Il est dommage qu'il n'existe pas en français le terme de multivers, pour désigner un monde sans véritable unité. Le terme désignerait un ensemble qui n'a pas de principe d'ordre et ne mériterait même pas le titre de collection. Par opposition, le terme d'univers désignerait un monde rassemblé dans l'unité, comme l'étymologie latine l'indique, puisque, selon Littré, le mot univers vient de la conjonction de unus et vertere : ce qui est rassemblé et mis en un, voire orienté vers un achèvement. L'opposition entre univers et multivers relève d'une option philosophique, dont le paradigme pourrait se situer dans l'opposition entre Épicure et Platon, selon la suggestion de Marcel Conche. D'un côté, l'ordre et, de l'autre, le désordre. D'un côté, ce qui est pensable ; de l'autre, l'impensable, parce que divers et pris dans la singularité. Le terme univers exprime donc la confiance dans l'intelligibilité de la nature, tandis que le terme multivers exprimerait une défiance tout à la fois du côté du pouvoir de la raison que du côté de la nature elle-même.
Ces remarques montrent pourquoi le théologien entre sans effraction dans les débats cosmologiques. Il ne fait que relever les implications de l'usage du terme d'univers. Il perçoit que pour justifier l'emploi de ce terme, le scientifique et le philosophe ne peuvent éviter de se référer à un principe unique - pour le nier ou pour le reconnaître. La théologie reconnaît un seul Dieu, principe de la nature et donc garant de sa légalité et de la capacité de l'intelligence à connaître ce qui est.
La cosmologie comme science, dans la mesure où elle donne sens au mot univers et se donne pour projet d'en dire la structure et l'organisation, est-elle liée au monothéisme et, si oui, comment ? Est-il nécessaire de lier les termes de cosmos et de theos et corrélativement athéisme et acosmisme ? Ne faut-il pas reconnaître, avec Nietzsche, que la grande question de notre époque est la question de Dieu, puisque dire que Dieu est mort, ce n'est pas seulement poser une question sur cet être sur-éminent nommé Dieu, mais se situer face au désarroi de toute pensée, de toute vie et de toute science ? En effet, s'il n'y a pas unité de tout le réel, ce qui se dissout en même temps que l'unité, c'est au niveau de la réalité dans son ensemble l'ordre, l'harmonie et le sens. La cosmologie comme science croyait pouvoir se cantonner dans sa spécificité de savoir particulier et voilà qu'elle se trouve devant ce qui englobe l'existence même. Elle introduit à l'examen de la position du monothéisme pour la science (première partie), ce qui pose des questions de nature épistémologiques (deuxième partie) et une interrogation sur la théologie de la création que nous saisirons dans son émergence (troisième partie) et sa spécificité (quatrième partie).
Dernière mise à jour le 4 octobre 1997