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1. Les textes cités plus haut ont montré la manière de saint Thomas. Elles attestent que saint Thomas avait une grande estime de la raison. On a pu parler dun intellectualisme de saint Thomas. Au-delà de lambiguïté du terme qui comme tous les mots qui finissent par «-isme» est péjoratif, il est clair que pour saint Thomas la valeur de lhomme vient de son intelligence. Cest par lintelligence que lhomme est supérieur aux animaux. Lintelligence de lhomme est en effet ouverte sur linfini et sur la gratuité. La raison nest pas toute lintelligence. Elle désigne la fonction discursive de lintelligence distinguée de sa fonction intuitive. La raison est la puissance de lintelligence conduisant un processus dabstraction et ensuite de progression dune vérité à une autre, par un enchaînement rigoureux, appelé raisonnement. Le mot raison semploie en un autre sens. Les raisons sont des vérités sur lesquelles on sappuie pour avancer dans la pensée, pour en démontrer ou en découvrir dautres. 2. Cette estime de la raison est fondée sur une philosophie où apparaît une conviction qui joue dans la pensée de Thomas dAquin un rôle important ; pour lui le réel est pénétré de raison. Les choses ne constituent pas un chaos, mais selon la tradition grecque un kosmos, un tout ordonné et sensé. La raison est donc à lintime des choses. Le mot logos convient ici pour dire que lesprit de lhomme désire atteindre lintelligibilité et la nature même des êtres. En ce sens saint Thomas hérite de loptimisme de la pensée grecque. Lencyclique le reconnaît en des termes explicites. «Plus radicalement, Thomas reconnaît que la nature, objet propre de la philosophie, peut contribuer à la compréhension de la révélation divine. La foi ne craint donc pas la raison, mais elle la rechercher et elle sy fie. De même que la grâce suppose la nature et la porte à son accomplissement, ainsi la foi suppose et perfectionne la raison. Cette dernière, éclairée par la foi, est libérée des fragilités et des limites qui proviennent de la désobéissance du péché, et elle trouve la force nécessaire pour sélever jusquà la connaissance du mystère de Dieu Un et Trine. Tout en soulignant avec force le caractère surnaturel de la foi, le Docteur Angélique na pas oublié la valeur de sa rationalité ; il a su au contraire creuser plus profondément et préciser le sens de cette rationalité. En effet, la foi est en quelque sorte un exercice de la pensée ; la raison de lhomme nest ni anéantie ni humiliée lorsquelle donne son assentiment au contenu de la foi ; celui-ci est toujours atteint par un choix libre et conscient. Cest pour ce motif que saint Thomas a toujours été proposé à juste titre par lEglise comme un maître de pensée et le modèle dune façon correcte de faire la théologie» (§ 43, p. 70). 3. Une telle position implique une conception du rôle de la raison : lintelligence est une capacité de saisir le réel. Le labeur de lintelligence nest pas vain. Il permet une pénétration de lintime de la réalités, selon létymologie quil donne du mot intelligence : intus-legere. Lire à lintime de la réalité, cest-à-dire percer les apparences qui peuvent être trompeuses. La philosophie de la connaissance est ainsi résolument confiante : ce qui est vu, cest ce qui se donne à voir et donc ce qui est compris, cest son être et pas seulement son apparence. Sur ce point le rationalisme de saint Thomas correspond à une science certaine delle-même. Les sens portent à lesprit une information qui par la médiation de labstraction permettent daccéder à la réalité même. La vérité est adaequatio rei et intellectus. Une telle philosophie optimiste permet de comprendre la manière dont la théologie est construite : comme une oeuvre de la raison qui argumente et qui, grâce à largumentation, pénètre plus avant dans la compréhension de ce que Dieu a révélé. |