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Fr. Michel VAN AERDE, op
"Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas" (A. Malraux)
Conférence donnée à l'invitation
du Lions Club de Toulouse-Languedoc, en janvier 2003

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1ère partie : L'athéisme et ses fruits amers.

A. Les religions séculières : Nazisme, Communisme, Ultra-Libéralisme.

Ces trois idéologies ont agi (et la dernière est toujours aussi active, dénoncée maintes fois et vigoureusement par les chrétiens, le pape Jean Paul II en particulier), comme des totalitarismes et comme des religions séculières, avec des sacrifices humains, des saints béatifiés (Stakanovich...), une sorte de confession appelée auto-critique, des fondateurs statufiés, avec un catéchisme (le petit livre rouge), des dogmes prétendus scientifiques, une promesse d'un monde meilleur à court terme, dans cette histoire-ci et, plus lointainement, parfait.

1. Le nazisme

Nous avons dans la tête quantité de témoignages, de documentaires, de films évocateurs. Je me contente de quelques citations.

    « Le parti s'appuie sur le fondement du christianisme positif qu'est le national-socialisme. Ce dernier résulte de la volonté de Dieu, révélée dans le sang germanique. Dire que le christianisme consiste dans la foi au Christ, fils de Dieu, me fait rire. Le vrai christianisme est représenté par le parti, et le peuple germanique est appelé par le Führer à pratiquer un christianisme authentique et concret. Le Führer est le protagoniste d'une nouvelle révélation ».
    déclaration de Hans Kerrl, en 1937, ministre chargé des Affaires ecclésiastiques. Citée par Andrea Riccardi Ils sont morts pour leur foi Plon/Mame 2002 p 67

    « Aujourd'hui s'éveille une foi nouvelle : le mythe du sang, la croyance qu'en défendant le sang, on défend la substance divine de l'homme ; c'est une foi incorporée dans la conscience très claire que le sang nordique est le mystère qui remplace les anciens sacrements »
    A. Rosenberg cité ibid. p 67

C'est l'idée que dans le sang germanique, se trouve la nature divine de l'homme.

Déclaration d'une infirmière allemande qui assista aux expériences médicales dans le camp de Dachau :

    « A l'âge de seize ans, je suis partie à Berlin comme infirmière de la Croix-Rouge. Là, on nous a fait jurer que nous considérions Hitler comme notre Dieu, et signer que nous n'irions plus jamais à l'église. L'Eglise et tout le reste n'étaient qu'une imposture. Les juifs devaient être tous exterminés. C'est ainsi que débutait notre formation. »
    Ibid p 68

Camus, parlant de Hitler :

    "Il présente le cas, unique peut-être dans l'histoire, d'un tyran qui n'a rien laissé à son actif. Pour lui-même, pour son peuple et pour le monde, il n'a été que suicide et meurtre. » (H.R. 231)

2. Le Marxisme

On pourrait faire plusieurs conférences sur ce sujet, je me contenterai d'une citation très forte, tirée de la Constitution approuvée en 1976, en Albanie.

« L'Etat ne reconnaît aucune religion ; il soutient et exerce une propagande athée afin d'enraciner dans les hommes la conception matérialiste et scientifique du monde. »

« La religion des Albanais, c'est l'albanisme » dit alors le poète Vaso Pasha

3. Le néo-libéralisme

Je ne développerai pas ce point parce que nous en souffrons beaucoup moins en Europe que dans les pays sous-développés. Pourquoi ? Parce que notre modèle étatique nous protège du véritable néo-libéralisme sauvage. Celui-ci produit des ravages dans les pays du Tiers Monde, en Amérique Latine en particulier. Que l'on pense aux chocs économiques imposés par exemple au Pérou (j'y étais) quand le pouvoir d'achat a brusquement chuté de 80%. Que l'on voie en ce moment ce qui se passe en Argentine et ce qui risque d'arriver au Brésil.

Le nombre des martyrs chrétiens en Amérique Latine se chiffre en centaines de milliers de morts. Et cela n'est malheureusement pas fini.

Comment analyser le néo-libéralisme en termes religieux ? L'affirmation sans cesse répétée, comme une véritable incantation de l'action de « la main invisible » qui régularise les marchés et répartit les biens comme les compétences, est du type de ces croyances simplistes qui savent se répandre on ne sait pas comment pour masquer ce qui se passe en réalité, l'écrasement des faibles par les plus forts, sans régulation.

« Alors que, sous diverses formes, guidées par une fausse idéologie de la liberté... alors qu'une propagande bruyante de libéralisme, de liberté dans vérité et sans responsabilité, s'intensifie également dans notre pays (Pologne).. » Homélie de J.P. II 18 août 2002

B. « Celui qui ne croit pas en Dieu, généralement, croit en bien pis. »

Ici, je laisse la parole à Régis Debray : « Celui qui ne croit pas en Dieu, généralement, croit en bien pis ... J'ai du respect pour les croyants, qui sont porteurs d'un message qui concerne même les incroyants. Dans une société qui tend à faire de l'économique sa religion et du bulletin de la Bourse sa prière quotidienne, avoir parmi nous des gens dont la vie n'obéit pas à l'intérêt personnel, qui recherchent autre chose que le profit, est digne d'un certain respect. »

C. Sécularisation, mondialisation et contestation

1. La sécularisation des valeurs chrétiennes

De l'intérieur même du christianisme se sont produites de nombreuses transformations, en particulier le processus dit de « la sécularisation ». De nombreux chrétiens ont préféré investir l'état, la politique, la société civile et la culture en pensant que l'heure était venue de la sécularisation des valeurs chrétiennes.

Emportés au départ par l'élan de la foi, ils ont dédaigné la source de cet élan pour se concentrer exclusivement sur l'action et la transformation du monde, négligeant de s'alimenter dans leur religion.

Ils ont pensé que la société pouvait, par ses propres forces, apporter la paix sociale, le bonheur du pouvoir d'achat, l'éducation, la santé, les services publics, l'instruction pour tous. Les instances internationales devaient permettre au prix de la décolonisation une extension à tous les peuples des solutions « développées » et promouvoir une sorte de paix perpétuelle.

En attendant, comme beaucoup, ils vivent sur le mode esthétique, affectionnant les concerts de musique religieuse, les messes de Beethoven ou de Mozart, le Messie de Haendel (surtout l'Alleluia !), Vivaldi, oubliant qu'il était prêtre..

Le grégorien convient très bien en musicothérapie, pour se calmer les nerfs dans les embouteillages ou en musique de fond. Les chants négro-spirituals aussi. Mais on ignore tout des paroles, tirées des psaumes de David.

Il y a infiniment plus de monde qui visite les musées ou qui va dans les églises pour écouter un concert que pour les cérémonies religieuses. L'esthétique serait-elle la nouvelle religion ? Le sentiment esthétique serait-il le nouveau sentiment religieux ? Il nous faut réfléchir absolument au rôle social de l'art et à son évolution culturelle.

2. La « mondialisation » n'a pas supprimé ni la guerre ni la pauvreté.

Comment fonder un vivre ensemble heureux, sans une transcendance qui pose, dès le principe, l'altérité ? Non seulement l'altérité introduite par la reconnaissance d'une transcendance, mais plus encore l'altérité au cœur de la transcendance.

Dans la foi chrétienne, l'altérité est déjà présente, de toute éternité au cœur même de Dieu -à l'opposé d'une représentation de Dieu en monarque absolu, il s'agit d'un Dieu communauté, Trinité.

Alors nous pouvons garder le meilleur de ce qui nous est transmis et tout à la fois inventer de nouvelles manières de voir, plus souples, plus attentives aux différences, plus soucieuses de l'harmonie du divers que de l'uniformisation par un modèle unique, labellisé par le progrès ou l'argent.

3. 1968 La contestation d'un monde matérialiste : L'imagination au pouvoir, le réveil du refoulé

L'auteur de L'Espoir et de La condition humaine, est un révolutionnaire. Pourquoi se soucie-t-il ainsi de la religion ? Comment se fait-il que cet homme intelligent prévoie un revirement dans la culture et la conscience humaine ?

C'est qu'il y a chez Malraux non seulement une grande intelligence et une phénoménale sensibilité qui lui donnent des aptitudes visionnaires, mais plus encore une perception profonde de ce qu'est la fameuse « condition humaine » : le cœur de l'homme et le désir insatiable qui brûle en lui.

En 1968, quand Malraux est ministre de la culture, je ne suis qu'un bisuth, en première année de classes préparatoires, élu spontanément leader, par les étudiants très `bon chic bon genre' de Sainte Geneviève, à Versailles. Nous contestons la société de consommation.

Toutes sortes de lectures d'un tel mouvement social sont possibles, bien entendu. Pour certains aujourd'hui, cette époque symbolise l'abomination de l'abomination, le moment où tout aurait été jeté à la poubelle, où les traditions structurantes et vitales auraient été méprisées. Pour d'autres, comme pour le philosophe converti au christianisme dans ces années-là, Maurice Clavel, il s'agit d'un retour du refoulé, d'un retour de l'Esprit avec un grand « E ». C'est aussi l'époque où naît le New Age !

A la même époque, à Toulouse, Jacques Maritain dénonce l'athéisme pratique. Non ceux qui se déclarent athées mais, bien plus grave et plus pernicieux, ceux qui dans leur vie manifestent une telle routine et un tel pragmatisme borné que l'on voit bien que Dieu est absent de leur vie. « Ils n'y croient pas », comme dit le langage courant !

N'est pas athée qui veut et n`est pas croyant qui croit ! L'habit ne fait pas le moine et les grandes déclarations ne font pas toujours des athées cohérents !


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