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Frère Jean-Marie MERIGOUX, dominicain

Le visage araméen de l'Église

Visage araméen de l'Eglise, J.M. Mérigoux, op - DOMUNI

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Jean-Marie Mérigoux est dominicain, Docteur en Histoire et Civilisations. Il a vécu de nombreuses années en Irak, à Mossoul et à Bagdad. Il vit aujourd'hui au Caire (Egypte) où il est enseignant en histoire à l’institut Dar Comboni. Il est membre de l'IDEO (Institut dominicain d'Etudes Orientales, Le Caire) et voyage régulièrement au Proche et Moyen Orient. Il est l'auteur de "Va à Ninive !", éditions du Cerf, 2002.


Depuis des années, le Proche et le Moyen-Orient sont, le plus souvent tragiquement, au cœur de l'actualité. Ces événements retransmis par tous les médias ne parlent pas, ou si peu, des chrétiens de ces régions. On oublie qu'elles furent christianisées au tout premier siècle. Dans cette conférence, le frère Jean-Marie Mérigoux, dominicain, fait découvrir le visage araméen de l'Eglise et particulièrement celui de l'Eglise catholique orientale. Il livre ici sa riche expérience de vie et de voyages à Mossoul et Bagdad, à Istanbul, en Turquie, en Irak et ailleurs. Son parcours foisonne de rencontres dans tous les lieux de vie et de refuge des chrétiens orientaux d'aujourd'hui.

Conférence donnée à Fribourg (Suisse) le 18 avril 2005


Plan

Le visage araméen de l'Église

Introduction : « Le visage araméen de l'Église »
1. Les divers visages de l'Église 

2. La Mésopotamie, berceau de l'Église araméenne

3. La pratique de la catholicité


Le visage araméen de l'Église

Mes révérends Pères, Frères et Sœurs, Mesdames et Messieurs, membres de l'Association de soutien à l'Hôpital de la Paix à Istanbul, et les membres de l'Université de Fribourg et vous tous ici présents :

« Toute conférence est intéressante, au moins pour le conférencier. Disons : toute conférence est intéressante à faire. On délivre un message ; on sème une parole et ensuite, qu'on veille ou qu'on dorme, elle fait mystérieusement son chemin. Mais cette conférence-ci est pour moi singulièrement importante et solennelle. D'abord parce qu'il m'est donné de prendre pour la première fois la parole dans une ville illustre. Et ceci devant une assemblée de choix...Ensuite parce que l'occasion qui m'a amené parmi vous est importante »1.

C'est par ces mots qu'à Jérusalem le Père Congar avait commencé une conférence sur l'œcuménisme. Ces mots je les ai rencontrés alors que je préparais ma présente intervention et je me suis permis de les faire miens car ils m'ont semblé pouvoir exprimer les sentiments qui sont bien les miens ce soir, au moment où, en cette ville de Fribourg, je dois vous parler de l'Orient chrétien.

Votre Association est très ouverte à ce monde puisque vous collaborez à l'oeuvre des Filles de la Charité qui sont à Istanbul. Avant de venir j'ai pu faire une longue visite à l'hôpital de la Paix et j'y ai retrouvé cet esprit de saint Vincent de Paul qui est aussi présent au Caire où je vis actuellement, comme il est à l'œuvre dans d'autres pays du Proche et du Moyen Orient.

Quant à l'Université de Fribourg, elle ne m'était connue jusqu'à maintenant qu'à travers certains de ses professeurs qui visitèrent notre Studium dominicain de Toulouse durant le temps de mes études et je ne puis oublier ces frères aînés : les pères de Menasce, Vicaire, Jean-Hervé Nicolas, le futur cardinal le Père Cottier, le père Benoît Lavaud ; à cette époque, le père Jean-Pierre Torrell veillait encore sur les novices toulousains que nous étions.

C'est donc un honneur et une responsabilité pour moi que d'avoir à vous parler, dans le cadre de cette Université, de ces frères chrétiens d'Irak, inséparables de ceux de Turquie, chez qui, comme dominicain, j'ai reçu une belle hospitalité et qui m'ont partagé généreusement leurs richesses spirituelles, et je vous remercie donc de votre invitation. Je vous parlerai comme on fait le partage d'une expérience personnelle et en manifestant beaucoup de reconnaissance pour nos frères d'Orient.

À l'occidental latin que je suis, ils ont révélé le visage araméen du christianisme, celui de mon Église. Mes années passées en Irak, à Mossoul mais aussi à Bagdad, m'ont fait découvrir ce que j'appelle volontiers « le génie du christianisme » araméen.

Cette découverte, depuis mon départ de l'Irak en 1983, je n'ai cessé de l'approfondir et de la méditer. Je fus aidé pour cela par la bibliothèque de l'Institut Dominicain d'Etudes Orientales du Caire dont je fais partie, mais surtout par mes amitiés et mes rencontres irakiennes tant à Istanbul que dans ma ville de Marseille et partout où j'ai pu retrouver et visiter des chrétiens Araméens, Chaldéens, Syriens, Assyriens, tous fils de la Mésopotamie, le pays « Entre les deux Fleuves » où la Bible avait situé le Paradis terrestre.

À Istanbul, d'où j'arrive, j'ai eu la joie de célébrer la fête de Pâques avec les fidèles chaldéens, turcs et irakiens. Les Offices ont eu lieu dans la crypte de l'église Saint-Antoine, située Istiklal cadesi. Cette église est maintenant connue dans bien des pays car nombreux sont les fidèles irakiens qui, ces dernières années, y ont fait une escale spirituelle sur la route de leur exil2.

Du fait du récent décès de Mgr Paul Karatas, archevêque des Chaldéens de Turquie, c'est le Père François Yakan, maintenant vicaire patriarcal chaldéen pour la Turquie, qui présidait les Offices. Celui-ci m'a assuré qu'il y avait plus de 1400 fidèles présents à la messe de Pâques, la très grande majorité étant irakienne, les autres étant des chaldéens turcs.

Il suffirait je crois d'expliquer qui étaient ces fidèles émigrés depuis peu, leur origine, l'histoire de leurs familles en Irak, leur vie à Bagdad ou à Mossoul ces dernières années, leur voyage entre l'Irak et Istanbul, pour découvrir toute l'actualité de l'Irak ; mais le titre que j'ai choisi pour ma conférence appelle davantage d'informations et je m'efforcerai de vous en donner le maximum possible.


1 Père Yves Congar, OP, « Après neuf cents ans, juillet 1054 - janvier 1954 », Conférence donnée à Jérusalem à l'occasion de la Semaine de l'Unité, in Proche Orient Chrétien, IV-I, 1954, 1-23.

2 Il convient de faire mémoire de Mgr Paul Karatas, archevêque chaldéen de Turquie, décédé le 16 janvier 2005, suite à une longe maladie, à l'hôpital Saint-Georges tenu par les Sœurs autrichiennes de Saint Vincent de Paul. Nombreux sont les Irakiens qui sont pris en charge dans cet hôpital par les Sœurs, comme elles les reçoivent dans leur dispensaire dans le quartier de Karaköy.


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