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Dieu le Père de Jésus-Christ, notre Père
Jean-Michel Maldamé op
Recueil de conférences
Août 1999

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5 Un Dieu que l'on prie

Quand Dieu donne son nom - celui qui est qui était et qui vient - il se livre à l'homme. Il est donc possible de l'appeler par son nom : et donc d'établir avec lui un lien de réciprocité et d'amitié. A cause de la distance entre Dieu et les hommes qui est la condition sine qua non d'un échange, cette relation se fait par la parole et la réciprocité. C'est dans ce contexte que prend sens la prière. Le lieu où Dieu réside est celui de la parole. La parole est le lieu de la communication qui établit tout à la fois la liberté et la distance. Dieu appelle ; Dieu établit une alliance.

5.1 Prière, chemin de vérité

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La prière est la chose la plus difficile qui soit pour beaucoup qui tentent honnêtement d'y entrer et d'y vivre. Elle suppose que tout soit mis en place à l'intime de soi comme à l'extérieur dans ses relations. Pour cette raison, la prière vécue est un chemin ; elle est toujours sur la route comme exigence de vérité créatrice. Pour cette raison, la prière doit être présentée comme chemin de vérité. La Bible est emplie de l'expérience de la prière. Il ne s'agit pas seulement de l'accomplissement du culte, mais bien de la relation qui structure l'être.

5.1.1 Place de l'homme dans l'univers

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La prière a une fonction de vérité : mettre l'homme à sa place dans l'univers. La question est souvent posée de l'origine des religions. Certains la placent dans la crainte, corrélative d'un besoin de sécurité (et d'ignorance). L'homme se tient dans la précarité de son être et demande protection et assistance. D'autres placent l'origine de la religion dans le désir et sa projection dans un monde totalisant et parfait.

Il me semble plus sûr de placer l'origine de la religion dans un besoin d'unité et d'harmonie. L'homme existe dans un univers qu'il perçoit comme un tout, régi par des règles absolues auxquelles il doit s'accorder pour mieux être. Ceci est manifeste dans les exigences naturelles de la vie. Chaque acte est posé pour réussir à la condition qu'il sache se placer au sein de l'harmonie et du dynamisme de l'ensemble. Le sage doit s'accorder à la loi du monde. La religion le fait d'une manière qui lui est propre.

La religion ainsi définie est universelle. Elle est vécue dans des rites religieux, mais aussi dans les motivations du travail et du loisir, accordés au rythme du jour, de la semaine, des saisons et des siècles. Quoi de plus religieux que le changement de l'an 2.000 ! La religion est l'âme de cet accord avec le cosmos, mais en soulignant que celui-ci doit contenir le visible et l'invisible. Le terme de visible désigne tout ce qui est objet de perception sensible ; l'invisible désigne tout ce qui ne n'est pas tangible et que l'on appelle habituellement l'esprit : l'intime de l'homme, les morts, le secret des choses,... L'accord vécu avec cette extension définit la religion.

Cet accord est humain quand il se fait dans le langage. Le langage de la religion est d'abord celui du symbole qui est un moyen de communication lié aux structures du psychisme et aux expériences premières de la vie. Il est vécu corporellement avant d'être pensé conceptuellement. Il prend forme de mythe quand il se développe en récits. Le langage du symbole accède à une dimension nouvelle lorsqu'il devient prière qui est un acte de parole comme le montre le livre des psaumes. Les psaumes donnent des mots pour exprimer la louange et l'intercession. « Prier. c'est parler à Dieu en l'aimant », dit un adage familier qu'il faut maintenant expliciter.

5.1.2 Prier c'est parler à Dieu

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Parler est un acte de liberté. Il suppose la distance. L'expérience fondatrice qui relate dans la Bible la mise à la distance juste est rapportée dans les récits de l'exode. L'enjeu est de passer du don au donateur (cf. Dt 8, 3). En effet dire « Tu », c'est s'adresser à la personne, pour ce qu'elle est et non pas pour ce qu'elle donne. Le chemin se fait par la nomination. C'est en prononçant le nom que l'on accède à la relation. Ce n'est pas chose aisée. Ainsi quand on apprend aux petits enfants à dire merci, il faut leur faire préciser : merci, Qui ? parce qu'en nommant papa, maman, ou un autre... il apprennent à se situer face à un autre qui ne se réduit pas à la satisfaction de leurs besoins. Ainsi les psaumes apprennent à nommer Dieu en vérité en prononçant son nom.

Le chemin qui mène à la prononciation du nom est exigeant. Il a valeur de chemin d'initiation. Mais il découle d'une exigence fondamentale qui consiste à se décentrer de soi.

Ce mouvement apparaît dans la prière la plus commune, le Notre Père. Le mouvement de cette prière est éclairant. En effet, la première partie de la prière commence par nommer Dieu. On demande à ce que son Nom soit sanctifié et que sa volonté soit faite avant de demander pour soi-même le pain, le pardon, la paix, la sécurité, la joie,... Même dans cette deuxième partie, qui implique la relation à autrui, on fait passer les autres avant soi-même puisque le pardon que l'on reçoit est précédé par le pardon que l'on accorde.

Ce mouvement de la prière nous accorde avec le chemin de la vérité. Par ce décentrement, un Je se tient devant un Tu dans une relation de confiance et de liberté.

Ce chemin d'initiation figure dans la relation des parents aux enfants qui doit être fondé sur la parole. Le père est celui qui parle à son enfant ; l'enfant est celui qui parle en confiance tandis que la crise de l'adolescence est d'abord une rupture de parole entre les générations.

Nommer Dieu comme Père vient au terme d'un chemin comme une conquête permanente de la vérité de la relation.

5.1.3 Faire mémoire

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Pour être vraie, la prière doit reconnaître celui qui donne. Pour que la prière soit vraie, elle doit reconnaître ce que Dieu a fait. La prière est anamnèse. Elle s'appuie sur ce que Dieu a fait. Elle est mémoire, au sens où Jésus demande aux siens de faire mémoire de lui.

Les textes de la Bible sont des récits. Ils mettent en oeuvre des personnes réelles. Au-delà du récit, il importe de rejoindre l'événement, ce qui s'est réellement passé.

Cette dimension est présente dans les évangiles. La différence entre les textes gnostiques et les textes chrétiens se voit dans la référence à l'histoire.

Ceci vaut pour l'eucharistie qui est faite en mémoire des repas de Jésus avec les siens . La prière eucharistique est basée sur une reprise de cet acte lié à l'ensemble de l'histoire du salut, comme le fait amplement le canon IV de nos missels.

Notre prière personnelle peut actualiser cette anamnèse et prolonger cette mémoire collective dans la reconnaissance de ce que Dieu a fait pour nous. Témoin saint Augustin dans les Confessions :

    « Je t'appelle, ô mon Dieu, ma miséricorde,
    Car c'est toi qui m'as fait,
    Tu ne m'oubliais pas, même quand je t'oubliais.
    Je t'appelle en mon âme.
    Par le désir que tu inspires,
    Tu la prépares à te recevoir.
    Maintenant je t'appelle. Ne m'abandonne pas,
    Toi qui as devancé mon appel, et pressé,
    Par force appel de tout mode,
    De t'entendre de loin, de revenir vers toi,
    Et de t'appeler, toi qui m'appelais.
    Tu as effacé tout le mal, mes démérites [...]
    Et tu as devancé tout le bien, mes mérites [...] » (Confessions, XIII, I, 1).

5.2 Mystique et contemplation

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La difficulté de la prière est bien celle d'avancer sur un chemin de connaissance. Si avec la tradition mystique on abolit les chemins normaux de la connaissance, il faut manifester comment la connaissance humaine se dépasse sans que ce soit du délire ou de la déraison.

5.2.1 Quel nom pour Dieu ?

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La difficulté majeure de la vie prière est de dépasser l'illusion. Parler à celui qu'on ne voit ni n'entend sensiblement place devant l'interrogation : ne suis-je pas dans l'illusion ? Il faut donc une exigence d'objectivité ; c'est la référence à l'histoire du salut telle qu'elle vient d'être dite. Pour cette raison, la prière chrétienne est une prière fondée sur les Ecritures.

Le premier moment est l'action de grâce. On dit merci à Dieu par une parole de reconnaissance. Le terme de reconnaissance signifie deux choses. D'abord le fait de voir que celui que l'on rencontre est bien celui que l'on avait déjà rencontré : on le reconnaît. Ensuite, la gratitude pour ce qui est donné.

Le nom de Dieu se tisse de tout ce qu'il a fait. Le nom donné à Moïse s'entend comme « Je suis qui je serai » : autrement dit, ce que je ferai montrera clairement ce que je suis.

5.2.2 Au-delà de tout nom, le nom de Dieu

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Le nom de Dieu est au-delà de tout nom. Cela signifie que lorsqu'on prie personnellement et en silence - dans le temps consacré à l'oraison - il faut entrer dans le silence extérieur et dans le silence intérieur. Le temps de l'oraison consiste souvent à « chasser les mouches », c'est-à-dire à écarter de sa pensée et de son imagination, certaines images qui parasitent le champ de la conscience et le discours intérieur.

Il ne faut pour autant pas dramatiser la négation, mais la vivre fidèlement dans un effort soutenu d'entrée dans le silence intérieur. La paix est dans la continuité de l'effort.

Le dépassement qu'implique l'accès à l'au-delà de la représentation immédiate apparaît dans les tensions de vocabulaire. Nous avons vu comment le texte de la manifestation à Elie se traduit par « Une voix de fin silence ». Il importe pour cette raison de ne pas prendre comme malédiction le silence de Dieu. La conscience que l'on est dans le silence de Dieu ne doit pas être source de culpabilité, mais au contraire, il doit être parcouru comme l'espace qu'il donne pour découvrir qui il est. Deux perspectives habitent la tradition. L'une est plus intellectuelle, l'autre plus affective.

1. Le texte fondateur de la tradition mystique est celui de l'Exode, où Moïse demande à voir Dieu. La tradition plus intellectuelle s'appuie sur le fait que Dieu lui répond que ce n'est pas possible sans passer par la mort, et pourtant il laisse voir quelque chose de son passage.

    « Moïse dit à Dieu : "Fais moi de grâce voir ta gloire". Et le Seigneur dit : "Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom du Seigneur. [...] Mais tu ne peux voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre." Le Seigneur dit encore : "Voici une place près de moi ; tu te tiendras sur le rocher. Quand passera ma gloire, je te mettrai dans la fente du rocher et je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que je sois passé. Puis j'écarterai ma main et tu verras mon dos, mais ma face on ne peut la voir" » (Ex 33, 18-22).

Ce texte fonde la tradition mystique chrétienne qui insiste sur la négation. Le moment de négation fait partie du processus de connaissance ; c'est connaître Dieu que de savoir qu'il n'est pas connaissable. C'est par la négation que s'opère le dépassement de ce qui est vécu dans la connaissance normale. Il s'agit toujours de connaissance. Une telle négation n'est pas arbitraire ; elle est portée par l'élan et le désir. Ce thème a été longuement développé par Grégoire de Nysse dans son commentaire de l'Exode ou Vie de Moïse.

    « Que signifie l'entrée de Moïse dans la ténèbre et la vison que dans celle-ci il eut de Dieu ? Le récit semble en effet en contradiction avec la théophanie du début ; alors c'était dans la lumière, maintenant c'est dans les ténèbres que Dieu apparaît. Ne pensons pas cependant que ceci soit en désaccord avec la suite normale des réalités spirituelles que nous considérons. Le texte nous enseigne par là que la connaissance (gnose) religieuse est d'abord lumière quand elle commence à apparaître : en effet, elle s'oppose à l'impiété, qui est ténèbre, et les ténèbres se dissipent par la jouissance de la lumière. Mais plus l'esprit, dans sa marche en avant, parvient, par une application toujours plus grande et plus parfaite, à comprendre ce qu'est la connaissance des réalités et s'approche davantage de la contemplation, plus il voit que la nature divine est invisible. Ayant laissé toutes les apparences non seulement de ce que perçoivent les sens mais ce que l'intelligence croit voir, il va toujours plus à l'intérieur jusqu'à ce qu'il pénètre, par l'effort de l'esprit, jusqu'à l'Invisible et à l'Inconnaissable et que là, il voit Dieu. La vraie connaissance de celui qu'il cherche, en effet, et sa vraie vision consistent à voir qu'il est invisible, parce que celui qu'il cherche transcende toute connaissance, séparé de toute part par son incompréhensibilité comme par une ténèbre. C'est pourquoi Jean le mystique, qui a pénétré dans cette ténèbre lumineuse, dit que "personne n'a jamais vu Dieu", définissant par cette négation que la connaissance de l'essence divine est inaccessible, non seulement aux hommes, mais à toute nature intellectuelle. Donc lorsque Moïse a progressé dans la gnose, il déclare qu'il voit Dieu dans la ténèbre, c'est-à-dire qu'il connaît que la divinité est essentiellement ce qui transcende toute gnose et qui échappe au prises de l'esprit ». Grégoire de Nysse, La vie de Moïse ou Traité de la perfection en matière de vertu, Intr. et trad. Jean Daniélou, « Sources chrétiennes », n° 1, Paris, le Cerf, 1955.

2. La deuxième perspective privilégie l'affectivité. C'est par l'amour que le mystique dépasse les limites de la connaissance.

Dans les Confessions S. Augustin rapporte le dernier entretien qu'il eu avec sa mère à propos de la vie bienheureuse, texte dit souvent « extase d'Ostie ». Dans ce texte on voit bien le rôle de l'affectivité.

    « L'entretien nous amenait à cette conclusion : le plaisir des sens charnels, si grand qu'on le veuille, si baigné de lumière corporelle qu'on le veuille, placé en face de la félicité de l'autre vie, ne supportait aucune comparaison, et ne méritait aucune mention. Alors nous élevant d'une coeur plus ardent vers "l'Etre même", nous avons traversé, degré par degré, tous les êtres corporels, et le ciel même, d'où le soleil, la lune et les étoiles jettent leur lumière sur la terre. Et nous montions encore au-dedans de nous-mêmes, en fixant notre pensée, notre dialogue, notre admiration sur tes oeuvres. Et nous sommes arrivés à nos âmes : nous les avons dépassées pour atteindre la région de l'abondance inépuisable où tu repais Israël à jamais dans le pâturage de la vérité. C'est là que la vie est la sagesse par qui sont faites toutes les choses présentes et celles qui furent et celles qui seront ; la sagesse, elle, n'est pas faite mais elle est comme elle fut, et ainsi elle sera toujours. Et même plutôt, l'"avoir été" et le "devoir être" en sont pas en elle, mais l'"être" seulement, puisqu'elle est éternelle, car "avoir été" et "devoir être" ce n'est pas de l'éternel. Et pendant que nous parlons et aspirons à elle, voici que nous la touchons, à peine, d'une poussée rapide et totale du cœur. Nous avons soupiré, et nous avons laissé là, attachées, les prémices de l'esprit ; et nous sommes revenus au bruit de nos lèvres, où le verbe et se commence et se finit. Mais quoi de semblable à ton Verbe, notre Seigneur, qui demeure en soi sans vieillir, et renouvelle toute chose ?

    Nous disions donc : Si en quelqu'un faisait silence le tumulte de la chair, silence les images de la terre et des eaux et de l'air, silence même les cieux, et si l'âme aussi en soi faisait silence et se dépassait ne pensant plus à soi, silence les songes et les visions de l'imagination ; si toute langue et tout signe et tout ce qui passe en se produisant faisaient silence en quelqu'un absolument - car, si on peut les entendre, toutes ces choses disent : "ce n'est pas nous qui nous sommes faites, mais celui-là qui nous a faites demeure à jamais" - cela dit, si désormais elles se taisaient puisqu'elles nous ont dressé l'oreille vers celui qui les a faites, et s'il parlait lui-même, seul, non par elles mais par lui-même, et qu'il nous fit entendre son verbe non par langue de chair, ni par voix d'ange, ni par fracas de nuée, ni par énigme de parabole, mais que lui-même, que nous aimons en elles, lui-même se fit entendre à nous sans elles, - comme à l'instant nous avons tendu nos êtres et d'une pensée rapide nous avons atteint l'éternelle sagesse qui demeure au dessus de tout - si cela se prolongeait et que se fussent retirées les autres visions d'un mode bien inférieur, et que celle-là seule ravit et absorbât et plongeât dans les joies intérieures celui qui la contemple, et que la vie éternelle fut telle qu'a été cet instant d'intelligence après lequel nous avons soupiré,...n'est ce pas cela que signifie "Entre dans la joie de ton Seigneur" ? » Confessions, livre IX, X, 23-24, Bibliothèque augustinienne, t. 2, p. 115-121.

5.3 Un Dieu que l'on aime

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5.3.1 L'initiative de Dieu

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Saint Paul et saint Jean soulignent l'initiative de Dieu. Elle est la marque d'un amour vrai dont la prévenance est la pierre de touche.

    « C'est en effet alors que nous étions sans force, c'est alors au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies [...]. La preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous » (Rom 5,6).

    « En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. En ceci consiste l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils » (I Jn 4, 7-9).

Le fait que Dieu ait l'initiative est exprimé par le nom de père. Un père, en effet, est précède ses enfants. Sa volonté est première.

Ce qui se révèle en Jésus-Christ est l'accomplissement de ce qui s'est déroulé au cours de l'histoire. Nous l'avons vu avec les patriarches, avec Moïse et avec les prophètes. Isaïe a été appelé alors qu'il avait les lèvres impures.

Dieu est celui qui a l'initiative et celle-ci est une oeuvre d'amour. Tous les convertis en témoignent d'une manière ou d'une autre.

5.3.2 Amour et reconnaissance

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La reconnaissance du fait que Dieu ait eu l'initiative prend forme de gratitude. Ce terme désigne l'attitude de celui qui reçoit et qui reconnaît qu'il est en dette. Le psaume 89 (88) le dit de manière devenue traditionnelle : « L'amour du Seigneur à jamais je le chante ; d'âge en âge ma parole annonce ta vérité, car tu as dit : l'amour est bâti à jamais... »

La prière est liée à l'expression d'un amour qui est celui que les petits enfants connaissent à l'égard de leur père. C'est dans ce sens que l'on emploie le titre de père pour Dieu.

Israël se situe en enfant devant Dieu, selon la parole du prophète : « Quand Israël était enfant, je l'aimais » (Osée). ce sentiment est partagé par les mystiques comme en témoigne ce poème de Marie Noël, écrit comme prière du soir.

    « Bonsoir, Père ! Tes doigts ont scellé mes paupières.
    Le sommeil - ou la mort - s'en vient à pas légers,
    Et, vers minuit, m'appelleront douze dangers.
    Mais je m'endors sans crainte en chantant mes prières.

    Car je te sais, Ô Père, assis à mon chevet,
    Et si quelque vertige affole et perd mon âme,
    Tu la retourneras vers Toi, comme une femme
    retourne dans le lit son petit qui rêvait.

    Je ne suis pas un saint, mon Dieu, pour que tu veuilles
    Me bercer dans tes bras et chasser mes frissons.
    Je ne suis qu'un enfant, je n'ai que mes chansons
    Et je ne vaux pas mieux qu'un oiseau sous les feuilles.

    Et je ne sais pourquoi Tu m'aimes - les chemins
    Me mènent tous à Toi, sans lutte, sans secousse,
    Le sommeil -ou la mort - glisse dans la nuit douce...
    Bonsoir, Père, reçois mon âme entre tes mains ». (Les Heures)

5.3.3 L'espérance de la résurrection

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Le père est celui qui donne la vie. La douleur la plus grande n'est-elle pas de voir mourir son enfant ? Le scandale de l'état guerre n'est-il pas que si en temps de paix les fils enterrent leurs pères, en temps de guerre, ce sont les pères qui enterrent leurs fils ? L'amour qui est entre Dieu et le juste fonde une certitude qui a ouvert peu à peu une espérance nouvelle.

Au temps des patriarches et des rois, il n'y avait pas d'espérance dans une vie après la mort, puisque l'on constate que tout cesse à la mort de manière définitive. La bénédiction pour la vie vaut pour la vie en son état actuel. S'il émerge peu à peu la conviction que la mort n'est pas ultime, c'est grâce à l'expérience de l'amour personnel entre le juste et Dieu, au temps de l'exil. Deux textes en témoignent : les psaumes 73 (72) et 16 (15).

    « Et moi, qui restais près de toi,
    tu m'as saisi par ma main droite ;
    par ton conseil tu me conduiras
    et derrière la gloire tu me prendras » (Ps 73, 23-24)

Le psaume 73 exprime la crise spirituelle d'un exilé. Il a eu la tentation de renier sa foi et de faire carrière au mépris de sa fidélité à son peuple. Ce qui est arrivé à la plupart dans l'épreuve de l'exil. Il a tenu bon pour ne pas rompre avec les siens : « Si j'avais dit : "Je vais parler comme les impies", j'aurais trahi la race de tes fils ». Cette fidélité est traversée par une lumière qui naît à l'intime de l'expérience de la prière : « Moi qui restais près de toi... » Le juste reconnaît alors l'initiative de Dieu qui est venu jusqu'à lui : « Tu m'as saisi par ma main droite ». Tout ceci est classique ; Dieu prend le juste par la main pour le conduire. Le psaume innove en passant au futur : « Par ton conseil tu me conduiras » et ce futur se prolonge après la mort : « Derrière la gloire tu m'attireras ». Dieu associe le juste à sa gloire. Or on ne peut y accéder sans passer par la mort, comme cela a été rappelé à propos de Moïse (Ex 33). Ce psaume affirme donc qu'il y aura une vie après la mort. Il est difficile de dater le psaume, mais il exprime ce qui deviendra la conviction des pharisiens et donc le terreau de l'expression de la foi en la résurrection.

    « Tu ne peux abandonner mon âme au shéol,
    tu ne peux laisser ton ami voir la fosse.
    Tu m'apprendras le chemin de vie,
    devant ta face, plénitude de joie,
    en ta droite, délices éternels » (Ps 16, 10-11).

La psaume 16 (15) est plus important, car c'est un psaume messianique dit par David. Il est pour cette raison cité par Pierre dans la prédication à Jérusalem le jour de la fête de la Pentecôte (Ac 2, 25-28 et 13,35). Le mouvement est le même que dans le psaume précédent. Le juste est entouré et menacé par l'idolâtrie. Il tient bon dans l'aride de la foi. « Je bénis le Seigneur qui s'est fait mon conseil ; même la nuit mon coeur m'avertit ». La prière nocturne est la prière de la confiance, de la confidence et de l'intimité.

La relation entre Dieu est présente ; mais il est dans sa logique de ne pas être précaire. Cela repose sur la fidélité de Dieu. « Tu ne peux abandonner mon âme aux enfers ; tu ne peux laisser ton ami voir la fosse ». Ces paroles pourraient s'entendre du futur immédiat et des années à venir selon une espérance de vie raisonnable. C'est déjà beaucoup. Mais le texte dit davantage : « Tu m'apprendras le chemin de vie. Devant ta face, plénitude de joie, en ta droite, délices éternels ». Il y a là une affirmation d'une vie après la vie, ou, plus exactement, une vie pour laquelle la mort n'est qu'un passage.

Il importe de voir que cette nouveauté n'est pas fondée sur un anthropologie, mais bien sur une théologie. C'est parce que Dieu aime le premier et qu'il est fidèle en son amour, qu'il donnera vie à celui qui l'aime. Tout repose sur la fidélité de Dieu.

C'est ainsi qu'est apparue la notion de résurrection : elle est l'expression de l'amour. Elle en est la confirmation. L'amour en effet n'aime pas la séparation. Pour cette raison, le lien entre Jésus et celui qu'il nomme son Père manifeste un lien et une intimité plus forts que la mort-même.

5.3.4 Conclusion : l'espérance

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L'amour de Dieu pour les siens est donc un amour qui les précède, les accompagne et ne les abandonnera pas au moment de la mort. Ainsi se dévoile le visage de Dieu et le sens de la reconnaissance de sa paternité.

1. Dans les Ecritures, le titre de fils convient au peuple en son entier qui, se tournant vers Dieu, peut l'invoquer comme un père. Le titre de fils peut être employé pour nommer celui qui, légitimement, s'exprime au nom du peuple tout entier, le roi. Mais la fonction suppose une qualité personnelle qui est liée à la justice personnelle et à la manière dont le fils de David remplit la mission qui lui est confiée. Pour cette raison, il importe maintenant de voir comment celui qui a assumé le titre de fils de Dieu dans un sens radical, Jésus, a rempli la mission qui lui fut confiée et qui a été manifestée la première fois au baptême.

2. Le passage du singulier au pluriel montre que ce que Dieu demande ce ne sont pas seulement des paroles, des idées ou des biens matériels, mais nous-même. Saint Paul disait aux chrétiens de Rome :

    « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu à offrir vos personnes en hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu ; c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rom 12,1).

La vraie prière n'est pas seulement un exercice de la raison, de l'esprit ou de l'entendement, c'est l'axe de notre don à Dieu : un don de plus en plus total qui soit vraiment celui de notre nécessaire.

Jésus cite en exemple la veuve qui verse deux petites pièces dans le trésor du Temple - texte connu sous le titre de « l'obole de la veuve ». Donnant de son nécessaire, elle a donné plus que ceux qui de leur richesse donnaient davantage d'argent, mais de leur superflu et donc moins que rien ! Leur cœur restait inchangé.

 


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