esprit », ou encore aux Ephésiens : « Cherchez dans l'Esprit votre plénitude. Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ». A la suite de Paul, les premiers chrétiens auront une vive conscience de l'inhabitation de la joie, comme sceau, ou marque du Ressuscité. Cette tonalité chrétienne sera virilement gardée par l'Orient grec, en particulier dans le tropaire de Pâques « Christos Anesti ». La sainteté russe l'exprimera dans la bouleversante douceur d'un Séraphin de Sarov : « Frère ma joie, Christ est ressuscité ! ». La première théologie de l'Eglise est un chant imprenable venu de Dieu dans l'Esprit, et proclamant l'éblouissement de ses merveilles. La prédication de l'Eglise, parce qu'elle proclame en Christ la victoire de la vie sur la mort, sera d'abord le chant de sa préface eucharistique, appelée : « Predication Gloriosa ». Avant que de s'asphyxier dans des règles ou des rituels définis, l'Eglise, de bout en bout, a célébré le mémorial de son salut dans un chant, un souffle ininterrompu d'allégresse ; Les liturgies expriment toujours le Dieu qu'elles servent disait Platon. Si la liturgie est la grâce, elle ne peut être que la joie et le chant. Les siècles tardifs du dolorisme chrétien ont surtout insisté sur le « serviteur souffrant », les Pères de l'Eglise ont insisté pour appeler le Christ après sa Pâque : le « serviteur jubilant ». Cette joie est la tonalité de la célébration et de la prédication des siècles fondateurs du christianisme. Une hymne le comparera même à Orphée pénétrant aux enfers avec sa lyre, figure de la croix, et terrassant la mort par son chant.
N'est-ce pas, à sa manière, la même conviction qu'exprime notre poète ? N'est-ce pas le même lien pressenti entre le chant et la mort ? Saint Augustin, inépuisablement, reprendra lui aussi cette thématique du « chant nouveau » pour parler de la vie pascale des chrétiens :
Mesdames, Messieurs, Les vérités que nous révèle l'expérience ne se démontrent pas. J'ai essayé de vous les partager en parcourant, comme dans un jeu de contrepoint, l'uvre du théologien Guardini et du poète Guillevic, montrant qu'entre les rives opposées d'un même fleuve, c'est la même eau qui coule et les unit. L'authentique modernité n'a jamais cessé de boire à la source.
André GOUZES-VIDAL
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