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Journées romaines dominicaines 2005
Islam, christianisme
et modernité

Interventions de Emilio Platti, Christian Duquoc,
Christian van Nispen tot Sevenaer et Ignace Berten

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Pour retrouver le site complet des Journées romaines dominicaines 2005 :
http://theology.op.org/dialogue/jr2005/index.html


1. Les musulmans en recherche d'identité
2. Défis de l'islam au christianisme
3. Prière (salât) et Invocation (du'â') entre Islam et Christianisme
4. Les religions chemin de Dieu ? Incarnation et Trinité


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1. Les musulmans en recherche d'identité

par Emilio Platti op

L'islam connut historiquement le contraste saisissant entre une période de vulnérabilité dans laquelle l'essentiel du message est proclamé à La Mekke, et une deuxième période, à Médine, où Muhammad organise la cité et l'expansion armée, et dans laquelle une cité, et plus tard, un empire et une civilisation sont créés. L'impression d'être confronté à deux sortes d'islam est essentielle pour comprendre la crise dans laquelle se trouve l'islam contemporain. Deux modèles de « religion » s'offrent en effet aux musulmans du vingt-et-unième siècle. Tout d'abord celui d'une religion qui domine la société par un système de droit cohérent et global, basé sur les principes fondamentaux du Coran mais aussi sur le mode de vie instauré par Mohammed à Médine. Mais il y a un deuxième modèle, celui de La Mekke, où la « religion » influe sur la société, par son message éthique, spirituel et mystique, mais ne domine pas politiquement. A la Mekke Muhammad proclame un message qui met en question aussi bien les bases sociales que religieuses de la cité-état, l'hétéronomie fondamentale de la Loi qui détermine ce qui est humain, la source divine unique de cette Loi, et ses implications sur la société. Les principes de base de l'islam sont établis lors de cette première phase des récitations du Coran à La Mekke : eschatologie, monothéisme, révélation de la Loi de Dieu. Le fondement des commandements est Dieu : Créateur et Législateur ne font qu'Un. L'Unité de Dieu rend cette Loi pertinente pour toute l'humanité.

L'Islam Mekkois présente en synthèse les caractères suivants :

- Une dimension éthique. Suivre le chemin qui mène au salut, c'est obéir à la Loi. Les commandements fondamentaux s'imposent à l'homme, sous peine de perte d'humanité ou d'érosion de celle-ci (Sourate 17, 22-39 et 6, 151-152).

- Une dimension mystique, pris dans un sens large et s'exprimant dans l'acte de foi musulman, éminemment existentiel : s'en remettre à Dieu ; être sensible à Sa Parole interpellante, refuser l'autosuffisance et privilégier compassion, sérénité et paix. Le croyant est profondément conscient du fait que son salut dépend fondamentalement de Dieu. Il y a un lien essentiel entre les dimensions mystique et éthique.

- Un Islam comme un credo. Les six articles du `credo' musulman présentent une forte cohérence interne et ils concernent : Dieu, les Prophètes, les Anges et les Écritures, le Jugement et le Destin. La cohérence du `credo' musulman révèle, une fois de plus, le lien du système religieux musulman avec la dimension existentielle de la foi musulmane et en particulier son aspect éthique. La pratique de l'islam, c'est précisément cet agir avec droiture, ancré dans l'acte de foi.

- Tout cela, le musulman l'exprime symboliquement dans le rituel des cinq piliers, appelés «`ibâdât ». C'est une articulation symbolique de l'acte d'islam qui se concrétise dans l'orthopraxie de la vie de tous les jours. Le rituel est un ensemble d'expressions symboliques à caractère gestuel qui renvoie à la dimension existentielle de l'acte de foi. Toute action rituelle exige une intention ; par celle-ci, le croyant se situe dans la double dimension de l'être-musulman : la dimension mystique de s'en remettre à Dieu, et la dimension éthique de l'obéissance à l'hétéronomie de la Loi.

Mais après l'émigration (hégire) de Muhammad à Médine, l'image de l'islam qui procède de la période Mekkoise change radicalement : l'orthopraxie devient système de droit, la résistance devient armée, la cité devient empire, l'islam devient civilisation, l'État est unifié par son système islamique juridique et politique dominant. La violence en est une des conséquences. Là surgissent tous les problèmes contemporains des musulmans, en même temps qu'apparaît aussi la division de la communauté devant les solutions que préconisent les uns et les autres pour sortir de la crise inoculée par l'Occident où la globalisation achève de saper ce que la colonisation avait déjà ravagé.

Deux solutions sont offertes.

  • « L'islam politique », présentant un modèle de société musulmane globale, basée sur un droit islamique fondé sur la Loi de Dieu. C'est la solution du retour au modèle de Médine, par la révolution islamique et l'application intégrale de la Sharî`a.

  • Un nombre croissant de musulmans affirme par contre la priorité et l'universalité du message coranique Mekkois : une prise de distance par rapport aux structures politiques de la société islamique en soulignant le message éthique et spirituel de l'islam. Au-delà des prescriptions concrètes de Médine, il faut chercher ce qui est universel en islam, ce qui permet parfaitement l'insertion des musulmans dans des sociétés modernes non-confessionnelles et dans un monde où le religieux appartient à la sphère personnelle.


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