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La chrétienté médiévale est entrée dans un long sommeil dû à leffondrement de la culture sous le choc de ceux quil est convenu dappeler des barbares - nos ancêtres, les Francs et les Germains ! Quelques rares textes des Anciens avaient survécu. Le mouvement déchange avec lOrient qui a accompagné les croisades, lessor économique qui a commencé au douzième siècle et les fondations décoles et de centres détudes ont permis un essor intellectuel, lié à la lecture des Anciens. Là où on lisait des fragments, on a pu lire des textes entiers. Dans ce mouvement intellectuel, les textes dAristote ont pu être diffusés. Dabord Aristote en tant que maître de logique, puis Aristote comme maître de sciences naturelles et enfin Aristote comme maître en philosophie. Ces trois aspects de loeuvre dAristote bouleversaient la vision du monde. Face à ce bouleversement, on retrouve une attitude hélas universelle : la peur. Aussi il nest pas étonnant que les textes dAristote ait été interdits par lautorité ecclésiale, considérant que la lecture de cet auteur païen était dangereuse pour la foi. Il fut donc un temps où lire Aristote dans le cadre universitaire était un acte subversif ! Lire ne signifiait pas seulement ouvrir un livre et le comprendre, mais bien commenter et donc actualiser sa pensée. Si on sen inspire, cest que lon considère quil apporte une vérité. Dans le climat de la chrétienté marquée par la tradition augustinienne, lire Aristote, cétait faire droit à un auteur païen et donc assumer des thèses qui contredisaient lenseignement habituel de lEglise. De fait, les entrées dAristote ont bouleversé les méthodes denseignement, les habitudes intellectuelles et les perspectives les plus traditionnelles. Reconnaître que saint Thomas a lu Aristote revient donc à honorer une attitude qui rompait avec une certaine manière de concevoir la tradition et lautorité des Pères. Prendre saint Thomas pour modèle, cest adopter une attitude anti-dogmatique. Cest prendre le parti de savoir que la vérité nest pas enclose dans un corpus de texte qui font partie de lhéritage reçu, pour reconnaître que la vérité nest le monopole de personne et quil convient donc de prendre partout la vérité, fut-ce chez un païen. Quoi de moins sectaire et de plus conforme à la tradition ? Lencyclique le reconnaît : «Intimement convaincu que omne verum a quocumque dicatur a Spiritu Sancto est (toute vérité dite par qui que ce soit vient de lEsprit Saint), saint Thomas aima la vérité de manière désintéressée. Il la chercha partout où elle pouvait se manifester, en mettant le plus possible en évidence son universalité. En lui, le Magistère de lEglise a reconnu et apprécié la passion pour la vérité ; sa pensée, précisément parce quelle sest toujours maintenue dans la perspective de la vérité universelle, objective et transcendante, a atteint des sommets auxquels lintelligence humaine naurait jamais pu penser. Cest donc avec raison quil peut être défini comme apôtre de la vérité. Précisément parce quil cherchait la vérité sans réserve, il sut, dans son réalisme, en reconnaître lobjectivité. Sa philosophie est vraiment celle de lêtre et non du simple apparaître.» (§ 44, p. 72). |