III - Saint Thomas, maître et modèle
«LHarmonie fondamentale de la connaissance philosophique et de la connaissance de la foi est confirmée une fois encore : la foi demande que son objet soit compris avec laide de la raison ; la raison, au sommet de sa recherche, admet comme nécessaire ce que présente la foi. Sur ce long chemin, saint Thomas occupe une place toute particulière» (§ 42, p. 68 - pagination de lédition de la Librairie du Vatican).
Le texte de lencyclique de Jean-Paul II comporte plusieurs citations explicites de saint Thomas dAquin (§ 13, p. 24 ; § 43, p. 68 ; § 44, p. 70 et 71 ; § 82, p. 129 ; ...). Labondance des citations signifie-t-elle une adhésion de Jean-Paul II à la pensée de saint Thomas ? Est-ce la conception de saint Thomas sur lharmonie entre foi chrétienne et raison naturelle que le pape entend promouvoir ? La question se pose aussi de savoir si, en faisant léloge de la métaphysique et en relevant les insuffisances de la pensée moderne, le pape ne privilégie pas une certaine philosophie. Si oui, est-ce celle de saint Thomas dAquin ?
Pour avancer dans la réflexion, il me semble opportun danalyser une formule classique qui dit que saint Thomas dAquin est «un maître et un modèle». Elle est présente dans lencyclique qui dit que saint Thomas est maître et modèle : «Saint Thomas a toujours été proposé à juste titre comme un maître de pensée et le modèle dune façon correcte de faire de la théologie» (§ 43, p. 69). Les termes de maître et de modèle ne sont pas équivalents. Dire que saint Thomas est un modèle le considère dans son temps. Le qualifier de modèle signifie que lon admire ce que saint Thomas a fait et quon sinspire de son exemple pour faire autre chose, puisque le temps présent ne saurait se confondre avec le temps passé. Léloge contenu dans lemploi du mot «modèle» signifie que la méthode de Thomas dAquin est toujours actuelle. Par contre, dire que saint Thomas est un «maître» signifie que ce nest pas seulement la manière de Thomas dAquin quil convient de mettre en oeuvre, mais sa pensée. Ses options fondamentales et ses conclusions, doivent être tenues pour vraies. Vraies en leur temps, elles le sont aujourdhui et toujours.
Lanalyse de lexpression «maître et modèle» demande à être menée avec rigueur. En effet, la conjonction «et» pourrait sentendre comme une addition : il est un modèle et aussi un maître, modèle donc en sa manière et en sa doctrine. Elle pourrait introduire une nuance : il est un maître, mais aussi un modèle - ce qui signifie que lon peut légitimement prendre un autre point de vue et le contredire. Doù notre question à partir de la citation faite plus haut : comment entendre la référence à saint Thomas ? Si personne dans lEglise ne conteste que saint Thomas est un modèle, beaucoup le refusent comme maître. Lencyclique propose-t-elle saint Thomas pour maître ? Si oui, en quel sens ?
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