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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    2. Débattre avec les philosophes

Une des difficultés de la lecture d’Aristote venait du fait qu’il était connu par l’intermédiaire d’un certain nombre d’auteurs médiévaux qui avaient mêlés à la pensée d’Aristote leurs propres conceptions de Dieu, de la nature, de la vie et de l’homme.

Thomas d’Aquin s’est donc trouvé devant la difficulté d’accéder à un texte d’Aristote qui soit sûr. Sur ce point, Thomas d’Aquin a évité les difficultés sur lesquelles avaient buté son maître Albert le Grand qui avait suivi un texte défectueux, mêlant des thèmes platoniciens à l’enseignement d’Aristote.

De ce point de vue, la méthode de saint Thomas fonde l’exigence universitaire, soucieuse de retrouver la pensée du maître dans sa pureté. C’est au nom d’Aristote que saint Thomas a critiqué ses Commentateurs, se fondant sur une critique à la fois externe (en cherchant des traductions plus fidèles) et interne (en retrouvant la logique et la cohérence d’une pensée). La controverse avec les philosophes arabes (Averroès et Avicenne) ou juifs (Maïmonide) devient dans cet esprit un dialogue.

Il importe alors de relever la manière dont saint Thomas s’est constamment enrichi de la pensée des autres. L’encyclique le reconnaît.

    «Saint Thomas occupe une place toute particulière, non seulement pour le contenu de sa doctrine, mais aussi pour le dialogue qu’il sut instaurer avec la pensée arabe et la pensée juive de son temps. A une époque où les penseurs chrétiens redécouvraient les trésors de la philosophie antique, et plus directement aristotélicienne, il eut le grand mérite de mettre au premier plan l’harmonie qui existe entre la raison et la foi. La lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu, expliquait-il ; c’est pourquoi elles ne peuvent se contredire.» (§ 43, p. 68).

Pour cette raison, la spécificité théologique de l’oeuvre de saint Thomas n’abolit pas la valeur philosophique de son oeuvre, puisque la raison naturelle est respectée, même si elle apparaît dans un contexte d’enseignement basé en grande partie sur l’argument d’autorité.


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