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Dieu le Père de Jésus-Christ, notre Père
Jean-Michel Maldamé op
Recueil de conférences
Août 1999

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7 Le Fils éternel

La question se pose alors, pourquoi le terme de Fils pour désigner Jésus et par là même son Père ? La seule raison, c'est que Jésus a utilisé ce terme pour se désigner lui-même. S'il n'avait pas fait ainsi, nous n'aurions pas le droit d'accorder à ce terme l'importance qu'il a. Il devrait être compris comme une simple métaphore. Il importe donc de relever en quel sens Jésus dit de Dieu qu'il est son Père et l'invoque sous le titre de Père.

La nomination de Dieu dans la prière de la synagogue se fait au pluriel. La communauté reconnaît en effet que Dieu a agi comme un père à son égard : un père prévenant qui lui parle ; un père qui lui donne sa vocation et lui trace la direction de son avenir. C'est dans ce contexte qu'il apparaît original que Jésus appelle Dieu son père, au singulier.

L'usage du singulier et non du titre de père pour nommer Dieu est habituel dans les évangiles. Il importe d'en voir la nouveauté et également de voir que cet aspect n'est pas aboli par la suite puisque, au matin de la résurrection, Jésus a dit à Marie de Magdala (qui représente toute l'Eglise : « Mon Père et votre Père. Mon Dieu et votre Dieu ». Jésus marque ainsi une différence irréductible entre lui et les fidèles qui disent pourtant en vérité : « Notre Père ».

7.1 Jésus appelle Dieu "Père"

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De très nombreux textes mettent sur les lèvres de Jésus des paroles où il parle de Dieu comme son père. Comme le terme était devenu banal dans la prière chrétienne, il importe de vérifier l'authenticité des paroles de Jésus et donc de retenir les textes qui sont reconnus comme tels par la critique exégétique qui cherche - autant que faire se peut - les paroles les plus authentiques de Jésus. Ici se vérifie encore ce que nous avons dit de l'importance de l'histoire pour la révélation.

7.1.1 La tradition de Marc

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    1. « Si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges » (Marc 8, 38).

La parole de Jésus se trouve dans un contexte eschatologique. Elle se réfère à la gloire du Père. Elle identifie les notions de Fils de l'homme et de Fils de Dieu, le messianisme et l'eschatologie.

    2. « Quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, pour que votre père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes » (Mc 11, 25)

La parole est dans un contexte ecclésial. Le lien entre le pardon et la prière est classique dans le judaïsme de l'époque de Jésus. Il se réfère à la prière communautaire dans l'Eglise.

    3. « Ce jour et cette heure, nul de ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne, sinon le Père » (Marc 13,32).

Ce verset a donné beaucoup de fil à retordre aux dogmaticiens, à cause de l'ignorance reconnue du Fils ! Mais ici il importe de relever que la phrase a ceci d'original qu'elle parle du Fils de manière absolue. Jésus insiste sur le caractère transcendant de la prévoyance du Père.

Dans ces textes propres à Marc, on trouve donc une série de paroles qui par la médiation de la communauté donnent de Dieu l'image de la bonté qui incite à pardonner et de l'autorité à qui l'obéissance est due.

7.1.2 Source commune

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    1. « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est au cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5, 44 et 6, 35).

    2. « Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48) « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36).

La motivation de l'amour des ennemis est fondée sur la bonté universelle de Dieu. Les deux textes sont liés à l'appel à l'amour des ennemis. C'est un appel à la miséricorde.

    3. « Jésus prit la parole et dit "Je te rends grâce Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé au tout-petits" » (Mt 11, 25-26 et Lc 10, 21).

Ces paroles prennent le contre-pied de la mentalité habituelle qui loue le savoir et l'intelligence. La notion de Père renvoie à l'idée de souveraineté et d'initiative de Dieu. La volonté est ici souveraineté et bienveillance. C'est un Dieu dont la justice sait être partiale pour renverser les situations acquises, dont les plus démunis de ne peuvent que souffrir.

Le texte est lié à une attitude de Jésus. Le sens est renforcé par le développement théologique qui suit :

    « Tout m'a été remis par mon Père. Nul de ne connaît le Fils si ce n'est le Père et nul de ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11, 27 et Lc 10, 22).

    4. « Jésus était un jour quelque part en prière. Quand il eut fini, un de ses disciples lui dit : "Seigneur, apprends nous à prier, comme Jean-Baptiste a appris a prier à ses disciples. Il leur répondit : " Quand vous priez dites : Père, ... » (Lc 11, 2 et Mt 6, 9).

Ce qui apparaît comme caractéristique de cette initiation est la familiarité de l'emploi du terme de Père. Le texte grec traduit vraisemblablement l'araméen "abba", lié à un sens très vif de la transcendance du Nom et de son rôle essentiel dans la prière. Il s'agit ici au sens strict d'une révélation.

    5. « Jésus disait : "Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson lui donnera un serpent au lieu d'un poisson ? Ou encore, s'il demande un oeuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. » (Lc 11, 11-13 et Mt 7, 9-11).

Matthieu parle de "bonnes choses", Luc de l'Esprit Saint. Le sens du texte est clair : même les hommes qui ont le coeur mauvais donnent de bonnes choses à leurs enfants, a fortiori Dieu en qui il n'y a aucun mal. Ce qui exprime la bonté infinie de Dieu et donne sens à sa reconnaissance et nomination comme Père.

    6. « Ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, et vous tourmentez pas. Tout cela, les païens le recherchent sans répit, mais vous, votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son royaume et le reste vous sera donné par surcroît. » (Lc 12, 30 et Mt 6, 32).

L'absence de souci est liée à la confiance faite en Dieu. Le titre de Père est lié à la générosité de Dieu et à sa bienveillance prévenante.

7.1.3 Textes propres à Luc ou à Matthieu

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    1. « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32)

Cette parole de Jésus souligne le bon plaisir de Dieu, son initiative prévenante dans l'accomplissement de la communauté qu'il s'est choisie pour être le lieu de son habitation. Le choix exprime la souveraineté de la décision en même temps que la bienveillance qui préside au choix. Cette attitude divine fonde la confiance de la communauté qui se sait faible et démunie.

    2. « Vous êtes la lumière du monde [...] Que votre lumière brille aux yeux des hommes pour qu'en voyant vos bonnes actions ils rendent grâce à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16).

La parole sur la lampe s'achève par une invitation à ce que la lumière rayonne. C'est une invitation à la communauté à participer à l'action du salut.

    3. « Gardez-vous de pratiquer vos aumônes devant les hommes pour attirer leurs regards. Sinon pas de récompense auprès de votre père qui est au cieux. [...] Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. [...] Quand tu pries, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui et là dans le secret. Et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. [...] Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave toi le visage, pour de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6, 2.6.18).

Le texte insiste sur la connaissance du Père à l'intime de la conscience. La recherche des honneurs auprès des hommes est critiquée par les reproches faits aux pharisiens. Le thème antagoniste est celui de la récompense qui vient de Dieu. La critique du comportement religieux actualise la prédication prophétique et les mises en garde des spirituels et des rabbins contre l'hypocrisie. Dans cet appel à la conscience, Dieu apparaît comme le père de chacun, tissant une relation de confiance.

    4. « Prenant la Parole Simon Pierre dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Reprenant la parole, Jésus lui dit : "Heureux es-tu Simon Barjonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux". » (Mt 16, 16).

La parole qui déclare Simon-Pierre heureux s'inscrit dans la tonalité d'ensemble d'action de grâce qui accompagne la mission de Jésus et sa reconnaissance par les disciples. Le terme important est celui de révélation. Dieu se révèle à Pierre en lui donnant de connaître l'identité de Jésus comme Fils.

    5. « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits, car je vous le dis, aux cieux leurs anges se tiennent sans cesse en présence de mon Père qui est aux cieux. [...] En vérité, je vous le déclare, il [le berger] en [retrouver la brebis perdue] a plus de joie que des quatre-vingt-dix-neuf qui de ne se sont pas égarées. Ainsi votre Père qui est aux cieux veut qu'aucun de ces petits de ne se perde » (Mt 18, 13).

Les paroles sont en faveur des tout-petits. Dieu veille sur eux, comme le pasteur. C'est la manière de Dieu qui se révèle ainsi comme Père, prévenant et d'autant plus attentif que la brebis - représentant le tout-petit - est fragile et menacée. C'est une parole qui dit l'intention du salut. Elle est liée à la paternité de Dieu.

    6. « Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mt 18, 19).

Dans cette parole de Jésus, Dieu ratifie une demande humaine et répond à une initiative. Dieu est un père qui répond à la demande et à l'appel des hommes qu'il aime. L'interprétation réserve le titre de Père pour les croyants. C'est dans la relation d'alliance que Dieu se manifeste comme père.

    7. « N'appelez personne sur la terre votre Père, car vous n'en avez qu'un seul, le Père céleste » (Mt 23, 9)

Cette parole insiste sur l'exclusivité de la paternité divine, manifestée par son rôle dans le salut. Elle invite à reconnaître la transcendance de Dieu dont le nom de ne doit pas être galvaudé.

7.2 Jésus invoque Dieu : « Père - Abba".

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Si Jésus parle de Dieu comme de son père, il fait davantage lorsqu'il l'invoque comme père. Là il vit une relation d'intimité et de confiance qui est d'un autre ordre qu'un discours sur. Dans la prière - et de manière éminente lors de la transfiguration - Jésus dévoile l'intime de son être, bien au-delà d'une fonction.

7.2.1 Prières de Jésus qui invoque Dieu comme Père

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    1. « [A Gethsémani] Jésus disait : "Abba, Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14,38).

L'originalité est dans l'emploi du mot araméen « Abba ». Le terme a plusieurs sens. Il y a là un trait caractéristique de Jésus ; l'emploi du terme dans le contexte de la Passion est aussi significatif du fait que ce terme exprime une relation particulièrement riche au plan de l'affectivité et de la richesse de l'être.

    2. « Père, pardonne-leur, ils de ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23, 34).

La prière de Jésus au moment de sa mise en croix est importante. La prière est ici à la hauteur de l'amour des ennemis dont parle le Sermon sur la Montagne. Mais il introduit une autre dimension : la rémission des péchés. L'objet de la prière de Jésus est la rémission des péchés.

    3. « Père, en tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46)

Cette prière accompagne la mort de Jésus. C'est une prière de confiance et non de déréliction. Cette prière exprime le coeur du mystère pascal : Jésus se donne à son Père. Il est aussi un modèle pour tous ceux qui meurent en remettant leur vie à Dieu.

7.2.2 L'emploi de l'expression "abba-père"

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Cet emploi a été présenté comme propre à Jésus. En effet, dans la liturgie et dans la prière personnelle, le juif pieux ne nomme pas Dieu au singulier. Il le considère comme le père de tout le peuple.

Aussi par rapport à cette désignation, la manière de Jésus apparaît exceptionnelle. Le fait d'appeler Dieu par le terme de Abba marque une originalité qui sera reprise ensuite dans la prière chrétienne telle que l'atteste saint Paul (Ga 4, 6 ; Rom 8, 15). L'usage de Abba pour nommer Dieu est donc spécifiquement chrétien comme le montrent de nombreux passages des Ecritures : Mc 14, 36 ; Lc 11, 2 ; Lc 11, 13 ; Lc 10, 21-22. De fait, le judaïsme officiel ignore l'expression.

Le terme de Abba a plusieurs sens. Le plus connu, papa, relève du parler des petits enfants. Le terme est alors un vocatif. Il exprime la confiance du tout-petit dans les bras de son père. Cet emploi est sans doute le premier et la racine de tout autre emploi. Mais d'autres emplois sont possibles.

L'expression araméenne a d'autres connotations. D'abord, elle est liée à un état emphatique pour reconnaître la dignité du père et son autorité. Abba c'est LE père ! Ensuite, elle est l'équivalent de mon père ou notre père.

7.2.3 L'événement fondateur

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Cette richesse de sens fait que l'expression n'est pas suffisante à elle seule. Il faut la référer à l'acte central du salut. La résurrection donne un sens nouveau à l'expression « abba-père ».

La résurrection est l'acte de Dieu qui surmonte la mort. Or l'expérience montre que l'amour humain le plus fort - celui des parents pour leur enfant - ne surmonte pas la mort. L'acte de résurrection manifeste un amour plus fort que la mort.

L'expression abba-père entendue à la lumière de la résurrection signifie que le lien entre Jésus et son Dieu est plus fort que la mort. Il est éclairé par l'amour et la fidélité de Dieu - au sens où nous l'avons vu dans les psaumes de l'espérance en la résurrection. La résurrection réalisée manifeste un lien que la mort de ne peut détruire.

Les psaumes de la résurrection apparaissent comme une prophétie de la résurrection de Jésus. L'attestation d'une place spéciale de Jésus. Il n'est donc pas fils comme le furent les patriarches ou les rois (David et Salomon), mais dans un sens nouveau et spécifique qui est dit par le ressuscité lui-même quand il dit à la représentante de l'humanité sauvée : « Mon père et votre père, mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17).

Un Père donne la vie. Or le don de la vie qui a lieu dans la résurrection n'est pas de l'ordre de la génération. Il est de l'ordre de la relation libre et réciproque. Il s'exprime par différentes images qui sont présentes dans la Bible, toutes liées à l'action de la sagesse de Dieu qui trace un plan et le réalise progressivement.

Or le don de la vie apparaît de manière maximale dans le fait de ressusciter Jésus d'entre les morts. C'est là un don de la vie au-delà de la mort et donc de l'ordre naturel la vie qui est marquée par la mort.

La résurrection manifeste que Jésus est vraiment ce qu'il dit : le Fils, non au sens messianique du terme, mais au sens plus radical de la co-éternité de Dieu, de la manifestation de Dieu comme la pensée de la pensée ou comme la parole qui exprime l'intime de l'être et le manifeste.

7.3 Jésus, Fils éternel du Père

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La théologie de l'Evangile de Jean radicalise l'emploi de l'expression Père par Jésus. Elle se comprend bien si l'on se souvient que Jean écrit son évangile avec le souci de bien montrer que celui qui agit est le ressuscité, de manière à montrer l'actualité de son action dans l'histoire. L'activité de Jésus se prolonge dans toute l'histoire.

La manière de Jean vient de l'union stricte de l'acte et de la parole. La parole explicite le sens de l'acte qui pourrait être interprété autrement. Il suffit ici de reprendre le mouvement du chapitre 5. Le récit de la guérison à la piscine de Bethesda est compris comme une révélation (v. 15). Jésus explicite le sens de son action en référence au Père, Dieu son père. Ce qu'il fait est l'oeuvre du Père et pas la sienne propre. Il de ne s'agit pas ici d'une obéissance extérieure mais de la manifestation d'un lien plus étroit qui est signifié par l'unité, la réciprocité et la fidélité.

7.3.1 L'unité

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    « Le Fils de ne peut rien faire de lui-même qu'il de ne le voie faire au Père. Ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement » (Jn 5, 19).

    « Je ne puis rien faire de moi-même [...], parce que je de ne cherche pas ma volonté. mais celle de celui qui m'a envoyé » (Jn 5, 30).

Jésus réfère son action à celle de Dieu-Père. Il obéit au Père. Il y a ainsi une parfaite unité entre le Père et le Fils. La polémique avec les autorités de Jérusalem (que Jean appelle « les Juifs ») invite à préciser cette unité d'action et d'être. cf. au chapitre 8 : « Je fais toujours ce qui plaît au Père » (Jn 8, 29) et « Je dis ce que j'ai vu chez mon Père » (8, 38).

7.3.2 La réciprocité

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Cette unité d'action est une unité d'être. Celle-ci est exprimée par la réciprocité. Il est classique de dire que le Père voit le Fils. Il est tout à fait original de dire que le Fils voit le Père. Compte tenu de ce qui a été dit plus haut sur la transcendance de Dieu, c'est une expression des plus hautes. Jésus se trouve en situation divine.

Cette réciprocité se dévoile dans la surabondance des effets de l'unité dans l'action ; Jésus accomplit ce qui est propre à Dieu : le jugement, la résurrection des morts et le don de la vie éternelle.

    « Le Père a donné au Fils le jugement tout entier » (Jn 5, 22).

    « Comme le Père ressuscite les morts et leur donne la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut » (Jn 5, 21).

    « Celui qui croit en celui qui m'a envoyé a la vie éternelle » (Jn 5, 24).

En ces trois capacités, le sens du mot Fils employé de manière absolue est devenu un nom de Dieu. Il faut donc dire Dieu-Fils et Dieu-Père. Le même Dieu !

7.3.3 La fidélité

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La notion de fidélité disait l'attitude de Dieu vis-à-vis du juste dans l'épreuve. Elle disait l'intimité et la profondeur du coeur. La résurrection a manifesté que cette intimité et cette profondeur n'était pas seulement une fonction temporaire, mais qu'elle avait une valeur ontologique. On doit donc dire que Jésus est Dieu par nature.

La résurrection manifeste la fidélité. La relation n'est pas d'un moment, ou pour une période bornée par le temps (avec commencement et fin) ; elle n'est pas limitée, elle est de toujours à toujours. Elle participe à l'éternité de Dieu.

La notion qui l'exprime est la notion de demeure. Ce verbe dit en effet que la relation n'est pas précaire. En ce sens Jésus dit : « Le Père est en moi et moi dans le Père » (Jn 10, 38).

Mais pour autant l'éternité n'est pas statique. Elle est inscrite dans le dynamisme du salut tel que l'exprime le prologue de Jean : « Le Fils est tourné vers le Père » (Jn 1, 1) et « Le Fils est dans le sein du Père » (1, 18) - expression à connotation maternelle !

Le Fils vient du Père ; il procède de lui. Il accomplit une mission où il dévoile son identité, la sienne et, corrélativement, celle de Dieu-Père. Mais il ne fait pas que se répandre, il revient au Père ; il est tourné vers lui. Il porte dans ce mouvement de retour toute la création.

7.3.4 Conclusion

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La foi chrétienne, à la lumière de la résurrection, donne un sens nouveau aux mots de père et de fils. C'est un accomplissement de ce qui était dit dans les Ecritures.

Comme le cristal reçoit la lumière de plusieurs sources, pour la restituer dans un éclat nouveau, ainsi l'événement de la résurrection reçoit son éclairage de plusieurs côtés de l'expérience croyante et le restitue dans un rayonnement meilleur.

En nous appuyant sur les paroles et les attitudes de Jésus, nous disons que Dieu et Père et Fils. Nous y ajoutons en outre l'Esprit, pour faire droit à l'action de Dieu dans le temps. La théologie chrétienne est liée à la conviction que l'acte révèle l'être ou comme le disent les théologiens : « La Trinité économique dévoile la Trinité immanente ».

 


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