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Jean-Michel Maldamé op
dominicain, professeur à l'Institut catholique
L'embryon corps et âme
Remarques épistémologiques sur le statut de l'embryon humain

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Conclusion  : des tâches pour la morale

La question de la dignité humaine est donc revisitée à partir de la question du statut de l'embryon. Il importe de relever que cette notion ne se suffit pas à elle-même. En effet, de son usage on peut tirer le meilleur et le pire. Le pire pour justifier, par exemple, l'eugénisme ou l'euthanasie. Le meilleur pour fonder des interdits qui ont force de loi pour interdire les abus en matière de bio-médecine. Il en va de même dans l'usage de la notion de personne. À vouloir employer des termes surchargés symboliquement et affectivement, on ne répond pas de manière assez précise aux défis posés par les nouvelles connaissances scientifiques et par les pratiques médicales.

Pour cette raison, cette brève étude sur le statut de l'embryon a invité à redonner sens aux concepts d'âme et de corps.

Ces concepts invitent à tenir le plus grand compte des connaissances nouvelles en matière de biologie et de médecine. Or, aujourd'hui, on perçoit mieux que l'être humain est inachevé. Il n'est jamais parfait et dans la plénitude de ses moyens ou de son âge. Mais il est néanmoins humain à toutes les étapes de sa vie, ce qu'expriment les notions d'âme et de corps20. Parce qu'il a une âme humaine, l'embryon est un être humain, dès le commencement de sa vie.

Il résulte de cette reconnaissance qu'il a des droits. Il n'est pas totalement livré à la volonté de ses géniteurs, ni à fortiori à celle du législateur.

Les questions actuelles donnent également l'occasion de rappeler que la qualité morale d'une action humaine est liée à la totalité des actes posés. Pour cette raison, l'usage des embryons doit être réglé par le respect de tout être humain, et nul ne saurait bafouer le droit d'un nombre limité d'individus, même si le but est le bien-être de la majorité.

Cette considération ne saurait faire oublier qu'il faut aussi donc tenir compte des limites réelles de la vie et entrer ainsi dans une approche de la réalité qui tienne compte de la complexité des situations vécues. Ce principe repose sur la nature même de l'être humain qui vit toujours dans des situations particulières.

Au terme de cette réflexion, il importe donc de reconnaître l'embryon humain, corps et âme.

Jean-Michel Maldamé

20 Sur ce point, la loi française est ambiguë. Paradoxalement, la loi de 1975 sur la dépénalisation de l'avortement, loi votée sous la présidence de Giscard d'Estaing quand Jacques Chirac était premier ministre. Elle précise dans l'article premier  : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. » Ce principe est fondamental  : il permet de comprendre que la loi française ne légalise pas l'avortement  ; elle le dépénalise. Le texte poursuit  : « Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions prescrites par la présente loi. »

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