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Dieu le Père de Jésus-Christ, notre Père Jean-Michel Maldamé op Recueil de conférences Août 1999 |
| 6 Jésus le Fils unique Le chemin que nous suivons est un chemin de révélation. Il se réfère à la libre initiative de Dieu. Nous avons vu que la révélation n'était pas une loi dictée par Dieu, qui laisserait l'homme passif et muet. La révélation est faite dans une alliance qui est un partenariat de liberté avec les hommes. La révélation n'est pas une violence, mais bien une activité commune de l'homme et de Dieu. Pour cette raison, la pratique est essentielle à la connaissance de Dieu. Mais inversement, la pratique révèle l'être. Cette manière de concevoir la réalité se réfère à toute l'histoire du salut et plus précisément à ce qui est advenu à Jésus-Christ. Il nous faut donc poursuivre notre progression en considérant ce qui advint en Jésus-Christ de la manifestation de Dieu. « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils... » (Hb 1, 1-2). Il importe de voir maintenant comment Dieu a parlé et quelle est la nouveauté de la parole, tant par son contenu que par sa manière.
L'être de Dieu se dit dans ses actes. Or l'acte premier de Dieu est celui de la création qui est compris comme un acte de parole. « Dieu dit et cela est » scande le récit de la Genèse. Le schéma de la création en une semaine sert de cadre à l'Evangile de Jean qui est structuré autour de la notion de nouvelle création. L'activité de Jésus est désignée par le terme d'uvre et ce terme se rapporte plus précisément à des signes qui sont déployés selon un ordre qui correspond aux jours de la Genèse. Comme dans la première création, il y a six jours pour le grand repos du sabbat, dans l'activité de Jésus, il y a six signes qui préparent l'entrée de Jésus dans la gloire. Relisons donc le mouvement du récit - il apparaît même si l'évangéliste a fait droit à d'autres exigences qui font que ce plan n'est pas absolument clair.
Le premier signe est donné lors des noces de Cana, promesse d'une nouvelle création qui renouvelle l'intime du coeur (Jn 2, 1-11). Le deuxième signe est la guérison du fils du fonctionnaire - un païen - signe d'un amour qui ne se limite pas aux frontières nationales (Jn 4, 46-54). Le troisième signe est la guérison du paralytique (Jn 5, 1-9), signe de l'accomplissement de la promesse et de la venue des temps messianiques. Le quatrième signe est la multiplication des pains dans le désert (Jn 6, 1-14) signe du don de la vie éternelle. Le cinquième signe est la guérison de l'aveugle-né (Jn 9, 1-38), signe de la gloire qui sera donné dans la vision de Dieu. Le sixième signe est la résurrection de Lazare (Jn 11, 1-44), signe de l'universelle résurrection à la fin des temps.
L'Evangile de Jean insiste sur le fait que ces signes sont accomplis par la parole. La parole de Jésus apparaît comme la force de Dieu, force créatrice. Le terme de « parole » sert à unifier toutes les oeuvres de Jésus dans leur diversité. Plus encore, l'acte visible est relié à la parole pure qui atteint le coeur. Ainsi la parole devient l'instrument de l'oeuvre de Dieu qui est action tangible et enseignement. Mais l'action par la parole est plus que l'action de la main : elle dit la présence et la relation. Elle dit l'intelligence et la compréhension. Aussi la parole est-elle de Dieu. Elle y trouve une dimension nouvelle parce que la parole est un engagement de la responsabilité de celui qui agit librement.
La rédaction de l'évangile de Jean montre qu'il y a un ordre dans cette action. Elle atteste une volonté première, celle du Père. Jésus obéit au Père dont il réalise le projet : « Mon père est à l'oeuvre jusqu'à présent, et j'oeuvre moi aussi » (Jn 5, 17). Aussi l'oeuvre de Jésus est-elle une manifestation de la nouvelle création, elle est source de l'être. Ce qui suppose la reprise par Jean de la tradition des sages d'Israël.
La réflexion sur la sagesse a précédé et permis cette manière de voir comment l'engagement de Dieu, dans ce qu'il dit, exprime son être.
Les premiers textes qui disaient l'action créatrice de Dieu étaient liés au faire. L'action était celle de la main qui façonne, pétrit et modèle. La notion est apparue comme trop anthropomorphique. Elle a laissé place à une action de plus en plus conforme à la sainteté de Dieu : sa liberté, sa distance et son immédiateté. L'image de la parole s'est alors développée. La parole a en outre le pouvoir de tenir ensemble la diversité. Elle assume l'unité. le même terme peut désigner plusieurs choses ensemble ; il peut saisir l'aspect par lequel elles sont ce qu'elles sont. D'autre part, la parole réalise la transformation des choses de la manière la plus efficace. La parole a un effet plus profond que le geste qui convient pour les objets et pas pour une relation humaine emplie de liberté. L'idéal d'humanité est donc celui du maître de la parole ou du sage, celui qui nomme les choses avec rigueur parce qu'il est celui qui sait. Pour cette raison, il est dans l'unité et donc il accède à la paix et à la sérénité. Il est aussi établi fermement dans la justice. Est sage celui qui comprend et agit selon la raison. L'action de Dieu a été comprise dans cette dimension ; la parole manifeste la transcendance de l'esprit et donc elle convient pour dire l'action d'un Dieu transcendant et saint.
L'image de l'artisan, corrigée par celle de la parole agissant à distance, explique pourquoi son oeuvre est pétrie d'intelligence. Cette image vaut pour Dieu lui-même. Son oeuvre porte la marque de l'intelligence de son créateur. Toute la création porte la marque de l'intelligence. Pour cette raison l'oeuvre de Dieu est pleine d'intelligibilité. Elle se donne à comprendre et à étudier. La notion de sagesse devient alors l'attribut de Dieu. Dieu est celui qui a un projet intelligent et qui le réalise pour le mieux.
La notion de Sagesse prend un rôle essentiel dans la théologie chrétienne. Elle devient un attribut essentiel pour nommer Dieu. Les textes des écrits de sagesse ne se contentent pas de dire que Dieu est sage ; ils personnifient la sagesse comme si elle était co-éternelle. Les principaux textes sont les suivants : « Le Seigneur m'a créée, prémices de son oeuvre. On remarque dans ce texte l'insistance sur l'antériorité de la Sagesse de Dieu sur toutes les autres oeuvres de Dieu. La personnification est forte. Enfin le vocabulaire de la génération apparaît nettement. « Je suis issue de la bouche du Très-haut On remarque dans le texte la résidence divine de la sagesse personnifiée et l'insistance sur l'éternité. Ces développements introduisent un élément qui occupe une place importante dans la tradition chrétienne pour bâtir la théologie trinitaire. Ils mettent un lien entre la parole et la génération. Dans notre langue, il en va de même. Une idée s'appelle un concept et le maître dit que « ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». La naissance de la parole est comme la génération. La pensée et la parole qui l'exprime participent d'un mystère de naissance. Ainsi la notion de filiation et la notion de parole sont liées. C'est grâce à ce lien que le Nouveau Testament franchira une étape nouvelle dans la révélation du Nom de Dieu, dans le prologue de l'Evangile de Jean.
Le Prologue de l'Evangile donne un sens nouveau aux thèmes des Ecritures en lien avec l'action de Jésus. Dans ce texte se trouve en effet - comme en toute préface - le résumé de tout l'écrit. « Au commencement était le Verbe 1. Saint Jean veut résumer l'oeuvre de Jésus en un mot-clef. Le mot grec est celui de Logos. Ce terme se traduit souvent par la transcription du mot latin verbum par verbe. Mais le logos est aussi la parole. Il dit aussi la raison, dans le double sens du terme : la cause ou raison ou bien l'instrument de la pensée droite. Quoi qu'il en soit des origines de ce terme où se rencontrèrent la tradition grecque et la tradition hébraïque, il est manifeste que dans tout le livre, Jean insiste sur le fait que Jésus agit par la parole. Son oeuvre est intelligible comme parole, pleine de sens et de raison. Cette parole est identifiée avec la Sagesse créatrice. L'identification opère un dépassement de la notion des Ecrits de sagesse de l'A.T., dans la mesure où la notion de création ou de moyen n'est pas reprise littéralement. Le Logos, parole créatrice ou Sagesse, n'est pas créé au principe, il participe de l'éternité de Dieu. Ce dépassement était signifié dans les discours de Jésus en particulier dans le chapitre 6 sur le pain de vie éternelle. L'oeuvre de la création et de la rédemption se comprend si on voit qu'en elle agit la parole de Dieu à l'oeuvre depuis le commencement. La dualité que relevait l'A.T., par manière de métaphore, est ici affirmée comme la manifestation de l'intime de la vie de Dieu. 2. Le dépassement de ne se réduit pas à cet aspect intellectuel. La parole n'est pas seulement l'expression de la pensée ; elle est l'expression de la volonté. La notion de Sagesse permet de dire également l'autorité. Dieu s'exprime en Jésus qui est celui qui agit avec l'autorité qui lui vient de son lien avec lui. Pour cette raison, la notion de Verbe rejoint la notion de Fils. Le fils en effet est devant les étrangers de la maison dans une égale dignité et autorité que le père. La Sagesse est identifiée au Fils. Le Logos reçoit donc la titulature messianique, celle d'être Fils, au sens plein du terme. Les remarques faites sur le lien entre la naissance de la parole et la naissance selon la chair, toute deux précédées par une conception cachée, permettent de faire l'unité entre la sagesse et la filiation - et-ce par manière d'identification. Le lien se fait parce que la parole est l'expression de la volonté. « La vie était la lumière des hommes,
3. L'identification est aussi rendue possible par un élément qui est présent dans les textes des Ecritures : l'identification de la Loi et de la Sagesse. Le texte déjà cité au chap. 24 du livre du Siracide dit en effet : « Le créateur de l'univers m'a donné un ordre. Dans le même mouvement que celui de Paul, Jean identifie Jésus et la Loi. Jésus est la nouvelle Loi. Il est en effet l'expression parfaite de la volonté de Dieu. « De sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce
Le terme de Dieu Père reçoit son sens plénier dans cette révélation. Dieu est celui qui a un dessein d'amour qui domine à la fois le temps et l'espace. Il a pour nom d'être Père. Mais ce nom n'est plus ici une simple métaphore pour dire l'attitude à l'égard du peuple. Le nom de Père désigne l'intime de l'être de Dieu qui en sa vie, en son éternité, en sa transcendance est Père de celui qui reçoit au sens strict le titre de Fils. Ayant en mémoire ce qui a été dit de Moïse et de son désir de voir Dieu, ayant en mémoire que la transcendance de Dieu fait que la notion de génération n'a rien de charnel, nous pouvons entendre le résumé de la foi chrétienne dans la dernière phrase du prologue. Dieu est Père au sens où il a réellement un Fils unique, qui est Jésus-Christ, le Verbe fait homme. « Personne n'a jamais vu Dieu ; |