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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    1. Lire Aristote

La chrétienté médiévale est entrée dans un long sommeil dû à l’effondrement de la culture sous le choc de ceux qu’il est convenu d’appeler des barbares - nos ancêtres, les Francs et les Germains ! Quelques rares textes des Anciens avaient survécu. Le mouvement d’échange avec l’Orient qui a accompagné les croisades, l’essor économique qui a commencé au douzième siècle et les fondations d’écoles et de centres d’études ont permis un essor intellectuel, lié à la lecture des Anciens. Là où on lisait des fragments, on a pu lire des textes entiers.

Dans ce mouvement intellectuel, les textes d’Aristote ont pu être diffusés. D’abord Aristote en tant que maître de logique, puis Aristote comme maître de sciences naturelles et enfin Aristote comme maître en philosophie. Ces trois aspects de l’oeuvre d’Aristote bouleversaient la vision du monde.

Face à ce bouleversement, on retrouve une attitude hélas universelle : la peur. Aussi il n’est pas étonnant que les textes d’Aristote ait été interdits par l’autorité ecclésiale, considérant que la lecture de cet auteur païen était dangereuse pour la foi. Il fut donc un temps où lire Aristote dans le cadre universitaire était un acte subversif ! Lire ne signifiait pas seulement ouvrir un livre et le comprendre, mais bien commenter et donc actualiser sa pensée. Si on s’en inspire, c’est que l’on considère qu’il apporte une vérité. Dans le climat de la chrétienté marquée par la tradition augustinienne, lire Aristote, c’était faire droit à un auteur païen et donc assumer des thèses qui contredisaient l’enseignement habituel de l’Eglise. De fait, les entrées d’Aristote ont bouleversé les méthodes d’enseignement, les habitudes intellectuelles et les perspectives les plus traditionnelles.

Reconnaître que saint Thomas a lu Aristote revient donc à honorer une attitude qui rompait avec une certaine manière de concevoir la tradition et l’autorité des Pères. Prendre saint Thomas pour modèle, c’est adopter une attitude anti-dogmatique. C’est prendre le parti de savoir que la vérité n’est pas enclose dans un corpus de texte qui font partie de l’héritage reçu, pour reconnaître que la vérité n’est le monopole de personne et qu’il convient donc de prendre partout la vérité, fut-ce chez un païen. Quoi de moins sectaire et de plus conforme à la tradition ? L’encyclique le reconnaît :

    «Intimement convaincu que “omne verum a quocumque dicatur a Spiritu Sancto est” (“toute vérité dite par qui que ce soit vient de l’Esprit Saint”), saint Thomas aima la vérité de manière désintéressée. Il la chercha partout où elle pouvait se manifester, en mettant le plus possible en évidence son universalité. En lui, le Magistère de l’Eglise a reconnu et apprécié la passion pour la vérité ; sa pensée, précisément parce qu’elle s’est toujours maintenue dans la perspective de la vérité universelle, objective et transcendante, a atteint “des sommets auxquels l’intelligence humaine n’aurait jamais pu penser”. C’est donc avec raison qu’il peut être défini comme “apôtre de la vérité”. Précisément parce qu’il cherchait la vérité sans réserve, il sut, dans son réalisme, en reconnaître l’objectivité. Sa philosophie est vraiment celle de l’être et non du simple apparaître.» (§ 44, p. 72).


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