Recension par Sr MARIE-ANCILLA, moniale dominicaine

Simone PACOT
L'Evangélisation des profondeurs
(tome 1) Editions du Cerf, 1997 (réédition 2004)

L'Evangélisation des profondeurs

Recension - Réponse de l'Auteur - Fiche détaillée


Recension de Soeur Marie Ancilla, op

La réédition du premier livre de Simone Pacot, publié pour la première fois en 1997, montre à l'évidence qu'il a connu un grand succès. Il faudra nous demander quelle peut en être la cause.

Ce livre est né de l'expérience de l'auteur : l'ouverture du plan psychologique au plan spirituel grâce à la parole de vie. Dans l'introduction, elle pose les problèmes fondamentaux qui serviront de colonne vertébrale à l'ouvrage. Il sont développés dans les chapitres suivants en s'appuyant à la fois sur des expériences vécues par des personnes diverses et sur l'écoute de la Parole de Dieu.

L'A. expose comment s'ouvrir à l'Esprit. Puis elle fait le tour des blessures qui nous habitent - blessures étant pris au sens de blessures psychologiques - : ce sont là, pense-t-elle les obstacles majeurs à la vie d'enfant de Dieu à laquelle nous sommes appelés. Elle se penche enfin sur le chemin de restauration, de restructuration. Elle termine, dans un dernier chapitre, par le pardon qui tient une place capitale sur ce chemin.

Une péricope évangélique ouvre trois parties sur quatre : la guérison de l'infirme de Bethasda, Marthe et Marie, la parabole du fils retrouvé.

L'introduction donnant tous les éléments qui sont développés ensuite dans les diverses parties, il m'a paru important d'en analyser les diverses composantes.

Quelle anthropologie ?

Presque à toutes les lignes des questions surgissent, car l'auteur nous fait pénétrer dans un monde totalement étranger à l'expérience des spirituels de la grande tradition ecclésiale catholique. En voilà quelques-unes :

Qu'est-ce que la vérité de l'homme ?

Qu'est-ce qui est évangélisé dans l'homme ? « Toutes les composantes des profondeurs de son être » ?

Quelle est notre maladie ? L'enfermement, l'angoisse, la honte, dus « aux blessures de notre histoire mal vécues » ? Faut-il prier pour être guéris ?

Est-ce en retrouvant des repères fondamentaux qu'on est situé de façon juste dans notre condition de fils et de fille de Dieu ?

Y a-t-il réellement trois composantes dans l'homme ? le corps, l'âme dite encore psychè, et l'esprit ? Quel est cet esprit ? fait-il nombre avec le corps et l'âme ? Est-ce en remettant ces composantes dans l'ordre, en les laissant vivifier par l'Esprit et habiter par le Christ, qu'on s'unifie ? qu'on sort du « morcellement intérieur » ?

Quel est notre but ?

Quel chemin vers Dieu ?

Des questions surgissent sur l'homme qui est évangélisé, mais il n'y en a pas moins concernant le chemin à suivre pour aller vers Dieu.

Faut-il parler de guérison ? de conversion ? d'évangélisation des profondeurs ? La conversion est-elle une évangélisation des profondeurs ? Quelles sont ces profondeurs ?

Qu'est-ce que la conversion d'une zone de notre être ? L'Esprit vient-il en nous pour rejoindre les remous qui nous habitent ? les blessures ?

Pourquoi tout centrer sur les perturbations et les souffrances psychologiques ? Que fait-on des perturbations et des souffrances physiques ? L'auteur veut unir, mais pourquoi le corps semble-t-il uniquement regardé sous l'angle où il subit les répercussions de la psychè ?

Grandes lois de vie

L'auteur présente ce qu'elle appelle les grandes lois de vie.

Première loi : la vérité sur nous-même et la différenciation

L'amour de Dieu nous amène à accepter la vérité sur nous-même ? Quelle est cette vérité ? On s'attendrait à entendre parler de notre origine et de notre fin. Or cette vérité sur nous-mêmes consiste à nous voir comme nous sommes et à accepter d'être vus par Dieu en réalité. La vérité sur nous-mêmes, notre vérité comme il sera dit plus loin, c'est le regard sur nos perturbations intérieures. Quelle déception...

L'insistance sur la fusion, la non-différenciation devient comme une obsession qui revient sans cesse. Serait-ce là le problème central de la vie spirituelle ? ... C'est une variante de la gnose innovée par Drewerman. Pour le théologien allemand, c'était la souffrance qui prenait la place du péché, ici ce sont les déviances psychiques. Le cœur de la divinisation devient, dans ces conditions, une question de non-confusion. Ce serait le fondement de notre relation à Dieu ! L'amour de Dieu accueille notre passé, notre forme de maladie ou de mort, nos fragilités, notre vulnérabilité, nos douleurs, nos chutes... mais le péché est absent de la liste... (Il n'apparaîtra qu'en passant à la page 194). La parabole de l'enfant prodigue est relue dans cette ligne. « Père, j'ai péché » est passé sous silence : l'accent est mis sur les blessures du cœur. Pourquoi la confusion entre la maladie et le péché ?

Deuxième loi : la conscience de nous-même

La grâce de Dieu a-t-elle pour effet propre de nous rendre capables de prendre conscience de nous-mêmes ? Et que deviennent les handicapés mentaux qui ne peuvent accéder à la conscience de soi ?

La mise en œuvre d'une juste collaboration avec l'Esprit est-elle une plongée dans nos profondeurs pour les remettre en ordre ? Est-ce là le synergisme des Pères ?

La collaboration de l'homme avec l'Esprit est-il « passage de l'image à la ressemblance » ? Mais que signifie ce passage ? On ne quitte pas l'image pour trouver la ressemblance ! On passe d'une image défigurée à une image ressemblante par la charité, par toutes les vertus dont elle est la source. Ce qui revient à se situer au plan moral et non au plan psychologique. Passer de l'image à la ressemblance laisse percevoir que la réalité profonde de l'image, d'ordre ontologique, n'est pas perçue. Or l'image ne peut être effacée dans l'homme, elle est constitutive de notre être.

Pas de pélagianisme

Une mise en garde est faite contre la tentation de croire qu'on se sauve par ses propres forces, alors que le salut doit être accueilli, contemplé. Le chemin proposé ? Recevoir par grâce les repères qui structurent, en apprenant les grandes lois de la vie. Mais c'est quitter une forme de pélagianisme pour en trouver une autre. Car on n'est pas sauvé par la connaissance des grandes lois de la vie. C'est mettre le salut à mesure humaine. Et que penser de la grâce qui développe notre identité ? Pour cela, dit-on, il faut entreprendre le combat spirituel, mais nulle trace dans le livre du combat spirituel, qui nécessite d'accéder au plan moral. Le chemin proposé ne connaît pas la structuration de l'homme par la morale ; et pourtant c'est le premier pas dans le travail spirituel. Le combat spirituel se réduit à accepter de plonger dans ses failles psychologiques pour pouvoir guérir et, même si ce n'est pas dit clairement, là est la condition sine qua non d'une vie spirituelle authentique.

Confusion entre le spirituel et le psychologique

Il faudrait accéder à une loi spirituelle qui unifie le morcellement qui est en l'homme, morcellement qui d'après le contexte est d'ordre psychologique. C'est une instrumentalisation pure et simple de la vie spirituelle, pour la mettre au service de la guérison psychique, même si l'auteur se défend de rechercher la guérison à tout prix.

Il est indéniable que Dieu nous rejoint au plus profonde de notre désir qui est désir de vie, mais pour le pénétrer de sa vie, de la vraie vie, d'une vie qui a goût d'éternité. Et il est aussi indéniable que bien des déviances psychiques empêchent cette vie de se déployer autant qu'elle le pourrait. Mais il en est de même pour des déficiences corporelles, ou intellectuelles. Quelqu'un qui n'a jamais appris à lire ne pourra pas lire la Parole de Dieu qui nous permet de rencontrer la Parole de Vie. Tout l'humain est appelé à collaborer au développement en nous d'une vie qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, d'une vie éternelle.

Pour que l'eau arrose un champ, il faut que le tuyau soit en bon état. Mais tous les moyens mis en œuvre pour réparer le tuyau, ne pourront jamais compenser l'absence d'eau : ce n'est pas parce que les tuyaux sont mis à neuf que l'eau va couler : la source est ailleurs.

Dieu Père et Mère

Il est dit clairement que Dieu est Père, mais comment peut-on parler de sa paternité sans parler de sa parole : « Écoutez-le » ? Dieu parle, il nous donne son Fils et nous dit de l'écouter. Et que nous dit le Fils ? de le suivre dans sa Pâque. Mais vivre la Pâque passe par la croix. Sinon, il n'y a pas de vie chrétienne, pas de vie filiale. C'est par la croix, par l'obéissance filiale, que notre liberté s'ouvre à la ressemblance du Père.

Le soupçon porté sur le sacrifice coupe l'accès au chemin de vie que constitue la croix. Le sacrifice est regardé uniquement à partir des contresens qui ont été faits à son sujet, mais il n'est pas resitué dans sa perspective véritable : une œuvre bonne qui nous unit à Dieu et nous conduit au bonheur.

Conclusion

Le Christ qui est présenté dans cet ouvrage, est complètement coupé du dessein de Dieu. Le Père est bien présent, mais ce n'est plus le Père qui appelle l'homme à devenir fils dans le Fils, qui l'a élu dans le sang de l'agneau, qui envoie son Fils dans notre condition humaine, mortelle et pécheresse pour nous tracer un chemin de retour vers lui par son obéissance pascale. La Parole de Dieu n'est plus la boussole qui nous montre le chemin de vie, balisé par les commandements. Elle est la parole d'une mère qui console. Quant au péché, il n'a plus rien à voir avec une rupture d'alliance - l'alliance étant l'enlacement de deux désirs : Dieu en quête de l'homme et l'homme en quête de Dieu. La création a aussi disparu : le signe en est la perte complète de la compréhension de l'homme image de Dieu.

Le livre nous met en réalité en face d'une nouvelle forme de gnose. Il semble que pour vaincre la confusion psychique, l'auteur soit tombée dans une autre forme de confusion, encore plus profonde, qui est celle de la non distinction entre le psychique et le spirituel.

La méthode même pose question : comment peut-on proposer une doctrine universelle qui s'appuie sur le particulier ? Un chemin peut être bon pour quelqu'un, compte tenu de son évolution propre, mais ne peut pas pour autant devenir une doctrine spirituelle.

Qu'il soit permis de s'étonner du succès connu par ce livre qui rompt avec la tradition spirituelle catholique. L'auteur d'ailleurs indique les contacts avec des protestants qui ont été décisifs pour elle. C'est le piétisme qui l'emporte sur la foi et la morale du bonheur. L'attention à la souffrance psychique qui atteint de plus en plus de monde, et le mirage de l'unité intérieure et de la paix, est probablement la cause du succès de librairie. Mais le soulagement des souffrances psychiques n'est pas forcément l'entrée dans la vie spirituelle.

Sr MARIE-ANCILLA
moniale dominicaine

Réponse de Simone Pacot

Concernant la recension par Sœur Marie-Ancilla des ouvrages de Simone Pacot sur l'Evangélisation des Profondeurs, tomes 1, 2 et 3

Cette réponse de Simone PACOT est proposée à la fin de la troisième recension. Pour la lire, veuillez cliquer ici

 


Cette étude se poursuit avec la recension des deux autres tomes de l'Evangélisation des profondeurs de Simone PACOT, parus aux éditions du Cerf :


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