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Frère Jean-Marie MERIGOUX, dominicain

Le visage araméen de l'Église

Visage araméen de l'Eglise, J.M. Mérigoux, op - DOMUNI

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Introduction : « Le visage araméen de l'Église »

La Mésopotamie, irakienne et turque, lieu par excellence de ce visage

J'ai réparti mon propos en trois sections :

- Les divers visages de l'Église
- La Mésopotamie, berceau de l'Église araméenne
- La pratique de la catholicité, par laquelle j'entends ce que l'on appelle aussi l'histoire des missions.

Pour pouvoir entrer dans notre sujet, il est nécessaire de poser quelques jalons préalables.

Bien avant que l'Empire ottoman ne domine l'ensemble de la Mésopotamie durant près de cinq siècles, il y avait déjà eu pour ses habitants un destin commun3, souvent partagé entre diverses dominations, grecques, byzantines, parthes, perses ou arabes.

Ces jours-ci, en conversant avec des familles chrétiennes d'Irak, j'ai été étonné de découvrir que la plupart d'entre elles, par un retour étrange de l'Histoire, étaient originaires par leurs parents ou grands parents, de cette Turquie qui les accueille aujourd'hui.

Dans les dernières années de l'Empire ottoman, beaucoup de chrétiens avaient dû dramatiquement quitter l'Est du pays pour trouver refuge en Irak.

Aujourd'hui ce sont leurs petits enfants qui viennent s'y réfugier et qui réalisent avec surprise que leurs ancêtres vivaient en Turquie.

La Turquie, et plus précisément la ville d'Istanbul, est pour ces Irakiens une étape d'hospitalité et de transit après leur départ de l'Irak. Ils y attendent actuellement des visas pour l'Australie et le Canada, les deux seuls pays qui leur ouvrent encore leurs portes aujourd'hui.

La Turquie où se trouvent tant de lieux très chers au christianisme, où se tinrent les premiers Conciles œcuméniques de l'Église et où prêchèrent des Apôtres, n'a plus aujourd'hui qu'un tout petit nombre de chrétiens mais il reste vrai de dire que : « La Turquie est la Terre Sainte de l'Église », comme « La Palestine est la Terre Sainte de Jésus ».

L'excellente réputation des écoles, des hôpitaux et des bibliothèques tenus par des congrégations religieuses semble remplir à elle seule auprès d'innombrables familles turques, un espace social devenu assez vide de chrétiens et continuer ainsi dans ce pays la présence chrétienne millénaire.

Mais le christianisme n'est pas affaire de statistiques et la Turquie en dédiant récemment une rue d'Istanbul au Bienheureux Jean XXIII a fait rayonner aux quatre coins du pays un beau visage du christianisme.

Quant à l'Irak dont la situation ne cesse d'être préoccupante malgré des lueurs d'espoir, il a, lui aussi, un héritage biblique et chrétien considérable.

Ces derniers mois la communauté chrétienne y a été tragiquement frappée dans ses enfants par des enlèvements et des meurtres et aussi dans son patrimoine par des destructions d'églises.

Ces événements ont accentué le mouvement d'émigration de beaucoup de familles chrétiennes. C'est ainsi que plusieurs familles rencontrées à Istanbul avaient quitté l'Irak après l'incendie criminel de l'archevêché chaldéen de Mossoul.

Maintenant, deux vérités à ne pas perdre de vue

Permettez-moi maintenant de redire deux vérités qu'il faut, me semble-t-il, avoir présentes à l'esprit lorsque l'on parle de l'Orient chrétien : la première est d'ordre historique, la seconde d'ordre ecclésiologique, et laissez-moi aussi vous citer un proverbe turc qui m'a toujours éclairé : « L'ignorance du passé rend sévère pour le présent ».

- La première vérité, c'est l'importance de la connaissance de l'histoire byzantine (du IV au XVème siècle) pour comprendre la vie des chrétiens d'Orient dans le passé et encore de nos jours, et également l'importance de l'étude de l'histoire ottomane (du XV au XXème siècle) pour bien saisir des aspects de la réalité des pays arabes qui bordent la Méditerranée.

- La seconde vérité à approfondir c'est le fait que l'Église catholique est à la fois « orientale et occidentale ».

« Vous avez des frères catholiques orientaux » déclara un jour avec insistance le patriarche grec catholique Maximos V Hakim à des catholiques latins qui semblaient ignorer la nature de leur propre Église.

Ce serait en effet une grande erreur de penser qu'aujourd'hui dans le monde, les « catholiques » ce sont les « Latins », en gros l'Occident, et que les « chrétiens d'Orient » ce seraient les « Orthodoxes ». Ceci constituerait une réelle méconnaissance de l'Église et une douloureuse offense envers nos frères catholiques.

Nous avons souvent besoin de les mieux connaître et de savoir que nos frères catholiques d'Orient ne sont pas « latins » mais bien catholiques, qu'ils sont orientaux mais pas orthodoxes, et encore que le fait de parler arabe, comme beaucoup de musulmans, est en Orient le fait de millions de chrétiens.

En conformité avec le proverbe arabe qui dit qu' » une image vaut mille mots », le pape Jean Paul II a fort bien exprimé cette vérité par une image qui vaut tout un traité d'ecclésiologie :

« L'Église a deux poumons, un oriental et un occidental 4 ».


3 Tous les deux se trouvent en partie du moins dans le cadre de la Mésopotamie, cette région encadrée par le Tigre et l'Euphrate, qui prennent leur source dans la Turquie actuelle.

4 Jean Paul II, Redemporis Mater, § 34.

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