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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Jean-Michel Maldamé op

    1. Le prologue

Le prologue donne le ton. L’image de la foi et de la raison comme deux ailes pour aller à Dieu est très classique. Elle est ici reprise pour faire image au début d’une analyse qui n’en restera pas au seul plan symbolique. L’image des ailes renoue avec une tradition ancienne qui parle d’élévation de l’esprit. L’inscription de la vie intellectuelle dans cet horizon marque la différence avec la manière dont procèdent les sciences de la nature qui s’occupent du sensible et du matériel, l’ici-bas. L’esprit est invité à la vie contemplative.«...deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité» dit le texte du prologue.

Le terme de vie contemplative est très ancien. Il marque la pensée grecque. Pour les grands philosophes grecs, éminemment Platon et Aristote, le but de la vie est la contemplation. S’arracher au multiple, au matériel, au répétitif pour accéder à ce qui est lumière et intelligence dans l’unité de l’esprit.

L’objet de la vie contemplative est ici défini comme vérité. C’est le maître mot de la lettre. Or tout de suite l’introduction affirme que la vérité, c’est Dieu. L’introduction distingue entre Dieu et la vérité, disant que de la vérité acquise par le labeur de l’homme mû par le désir de savoir est une quête de Dieu. Comment, pourquoi ? Tel est l’enjeu de la réponse à cette question. «Dieu a mis au coeur de l’homme le désir de connaître la vérité, et, au terme, de Le connaître lui-même, afin que Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même».

Les premières lignes articulent ainsi trois termes : Dieu, homme, vérité. L’ordre importe pour l’intelligence de la pensée de Jean-Paul II et pour manifester l’originalité du texte. Dieu a mis au coeur de l’homme le désir de connaître la vérité qui permet de le connaître. La connaissance de Dieu permet ensuite la connaissance de l’homme. Ce chemin est original. Pensons en effet aux programmes des cours de philosophie du baccalauréat tels qu’ils étaient écrits jusqu’aux années 70 où le programme mentionnait comme objet de la classe de philosophie, Dieu, l’homme et le monde, selon la division classique de l’enseignement héritée des pères Jésuites ; on commençait par le monde (les sciences de la nature), puis l’homme (la psychologie) et ensuite venait, plus abstraite la métaphysique.

Pour cette raison des philosophes ont reconnu que l’encyclique n’entrait pas dans la démarche philosophique. Par exemple dans le Figaro, André Comte-Sponville a noté que le propos du pape ne le concernait pas, car lui philosophe cherchait la vérité, tandis que le pape partait du principe qu’il la possédait par don de Dieu. La démarche de l’encyclique serait impertinente si elle ne s’adressait pas aux évêques. Quelle est la démarche ? Elle est dite par l’introduction qui permet de saisir l’ensemble de la démarche de la lettre.


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