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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    3. L’activité de l’enseignant

Pour saint Thomas, l’argument d’autorité ne suffit pas, parce qu’il ne répond pas au voeu de l’intelligence. Il faut pour répondre au voeu de l’intelligence recourir aux raisons. Pour le comprendre nous pouvons citer quelques textes de saint Thomas, où il justifie sa méthode : «Lorsque le débat est un débat d’école, “magistral”, non pour rejeter une erreur, mais pour instruire les auditeurs et les conduire jusqu’à l’intelligence de la vérité qu’on enseigne ; alors, il faut s’appuyer sur des raisons qui recherchent la racine de la vérité, qui fassent savoir comment est vrai ce qui est dit. Autrement, si le maître détermine une question par des autorités nues, l’auditeur sera certes assuré que la chose est ainsi, mais il n’acquerra rien en fait de science et d’intelligence, et il s’en ira vide» (Quodlibet IV, a. 3, n. 18 - traduction française dans la préface de la Somme théologique, Paris, éditions du Cerf, 1984.). L’autorité de l’argument ne suffit pas. Il faut que la conclusion soit établie en raison, démontrée au sens de la logique aristotélicienne. Cette attitude vaut même pour l’Ecriture, dont saint Thomas dit que l’interprétation doit reposer sur le sens littéral, lié au sens naturel des mots.

Cette méthode amène à lire de manière critique les textes faisant autorité. Ainsi lorsqu’il lit saint Augustin, saint Thomas distingue entre la vérité de foi qu’il enseigne et la philosophie qui le caractérisait - en l’occurrence la philosophie platonicienne. Il pouvait donc honorer saint Augustin et récuser la philosophie qui présidait à la mise en oeuvre de sa pensée.

Le travail de la raison consiste donc pour saint Thomas à penser et à repenser ce qui a été dit par d’autres avant lui. «Consulter les auteurs antérieurs est nécessaire pour éclairer la question et éclaircir les doutes. De même qu’au tribunal on ne peut prononcer de jugement sans avoir entendu les raisons des deux parties, de même celui qui s’occupe de philosophie arrivera plus facilement à une solution, s’il connaît la pensée et les doutes de divers auteurs» (III Métaph., lec. 1). Une telle attitude valorise la raison qui est le bien commun de l’humanité.

La méthode consiste donc à écouter les auteurs anciens : «Quiconque veut sonder la vérité est aidé de deux manières par les autres. Nous recevons un secours direct de ceux qui ont déjà trouvé la vérité. Si chacun des penseurs antérieurs a trouvé une parcelle de vérité, ces trouvailles, réunies en un tout, sont pour le chercheur qui vient après eux, un moyen puissant d’arriver à une connaissance plus compréhensive de la vérité. Les penseurs sont, en outre, aidés indirectement par leurs prédécesseurs en ce que les erreurs de ceux-ci fournissent aux autres l’occasion de découvrir la vérité par une réflexion plus sérieuse. Il convient donc que nous soyons reconnaissants à tous ceux qui nous ont aidés à conquérir le bien de la vérité» (II Metaph., lec. 1). Cette méthode est universelle, aussi, pour saint Thomas, la lecture des auteurs non-chrétiens est nécessaire au chrétien en quête de vérité, parce qu’il peut apprendre d’eux. Ainsi, pour se justifier auprès des religieux qui lui reprochaient de puiser dans Aristote, il écrit à son propos ce qui vaut aussi pour les philosophes arabes : «Peu importe ce qu’a pensé un philosophe, c’est la vérité, c’est ce qui est, ce que nous devons chercher en lui(ibid.).

On entre ainsi dans le débat qui caractérise la vie universitaire. Le débat doit être conduit de manière à accueillir ce que dit l’adversaire, car c’est grâce à lui que l’on avance : «Si quelqu’un veut écrire contre mes solutions, il me sera très agréable. Il n’est, en effet, aucune meilleure manière de découvrir la vérité et de réfuter l’erreur que d’avoir à se défendre contre les opposants. [...] Il faut aimer l’un et l’autre, celui dont nous adoptons l’opinion et celui dont nous nous séparons ; car l’un et l’autre s’appliquèrent à la recherche de la vérité, et l’un et l’autre sont nos collaborateurs» (XII Métaph., lec. 9).

Le dialogue des philosophes s’inscrit enoutre dans un processus de progrès : «Il est naturel à l’esprit humain d’arriver par degrés de l’imparfait au parfait. C’est pourquoi nous voyons dans les sciences spéculatives que ceux qui ont philosophé les premiers ont laissé des résultats imparfaits, qui ont ensuite été rendus plus parfaits par leurs successeurs» (Somme de théologie, Ia IIae, q. 97, a. 1).


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