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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    1. La valeur de la raison

1. Les textes cités plus haut ont montré la manière de saint Thomas. Elles attestent que saint Thomas avait une grande estime de la raison. On a pu parler d’un intellectualisme de saint Thomas. Au-delà de l’ambiguïté du terme qui comme tous les mots qui finissent par «-isme» est péjoratif, il est clair que pour saint Thomas la valeur de l’homme vient de son intelligence. C’est par l’intelligence que l’homme est supérieur aux animaux. L’intelligence de l’homme est en effet ouverte sur l’infini et sur la gratuité.

La raison n’est pas toute l’intelligence. Elle désigne la fonction discursive de l’intelligence distinguée de sa fonction intuitive. La raison est la puissance de l’intelligence conduisant un processus d’abstraction et ensuite de progression d’une vérité à une autre, par un enchaînement rigoureux, appelé raisonnement.

Le mot raison s’emploie en un autre sens. Les raisons sont des vérités sur lesquelles on s’appuie pour avancer dans la pensée, pour en démontrer ou en découvrir d’autres.

2. Cette estime de la raison est fondée sur une philosophie où apparaît une conviction qui joue dans la pensée de Thomas d’Aquin un rôle important ; pour lui le réel est pénétré de raison. Les choses ne constituent pas un chaos, mais selon la tradition grecque un kosmos, un tout ordonné et sensé. La raison est donc à l’intime des choses. Le mot logos convient ici pour dire que l’esprit de l’homme désire atteindre l’intelligibilité et la nature même des êtres. En ce sens saint Thomas hérite de l’optimisme de la pensée grecque. L’encyclique le reconnaît en des termes explicites.

    «Plus radicalement, Thomas reconnaît que la nature, objet propre de la philosophie, peut contribuer à la compréhension de la révélation divine. La foi ne craint donc pas la raison, mais elle la rechercher et elle s’y fie. De même que la grâce suppose la nature et la porte à son accomplissement, ainsi la foi suppose et perfectionne la raison. Cette dernière, éclairée par la foi, est libérée des fragilités et des limites qui proviennent de la désobéissance du péché, et elle trouve la force nécessaire pour s’élever jusqu’à la connaissance du mystère de Dieu Un et Trine. Tout en soulignant avec force le caractère surnaturel de la foi, le Docteur Angélique n’a pas oublié la valeur de sa rationalité ; il a su au contraire creuser plus profondément et préciser le sens de cette rationalité. En effet, la foi est en quelque sorte “un exercice de la pensée” ; la raison de l’homme n’est ni anéantie ni humiliée lorsqu’elle donne son assentiment au contenu de la foi ; celui-ci est toujours atteint par un choix libre et conscient. C’est pour ce motif que saint Thomas a toujours été proposé à juste titre par l’Eglise comme un maître de pensée et le modèle d’une façon correcte de faire la théologie» (§ 43, p. 70).

3. Une telle position implique une conception du rôle de la raison : l’intelligence est une capacité de saisir le réel. Le labeur de l’intelligence n’est pas vain. Il permet une pénétration de l’intime de la réalités, selon l’étymologie qu’il donne du mot intelligence : intus-legere. Lire à l’intime de la réalité, c’est-à-dire percer les apparences qui peuvent être trompeuses.

La philosophie de la connaissance est ainsi résolument confiante : ce qui est vu, c’est ce qui se donne à voir et donc ce qui est compris, c’est son être et pas seulement son apparence. Sur ce point le rationalisme de saint Thomas correspond à une science certaine d’elle-même. Les sens portent à l’esprit une information qui par la médiation de l’abstraction permettent d’accéder à la réalité même. La vérité est adaequatio rei et intellectus.

Une telle philosophie optimiste permet de comprendre la manière dont la théologie est construite : comme une oeuvre de la raison qui argumente et qui, grâce à l’argumentation, pénètre plus avant dans la compréhension de ce que Dieu a révélé.


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