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Une des difficultés de la lecture dAristote venait du fait quil était connu par lintermédiaire dun certain nombre dauteurs médiévaux qui avaient mêlés à la pensée dAristote leurs propres conceptions de Dieu, de la nature, de la vie et de lhomme. Thomas dAquin sest donc trouvé devant la difficulté daccéder à un texte dAristote qui soit sûr. Sur ce point, Thomas dAquin a évité les difficultés sur lesquelles avaient buté son maître Albert le Grand qui avait suivi un texte défectueux, mêlant des thèmes platoniciens à lenseignement dAristote. De ce point de vue, la méthode de saint Thomas fonde lexigence universitaire, soucieuse de retrouver la pensée du maître dans sa pureté. Cest au nom dAristote que saint Thomas a critiqué ses Commentateurs, se fondant sur une critique à la fois externe (en cherchant des traductions plus fidèles) et interne (en retrouvant la logique et la cohérence dune pensée). La controverse avec les philosophes arabes (Averroès et Avicenne) ou juifs (Maïmonide) devient dans cet esprit un dialogue. Il importe alors de relever la manière dont saint Thomas sest constamment enrichi de la pensée des autres. Lencyclique le reconnaît. «Saint Thomas occupe une place toute particulière, non seulement pour le contenu de sa doctrine, mais aussi pour le dialogue quil sut instaurer avec la pensée arabe et la pensée juive de son temps. A une époque où les penseurs chrétiens redécouvraient les trésors de la philosophie antique, et plus directement aristotélicienne, il eut le grand mérite de mettre au premier plan lharmonie qui existe entre la raison et la foi. La lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu, expliquait-il ; cest pourquoi elles ne peuvent se contredire.» (§ 43, p. 68). Pour cette raison, la spécificité théologique de loeuvre de saint Thomas nabolit pas la valeur philosophique de son oeuvre, puisque la raison naturelle est respectée, même si elle apparaît dans un contexte denseignement basé en grande partie sur largument dautorité. |