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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Jean-Michel Maldamé op

    7. Les difficultés actuelles

Le chapitre suivant pointe quelques points particuliers qui caractérisent la situation actuelle. Ils demandent donc une attention toute particulière de la part des évêques dans l’exercice de leur charge pastorale.

L’encyclique ne se contente pas de relever quelques points ; elle développe le fondement de ce que l’on pourrait appeler une crise qui caractérise la modernité. Le point source de la difficulté est le divorce entre la raison et la foi. La raison a voulu se libérer de toute influence de la lumière venue de la révélation. Le résultat a été un conflit entre foi et raison - ce qui fonde l’athéisme - ou plus banalement la séparation entre les deux éléments qui pour cette raison se sont affaiblies. La foi a perdu sa force, la raison a perdu sa rigueur. Elle s’est étiolée ; elle s’est refermée sur un horizon qui ne correspond pas à la grandeur de l’homme. Pour cette raison, l’encyclique est un plaidoyer qui invite à valoriser et la foi et la raison, l’une et l’autre ensemble. «Le rapport actuel entre foi et raison demande un effort attentif de discernement, parce que la raison et la foi se sont toutes deux appauvries l’une en face de l’autre. La raison, privée de l’apport de la Révélation, a pris des sentiers latéraux qui risquent de lui faire perdre de vue son but final. La foi, privée de la raison, a mis l’accent sur le sentiment et l’expérience, en courant le risque de ne plus être une proposition universelle. Il est illusoire de penser que la foi, face à une raison faible, puisse avoir une force plus grande; au contraire, elle tombe dans le grand danger d’être réduite à un mythe ou à une superstition. De la même manière, une raison qui n’a plus une foi adulte en face d’elle n’est pas incitée à s’intéresser à la nouveauté et à la radicalité de l’être. On ne doit donc pas considérer comme hors de propos que je lance un appel fort et pressant pour que la foi et la philosophie retrouvent l’unité profonde qui les rend capables d’être en harmonie avec leur nature dans le respect de leur autonomie réciproque. A la “parrhèsia” de la foi doit correspondre l’audace de la raison.»

Le premier point est la crise du sens (§81) ; il en découle la nécessité pour la philosophie de retrouver une «dimension sapientielle de recherche du sens ultime et global du sens de la vie» (p. 128). La philosophie doit être explicitement métaphysique , «c’est-à-dire apte à transcender les données empiriques pour parvenir, dans sa recherche de la vérité, à quelque chose d’absolu, d’ultime et de fondateur» (§ 83, p. 130). Au nom de la métaphysique, la lettre dénonce l’éclectisme (§ 86), l’historicisme (§ 87), le scientisme (§ 88), le pragmatisme (§ 89), le nihilisme (§ 90).

Dans ce contexte, il résulte des conséquences pour la théologie. Elle doit expliciter le mystère de Dieu dans un langage qui soit fort et clair, empli de raison et liée à une philosophie de l’être et donc à la métaphysique qui voit le monde et la vie selon un ordre rationnel. «La philosophie de l’être, dans le cadre de la tradition métaphysique chrétienne, est une philosophie dynamique, qui voit la réalité dans ses structures ontologiques, causales et relationnelles» (§ 97, p. 151).

Les conséquences seront heureuses pour la catéchèse et l’enseignement : «La réflexion philosophique peut beaucoup contribuer à la clarification des rapports entre la vérité et la vie, entre l’événement et la vérité doctrinale, et surtout la relation entre la vérité transcendante et le langage humainement intelligible» (§ 99, p. 154). La conclusion est un appel à mettre en oeuvre la perspective pratique ainsi dégagée.


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