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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    1. La décision de Léon XIII

Une date importante qui sert de référence au développement de la pensée du pape Jean-Paul II est la décision de son prédécesseur Léon XIII de faire de saint Thomas le «docteur commun» de l’Eglise. Cet acte est fondateur. Il demande une attention particulière, car il continue d’exercer aujourd’hui une influence. C’est à partir de cette décision que se comprend bien l’encyclique.

    «Par son encyclique Aeterni Patris, le pape Léon XIII a accompli un pas d’une réelle portée historique pour la vie de l’Eglise. Jusqu’à ce jour, ce texte a été l’unique document pontifical de ce niveau consacré entièrement à la philosophie. Ce grand Pontife a repris et développé l’enseignement du Concile Vatican I sur les rapports entre la foi et la raison, montrant que la pensée philosophique est une contribution fondamentale pour la foi et pour la science théologique. A plus d’un siècle de distance, de nombreux éléments contenus dans ce texte n’ont rien perdu de leur intérêt du point de vue tant pratique que pédagogique ; le premier entre tous est relatif à l’incomparable valeur de saint Thomas. Proposer à nouveau la doctrine du Docteur Angélique apparaissait au pape Léon XIII comme la meilleure voie pour retrouver un usage de la philosophie conforme aux exigences de la foi. Saint Thomas, écrivait-il, “au moment où, comme il convient, il distingue parfaitement la foi de la raison, les unit toutes deux par des liens d’amitié réciproque ; il conserve à chacune ses droits propres et en sauvegarde la dignité”» (§ 57, p. 92).

Il n’est pas question de redire ici l’histoire de l’Eglise. Mais il importe de voir que la décision de Léon XIII était novatrice. En effet le dix-neuvième siècle fut un siècle où le christianisme européen a connu une situation paradoxale ; il a été purifié par la Révolution française et l’essor d’une culture laïque. Il a bénéficié de cette purification par une générosité sans précédent dans la fondation des congrégations religieuses, dans l’élan missionnaire qui l’a caractérisé au dehors - dans les missions étrangères - et au dedans - dans les missions de l’intérieur. Mais ce catholicisme était dominé par le piétisme et le fidéisme. Il était marqué par une grave carence intellectuelle. Cette carence avait pour effet de fragiliser toutes ses avancées qui, faute d’une pensée solide, s’érodaient vite.


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