Jean-Michel Maldamé op dominicain, professeur à l'Institut catholique L'embryon corps et âme Remarques épistémologiques sur le statut de l'embryon humain |
Le débat théologique introduit des notions qui lui sont propres. Non seulement il assure une tradition où la nature de l'âme est privilégiée, mais il apporte des éléments qui évitent les limites des abstractions métaphysiques, des impératifs de la morale ou des exigences d'efficacité médicale.
La première notion est celle de don. Elle intervient sans trop de difficulté dans le débat car la notion de « donné » est habituel dans les sciences. Le donné c'est ce qui est déjà-là et que le travail de recherche ne peut ignorer parce que là se trouve l'énigme qu'il scrute. Le terme peut être repris au sens fort. Le terme de don qualifie la création. La création est un don, le don de l'être. Le corps humain en toutes les étapes de son développement est donné, au sens fort du terme. Les géniteurs ne sont pas propriétaires de la vie. Ils en sont les gardiens. Ils ont reçu la vie et ils la donnent. S'ils en sont responsables, il n'en sont pas les propriétaires. Cette sorte de gérance est dit par le mythe biblique des origines. Cette reconnaissance n'est pas étrangère à la recherche scientifique qui est souvent couronnée par l'admiration devant la richesse de la vie. Les premiers débuts de la vie le confirment. Cet élément nouveau donne à la notion de vie une dimension plus noble et donne au pouvoir humain une dimension plus modeste. Parce qu'elle est l'uvre de Dieu, la vie est respectable et digne ; et aussi, parce qu'elle vient de Dieu, elle demande aux détenteurs du pouvoir une attitude de respect devant ce qui lui est confié. Ce respect est une attitude globale. Il est dû à ce qui est réussi et fonctionne pour le mieux. Il est dû aussi à ce qui est fragile, et qui relève de l'échec. Le don est premier. Il n'est pas limité au seul commencement. Il est présent à tout le devenir.
La considération purement technique se limite au fonctionnement. Si la notion de programme génétique touche au sens, elle ne dit pas explicitement tout ce qui relève de la finalité. Elle se limite à la téléonomie attentive à la construction de l'organisme ce qui est déjà un merveille d'agencement et de réglage. La notion théologique permet d'entendre la notion de finalité dans une richesse plus grande encore. L'être humain est créé à l'image de Dieu et destiné à devenir enfant de Dieu. Les processus biologiques, dans la fragilité des commencements et dans l'absence de forme manifestement humaine, ne sauraient empêcher que l'on considère ce stade du développement dans une perspective plus grande qui englobe toute l'existence dans un projet plus riche que le seul souci de la survie.
La considération théologique apporte un élément de plus au débat actuel. L'être humain n'est pas seulement sujet de droit, relevant d'une exigence de justice, selon les exigences de la morale qui fonde la loi et sont l'objet des délibérations des comités d'éthique médicale. L'être humain est objet d'une attitude qui participe de l'intention de salut manifestée en Jésus-Christ. Aussi le regard sur un être faible et démuni n'est pas seulement fondé sur la reconnaissance de valeurs, mais s'étend à ce qui n'a pas encore acquis de la valeur. Ainsi l'amour est-il convoqué dans le débat et dans les prises de décision. La vie en ses commencements est digne d'amour. Non à raison d'un intérêt bien compris, en l'occurrence le souci de l'avenir, mais de la situation présente qui peut être de détresse ou de fragilité. Une exigence plus haute qui accepte de ne pas priver de respect ni de dignité ceux qui sont victimes de l'erreur ou du malheur. |