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Journées
romaines dominicaines 2005 |
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1. Les
musulmans en recherche d'identité 3. Prière (salât) et Invocation (du'â') entre Islam et Christianismepar Christian van Nispen tot Sevenaer s.j. La prière est une expression fondamentale de la foi religieuse, aussi bien dans l'islam que dans le christianisme. Dans la mesure où elle n'est pas limitée à l'expression rituelle, et qu'elle représente une vraie ouverture à Dieu, et ainsi une relation personnelle basée sur l'écoute, la prière est un dépassement de tout ce que la religion peut avoir de système fermé et d'idéologie, c'est-à-dire d'un ensemble d'idées théoriques loin de toute relation vivante. A. La prière terrain de rencontreLa prière, comme l'ensemble de la vie spirituelle, peut être un vrai lieu de rencontre entre croyants chrétiens et croyants musulmans. Un lieu de rencontre ne signifie pas une identité entre les deux, mais un lieu qui permet aux uns et aux autres de faire un chemin les uns vers les autres en faisant un chemin vers Dieu. Cette considération ne nie pas du tout la différence entre la prière chrétienne et la prière musulmane, mais elle rappelle que c'est Dieu, le Dieu vivant et transcendant, le Dieu créateur, le Dieu origine et finalité de tous et de tout, qui est source de toute prière vraie et qui est Celui à qui s'adresse toute adoration. Comme l'a dit la Constitution « Lumen Gentium » quand elle dit des musulmans qu'ils « adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, qui jugera les hommes au dernier jour ». Cette reconnaissance d'une adoration commune de Dieu (« ... qui adorent avec nous ... ») est très forte. Elle implique que nous pouvons nous rencontrer « devant » Dieu, L'ayant, Lui, comme référence de notre rencontre, comme nous pouvons nous rencontrer « en » Dieu et au Nom de Dieu, et que nous reconnaissons en Dieu Celui qui nous fait nous rencontrer. Et si c'est Dieu qui nous met en mouvement les uns vers les autres, nous savons alors où nous commençons mais sans savoir où nous allons aboutir, comme ont pu l'expérimenter tous ceux qui ont permis à Dieu d'envahir leurs vies et leurs curs. B. Dieu source d'une communion dans la prièreAinsi Dieu est Celui qui nous met ensemble dans l'attitude de prière. Quelles que soient les différences dans la foi et dans la prière, Celui en qui nous croyons, Celui que nous adorons, Celui à qui nous nous adressons dans la prière est le même Dieu. Jean-Paul II a affirmé, à l'occasion de la Journée de Prière pour la Paix à Assise (le 27 octobre 1986) et en parlant du sens que cette journée avait eu, que toute « prière authentique est inspirée par l'Esprit qui est mystérieusement présent dans chaque cur humain ». Dans cette journée de prière à Assise Jean-Paul II avait invité des représentants des différentes religions pour prier au même endroit (Assise), au même moment (le 27 octobre 1986), pour la même intention (la paix), mais sans faire une prière commune. Vu la grande variété de religions qui étaient représentées là, c'était le maximum réalisable, et cela signifiait déjà une rencontre dans la prière, même si cela n'impliquait pas du tout une prière commune proprement dite. L'année précédente, le 19 août 1985, Jean-Paul II a été invité par le roi Hasan II à rencontrer 80.000 jeunes Marocains, tous musulmans, au stade de Casablanca. Là le Saint Père a prononcé devant eux une prière. Par le fait même il les a invités à se joindre à sa prière. Dans ce sens il les a invités à une prière commune, celle qu'il a prononcée au nom de tous. Voici le texte de cette prière : Prière de Jean Paul II à Casablanca, Dieu, Dieu, Faire Ta volonté, Suivre Tes voies, À Toi nous offrons notre obéissance. O Dieu, Dieu, Amen ! En même temps, en christianisme et en islam, Dieu seul est source de la prière. Saint Paul nous rappelle que « nous ne savons que demander pour prier comme il faut » (Rm. 8, 26), et pour lui c'est l'Esprit de Dieu qui seul nous inspire pour une prière véritable, et l'Esprit de Dieu peut opérer dans les curs de tous les hommes, comme le livre des Actes des Apôtres le montre à l'uvre dans le cur du centurion Corneille. En même temps dans l'islam, l'homme est considéré comme impuissant sans l'uvre de Dieu, comme Dieu seul est source de la guidance. C'est pourquoi la prière fondamentale en islam, (la première Sourate du Coran) la Fâtiha, demande à Dieu de guider l'homme vers « le droit chemin ». Et une « tradition du Prophète (hadîth) » dit qu'aucun homme n'est introduit au Paradis par ses uvres. C'est Dieu seul qui, à travers les bonnes uvres de l'homme, l'introduit au Paradis. A fortiori, la prière ne peut être réalisée sans le concours divin. Dans ce sens la prière est pour tous, chrétiens et musulmans, un lieu d'humilité par excellence. Pour tous, l'orgueil dans la prière est un contresens et une contradiction. D'autant plus, il ne peut y avoir de place pour un mépris de l'autre et pour un mépris pour la prière de l'autre croyant. Ainsi l'authenticité dans la prière nous mène tous au respect de l'autre dans sa prière et à une attention de ce que cet autre vit dans sa prière. Ainsi, sous des formes multiples et simples, la prière peut devenir un lieu de communion à travers la différence et la diversité. Une telle communion peut se réaliser de façons diverses, pour correspondre à l'inspiration de Dieu dans ce domaine. Il faut bien avouer qu'une telle communion n'est pas évidente du tout pour nombre de chrétiens et de musulmans. D'abord, peu sont ceux qui, de part et d'autre, admettent que nous pouvons, chrétiens et musulmans, nous adresser au même Dieu. Ensuite, même parmi ceux qui admettent que musulmans et chrétiens s'adressent dans la prière au même Dieu certains considèrent que l'impact de la différence dans la foi est telle qu'elle empêche une telle communion. C'est sûr que la spécificité de la foi de chacun joue son rôle dans la prière. Cependant pour la foi chrétienne, l'Esprit de Dieu est Celui qui opère la communion. C'est cette vision de la communion qui commande l'Evangile et qui fait reconnaître ce que l'Esprit opère chez les autres, au-delà des barrières et des frontières religieuses. Beaucoup de musulmans, de leur côté, insistent sur le fait que le Coran dit : « Ceux qui croient ; ceux qui font le bien, ceux qui s'acquittent de la prière, ceux qui font l'aumône : voilà ceux qui trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur. Ils n'éprouveront plus alors aucune crainte ; ils ne seront pas affligés » (Sourate II, v. 277 (trad. Denise Masson)). Il faut remarquer que le Coran ne met pas de barrière dans l'appréciation de ces croyants. C. Formes concrètes de communionLa reconnaissance de la possibilité d'une telle rencontre, d'une telle communion dans la prière, se fera souvent de façon très modeste, sans actes spectaculaires. Je veux souligner quelques formes possibles de cette communion que Dieu peut créer dans les curs de croyants musulmans et chrétiens qui prient. Il y a d'abord le simple fait de reconnaître la possibilité d'une telle rencontre et communion dans la prière, le fait de reconnaître que nous sommes « ensemble devant Dieu et au Nom de Dieu ». Alors nous pouvons « nous porter les uns les autres dans nos prières propres ». Chacun peut ainsi porter l'autre croyant dans sa prière rituelle propre (comme nous pouvons y porter tous les hommes dont nous nous reconnaissons responsables). Cela mène alors à la prière d'intercession pour l'autre. Les musulmans sont souvent très sensibles à cette dimension. Assez souvent j'ai eu affaire à des musulmans qui me demandaient de prier pour eux. Et quand je leur ai demandé de prier de même pour moi, ils étaient plutôt agréablement surpris. On peut même arriver à des « accords » avec des amis musulmans de prier l'un pour l'autre. Chez les musulmans, la prière d'intercession (du'â' ) peut s'exercer aussi à l'intérieur de la prière rituelle (salât). C'est notamment pendant la prosternation d'adoration (sudjûd) qu'il est recommandé de pratiquer des prières d'invocation. Une autre façon de se joindre à la prière de l'autre est d'assister à la prière rituelle de l'autre, d'y assister de façon respectueuse (sans y participer au sens propre du terme), demandant à Dieu d'être présent au milieu de nous et d'agréer la prière de l'autre. Ensuite il y a la possibilité de certaines prières communes, quand les circonstances s'y prêtent. Au plan interpersonnel, dans certaines rencontres entre deux croyants, il peut y avoir place pour certaines prières communes, soit en utilisant certaines formules existantes, soit en formulant des prières-invocations spontanées. Enfin il y a certaines rencontres collectives, où il peut être indiqué d'arriver à formuler certaines prières d'invocation, soit en utilisant des formules connues, soit en improvisant. Cependant cela suppose une sensibilité qui tienne compte de ce qui est vécu par chacun des deux partis. A ce titre certaines prières-invocations ont été composées intentionnellement, comme il y a aussi des livres qui présentent des collections de prières venant de chacune des deux traditions et qui peuvent convenir à l'usage de telles rencontres. D. Attention respectueuse à l'expérience des autresUne forme de rencontre et de communion sur le plan de la prière peut être aussi la recherche et l'attention appliquée à l'expérience de prière faite par des amis de l'autre religion. J'ai pu commencer un petit effort dans ce sens par une enquête faite auprès d'un certain nombre d'amis musulmans concernant leur expérience de prière. Je donne ici d'abord les pages sur cette expérience que j'ai préparées quand j'ai écrit un livre sur les relations entre musulmans et chrétiens et musulmans. Voici les passages la concernant : « Ces derniers temps cette expérience s'est prolongée grâce à une petite enquête que j'ai commencée à faire auprès de certains amis musulmans concernant leur expérience de prière. Il y a une jeune femme que je connais depuis un certain temps. Elle est très religieuse, pratiquante et même voilée (de façon très simple). Elle fait ses prières (rituelles) cinq fois par jour, et elle essaie de lire le Coran tout entier chaque mois. Elle est en même temps très épanouie, spontanée et simple, et aussi très ouverte, au point qu'il y a une réelle amitié entre nous. Cela m'a amené à lui dire : « J'aimerais connaître un peu ton expérience de prière. Non pas la doctrine musulmane sur la prière, car je la connais grâce aux études que j'ai pu faire, mais ce qu'il t'est donné de vivre en priant ». Elle m'a dit : « Pourquoi pas, je suis prête à répondre à tes questions ». J'ai alors réfléchi et fini par formuler 15 questions sur l'expérience de la prière : sur la relation avec Dieu vécue dans la prière, l'évolution dans l'expérience de la prière, les conditions à remplir, la relation entre la prière rituelle et la prière informelle et spontanée, la place de la récitation du Coran, et quelques questions concernant la place d'autrui dans la prière. Voici la traduction des questions que j'ai posées :
Quand je lui ai donné ces questions, je pensais que nous allions en discuter, mais elle m'a dit : « Je vais y répondre par écrit ». Quelque temps plus tard elle m'apporte quelques feuilles de réponse, puis peu après le reste. Elle a répondu de façon très simple, spontanée et vraie, d'une façon qui m'a beaucoup impressionné. Je la connais d'ailleurs comme une personne très sincère et honnête, qui ne dit pas des choses qui ne correspondent pas à son expérience. Je donnerai ses réponses telles qu'elles, car elles donnent un exemple d'une personne pieuse et pratiquante, qui a une culture religieuse islamique ordinaire, mais sans être du tout spécialiste en affaires islamiques ; elle a fait ses études civiles ordinaires et est fonctionnaire dans une entreprise. Au moment où elle a écrit ces réponses, elle avait 28 ans. Dans ses réponses, il y a plusieurs fois des expressions religieuses classiques - coraniques et autres -, qui ne contredisent pas la spontanéité mais font partie du langage religieux. Elle répond à la plupart des questions mais pas à toutes, sans que cela signifie un refus d'y répondre. Voici son texte :
Je donne la traduction littérale de ce texte - après avoir demandé l'accord de son auteur -, parce que ce texte, qui n'est pas du tout un « traité » mais une réponse spontanée, sans prétention aucune (elle s'excuse même pour les limites de son style !), qui essaie de communiquer une expérience et d'exprimer ce que son auteur sent être son vécu. J'ai l'impression que ce texte, tout en étant l'expression d'une seule personne individuelle - et donc pas à généraliser indûment -, représente assez bien l'expérience d'un bon nombre de musulmans pratiquants et pieux. Bien sûr, à côté de cela, on peut trouver aussi de nombreux autres, qui vivent la prière d'une façon beaucoup plus formelle et légaliste, des fois même ostentatrice. Mon but ici n'est pas de présenter une étude sociologique de la pratique religieuse musulmane, mais de faire voir et sentir comment, concrètement la prière peut être un terrain de rencontre. Ce qui me frappe dans ce texte, est d'abord l'importance que la prière rituelle a dans la vie de la personne. Puis, je constate aussi que la prière rituelle islamique - contrairement à ce qu'on peut penser - n'est pas, dans la vie d'une personne comme celle-ci, un acte formel, mais engage le cur de la personne, ce qui est manifesté entre autres par le lien entre prière rituelle (salât) et invocation (du ?â'). Est à remarquer aussi le rôle dans cette expérience, d'une part de la relation avec Dieu, de l'autre l'influence que la prière semble y avoir sur la vie. Je pense que c'est une expérience que, comme chrétiens, nous pouvons reconnaître, et aussi respecter et apprécier profondément, tout en remarquant - évidemment - son caractère bien islamique, ceci n'étant pas un jugement de valeur. Nous y trouvons bien des reflets forts du Coran, ainsi que de toute la spécificité et sensibilité musulmane dans la foi en Dieu, le Dieu vivant « que nous adorons ensemble ». Quelques autres personnes, quand je leur ai parlé de ces questions, ont offert elles-mêmes d'y répondre. Voyant combien cela permet de découvrir une dimension assez inconnue, à savoir l'expérience de prière de certains musulmans et donc un côté important de leur relation avec Dieu, j'ai commencé à demander encore à d'autres d'y répondre et la plupart ont accepté volontiers. Cela suppose évidemment une relation de confiance, car les gens livrent là quelque chose de leur vie intime. Aussi ai-je bien pu comprendre qu'un homme qui avait accepté au point de départ, m'a dit, après qu'il a commencé à y réfléchir : « Je n'ai pas pu y répondre ». Une personne, une Syrienne, diplômée de la Faculté de Sharî'a de Damas et qui prépare une thèse en Egypte, a répondu avec une grande profondeur et franchise, et elle m'a remercié d'avoir posé ces questions qui lui ont permis de découvrir des aspects de son expérience spirituelle dont elle-même n'était pas consciente. D'ailleurs après, elle m'a dit : « Et toi alors, quelle est ton expérience de prière ? », et elle avait évidemment droit à une réponse avec la même franchise. Après avoir lu ses réponses, je lui ai téléphoné pour la remercier d'avoir répondu avec une telle franchise. Elle m'a dit alors : « Cela t'a semblé une expérience valable, ou y a-t-il quelque chose qui y manque ? ». Puis elle m'a dit : « Bien sûr, il y a des différences importantes entre l'islam et le christianisme. Mais, en fin de compte, l'important est la sincérité et l'authenticité devant Dieu. Et je vois que toi, tu cherches à servir les hommes. Aussi suis-je convaincue que nous pourrons aussi être ensemble au Paradis ». Je dois avouer qu'une telle réponse m'a profondément ému. Je ne vais pas donner ses réponses en détail, mais je veux en relever quelques traits typiques. Pour elle, au point de départ la prière [rituelle] (salât) fut un devoir accompli par crainte de châtiment et espoir de récompense, mais il y a eu une véritable évolution vers un rapport profond vécu à travers la prière. La prière est pour elle une source de repos et de paix profonde. Le caractère répétitif de la prière, au lieu d'être une gêne, est, au contraire, une source de certitude de l'existence de Dieu. Chaque prière représente pour elle un rendez-vous avec Lui. La prière rituelle signifie pour elle s'adresser à Dieu et être entendue par Lui. «La prière est la source continuellement renouvelée de ma foi, et aussi de ma confiance dans mon chemin.» C'est une expérience de la présence de Dieu (« Dieu est toujours avec moi »). Elle savoure la prière : « Elle est douce à mon c ur ». Elle ressent un réel bonheur déjà lors de l'appel à la prière. Quant à la prière d'invocation (du ?â'), elle l'exerce avec une grande confiance en Dieu et cette forme de prière aussi, elle aussi lui cause paix et repos. Elle aussi la pratique particulièrement pendant la prostration d'adoration, ainsi qu'après l'appel à la prière, mais aussi en pleine nuit. Cette prière comprend notamment demande de pardon et louange. Cependant il y a toujours une priorité de la prière rituelle sur la prière d'invocation. En effet, une condition pour que l'invocation soit exaucée, est d'accomplir les prières rituelles. Quant aux ablutions avant la prière rituelle, elle ressent que, pendant qu'elle les accomplit, elle est lavée et libérée aussi de ses fautes. La prière exige en effet, pour elle, de se repentir et de s'éloigner de tout péché. Sinon, la prière devient comme non-existante ; dès qu'elle se met en posture de prière, elle se rappelle tout de suite le moindre péché. Elle ressent un bonheur particulier en accomplissant des prières surérogatoires durant la nuit, je suppose particulièrement pendant le Ramadan. Lors de la récitation du Coran aussi, elle ressent une joie et une paix profonde. Elle pratique cette récitation notamment le matin, pour commencer la journée. Quant au rapport aux autres, elle ressent la solidarité entre ceux qui prient. Pour ce qui concerne la dernière question, au sujet du lien - dans la prière - avec des croyants d'autres religions, elle dit : « Je pense que la prière (salât) peut faire un rapprochement entre moi et des croyants d'autres religions qui croient en Dieu, à condition qu'il n'y ait rien en elles qui contredit ouvertement ma foi. » On voit bien dans son expérience que l'aspect affectif a une place importante, sans cependant conditionner la prière ; en effet ce qu'elle voit être ordonné par Dieu a priorité sur les sentiments et la consolation spirituelle. Elle manifeste aussi un sens assez aigu du péché et une conscience morale fine. Sa prière semble bien ouverte aux autres, y compris des croyants non-musulmans, mais à condition que cela ne fasse pas injure à la foi en Dieu comme enseignée par l'islam. Dans le rapport avec elle, je sens qu'elle est à la fois très consciencieuse et très ouverte, avec un grand souci de vérité. De telles expériences font que la possibilité de la vie spirituelle comme terrain de rencontre entre musulmans et chrétiens n'est plus pour moi une conviction théorique, mais une réalité vécue. Quelqu'un m'a reproché de ne pas avoir posé des questions sur les difficultés dans la prière. Cependant des éléments de cet aspect viennent parfois quand les personnes parlent de l'évolution de leur expérience de prière, d'autre part, je ne me sens pas tellement le droit d'insister sur cet aspect, car cela pourrait être ressenti comme un manque de respect. Or ce type d'approche n'est possible que dans un rapport de confiance et d'amitié. A l'intérieur de l'échange pourra évidemment venir un moment, où, peut-être de part et d'autre, on pourra parler aussi des difficultés qu'on rencontre sur le chemin de la prière. Il est évident que ce type d'échanges sur l'expérience de prière, est un moment privilégié de rencontre spirituelle. Par ailleurs la dimension spirituelle de la rencontre entre musulmans et chrétiens sera souvent présente sans que l'on ait besoin de l'expliciter et à travers des échanges ou des collaborations dans tous les autres domaines de la vie en commun. C'est finalement la présence de l'attitude de foi dans tous les rapports vécus, le passage - à renouveler chaque fois par chacun de nous - de l'idéologie à la foi. Jusqu'ici les passages que j'avais écrits concernent cette expérience. Ces derniers temps j'ai continué cette expérience d'enquête. Ce qui continue à me frapper, c'est la simplicité avec laquelle les personnes interrogées répondent à ces questions. Il y a eu récemment une personne, avec laquelle je n'ai d'ailleurs pas de rapports personnels, qui a répondu d'une façon assez polémique. Par exemple, pour elle la prière ne peut pas être un terrain de rencontre avec des chrétiens, étant donné le polythéisme qu'elle voit être le fait des chrétiens. Certainement elle représente un nombre non négligeable de personnes. Pour cette dernière question, on trouve aussi des exemples étonnants d'ouverture, comme cette fille, répétitrice à l'université. Pour elle la prière est vraiment un lieu de rencontre avec des croyants sincères d'autres religions et confessions, quels que soient les rites et formes. Pour elle la prière est, dans son essence et son but, une chez tous, qu'ils soient musulmans, chrétiens, bouddhistes ou d'autres. Chez tous elle représente la relation avec Dieu, quels que soient les moyens. D'ailleurs dans l'ensemble de ses réponses, elle insiste sur la prière comme lien très personnel avec Dieu, malgré l'identité des rites accomplis chez les personnes diverses. Il m'importe beaucoup de continuer cette enquête et cette recherche, pour renforcer cette rencontre étonnante qu'une telle recherche sur la prière peut signifier. Enfin, qu'elle devienne elle même une sorte de prière pour que le Seigneur rassemble Lui-même toujours plus tous ceux qui prient. Christian van Nispen tot Sevenaer s.j. août 2005 1. En langage religieux islamique, le mot `serviteur' ( ?abd) est le mot ordinaire pour parler de l'homme. Ce qui est visé, évidemment, est : `serviteur de Dieu'. 2.Le mot que j'ai traduit ici par `cur', (widjdân), exprime le sentiment profond, la connaissance par intuition et expérience. Normalement le mot `qalb' est utilisé pour `cur'. 3. nad ?û, = le verbe correspondant au du ?â. 4.Ce sont les deux attributs (ar-Rahmân ar-Rahîm) qui se trouvent dans la formule par laquelle commence toute sourate du Coran (sauf une), ainsi que toute prière, tout discours, toute lettre et tout acte d'une certaine importance dans la vie du musulman. 6.Le mot arabe « umma » est traduit habituellement par `nation'. Cependant c'est un mot extrêmement ambivalent, car il peut avoir un sens nettement religieux (`la nation islamique' ou `la nation de l'islam') ; un sens « mixte » - civil et religieux à la fois - quand on parle de `la nation arabe', mais aussi `la nation maronite' ou `la nation copte' ; et enfin un sens nettement civil, quand on utilise le même mot pour les `Nations (umam) Unies'. La distinction entre sens civil et religieux n'est pas toujours très tranchée dans l'esprit même de ceux qui parlent de `la nation'. 7. La rak ?a signifie `inclination', mais il est utilisé comme terme pour un ensemble de mouvements composé d'une inclination et de deux prostrations, qui est un des éléments rituels de la salât. Celle-ci, selon les heures de prière, est composée de deux ou quatre `inclinations'. 8. La prière de l'aube est la première des cinq prières rituelles.
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