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Pour saint Thomas, largument dautorité ne suffit pas, parce quil ne répond pas au voeu de lintelligence. Il faut pour répondre au voeu de lintelligence recourir aux raisons. Pour le comprendre nous pouvons citer quelques textes de saint Thomas, où il justifie sa méthode : «Lorsque le débat est un débat décole, magistral, non pour rejeter une erreur, mais pour instruire les auditeurs et les conduire jusquà lintelligence de la vérité quon enseigne ; alors, il faut sappuyer sur des raisons qui recherchent la racine de la vérité, qui fassent savoir comment est vrai ce qui est dit. Autrement, si le maître détermine une question par des autorités nues, lauditeur sera certes assuré que la chose est ainsi, mais il nacquerra rien en fait de science et dintelligence, et il sen ira vide» (Quodlibet IV, a. 3, n. 18 - traduction française dans la préface de la Somme théologique, Paris, éditions du Cerf, 1984.). Lautorité de largument ne suffit pas. Il faut que la conclusion soit établie en raison, démontrée au sens de la logique aristotélicienne. Cette attitude vaut même pour lEcriture, dont saint Thomas dit que linterprétation doit reposer sur le sens littéral, lié au sens naturel des mots. Cette méthode amène à lire de manière critique les textes faisant autorité. Ainsi lorsquil lit saint Augustin, saint Thomas distingue entre la vérité de foi quil enseigne et la philosophie qui le caractérisait - en loccurrence la philosophie platonicienne. Il pouvait donc honorer saint Augustin et récuser la philosophie qui présidait à la mise en oeuvre de sa pensée. Le travail de la raison consiste donc pour saint Thomas à penser et à repenser ce qui a été dit par dautres avant lui. «Consulter les auteurs antérieurs est nécessaire pour éclairer la question et éclaircir les doutes. De même quau tribunal on ne peut prononcer de jugement sans avoir entendu les raisons des deux parties, de même celui qui soccupe de philosophie arrivera plus facilement à une solution, sil connaît la pensée et les doutes de divers auteurs» (III Métaph., lec. 1). Une telle attitude valorise la raison qui est le bien commun de lhumanité. La méthode consiste donc à écouter les auteurs anciens : «Quiconque veut sonder la vérité est aidé de deux manières par les autres. Nous recevons un secours direct de ceux qui ont déjà trouvé la vérité. Si chacun des penseurs antérieurs a trouvé une parcelle de vérité, ces trouvailles, réunies en un tout, sont pour le chercheur qui vient après eux, un moyen puissant darriver à une connaissance plus compréhensive de la vérité. Les penseurs sont, en outre, aidés indirectement par leurs prédécesseurs en ce que les erreurs de ceux-ci fournissent aux autres loccasion de découvrir la vérité par une réflexion plus sérieuse. Il convient donc que nous soyons reconnaissants à tous ceux qui nous ont aidés à conquérir le bien de la vérité» (II Metaph., lec. 1). Cette méthode est universelle, aussi, pour saint Thomas, la lecture des auteurs non-chrétiens est nécessaire au chrétien en quête de vérité, parce quil peut apprendre deux. Ainsi, pour se justifier auprès des religieux qui lui reprochaient de puiser dans Aristote, il écrit à son propos ce qui vaut aussi pour les philosophes arabes : «Peu importe ce qua pensé un philosophe, cest la vérité, cest ce qui est, ce que nous devons chercher en lui.» (ibid.). On entre ainsi dans le débat qui caractérise la vie universitaire. Le débat doit être conduit de manière à accueillir ce que dit ladversaire, car cest grâce à lui que lon avance : «Si quelquun veut écrire contre mes solutions, il me sera très agréable. Il nest, en effet, aucune meilleure manière de découvrir la vérité et de réfuter lerreur que davoir à se défendre contre les opposants. [...] Il faut aimer lun et lautre, celui dont nous adoptons lopinion et celui dont nous nous séparons ; car lun et lautre sappliquèrent à la recherche de la vérité, et lun et lautre sont nos collaborateurs» (XII Métaph., lec. 9). Le dialogue des philosophes sinscrit enoutre dans un processus de progrès : «Il est naturel à lesprit humain darriver par degrés de limparfait au parfait. Cest pourquoi nous voyons dans les sciences spéculatives que ceux qui ont philosophé les premiers ont laissé des résultats imparfaits, qui ont ensuite été rendus plus parfaits par leurs successeurs» (Somme de théologie, Ia IIae, q. 97, a. 1). |