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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    1. Une pensée anti-moderne

Les analyses de l’encyclique relèvent que Jean-Paul II y reprend certains aspects du thomisme anti-moderne. Ils soulignent qu’il n’y a pas dans l’encyclique le moindre éloge de la pensée moderne. Il n’y a pas dans l’encyclique d’éloge de la modernité caractérisée pourtant par l’usage de la raison donnant naissance à l’essor des connaissances et à la puissance que l’homme a acquise pour conquérir le monde et l’espace, faire reculer la mortalité infantile, mieux relier les hommes entre eux, inventorier le patrimoine culturel et spirituel de l’humanité. Le projet de civilisation mondial lié à l’oeuvre de la raison scientifique est toujours considéré dans son ambiguïté. Cette attitude est liée à une nostalgie de la chrétienté.

    «Il ne faut pas oublier que dans la culture moderne, le rôle même de la philosophie a fini par changer. De sagesse et de savoir universel qu’elle était, elle a été progressivement réduite à n’être qu’un des nombreux domaines du savoir humain, bien plus, par certains aspects, elle a été cantonnée dans un rôle totalement marginal. Entre temps, d’autres formes de rationalité de sont affirmées avec toujours plus de vigueur mettant en évidence la marginalité du savoir philosophique. Au lieu d’être tournées vers la contemplation de la vérité et la recherche de la fin dernière et du sens de la vie, ces formes de rationalité tendent - ou au moins peuvent tendre - à être une “raison fonctionnelle” au service de fins utilitaristes, de possession ou de pouvoir.» (§ 47, p. 75)

On est donc de ce fait dans une ambiance qui ne correspond pas à l’optimisme de saint Thomas d’Aquin face à l’essor des sciences, des techniques, de la pensée rationnelle. C’est une tonalité qui est celle de l’augustinisme. La tonalité est celle de la défiance. Les critiques ont trouvé confirmation en analysant les références aux déclarations pontificales antérieures ; le pape cite en effet des textes pontificaux anti-modernistes (§ 54, p. 86) ; il cite l’encyclique Humani generis de Pie XII, qui est un des le plus anti-modernes se ce pontificat (§ 54, p. 86) - condamnation des jésuites de Lyon-Fourvière (parmi lesquels H. de Lubac), condamnation de Teilhard de Chardin,.... Il se réfère aux récentes condamnations des théologies de la libération et aux décisions contre les théologiens allemands et nord-américains (§ 54, p. 87). Il cite aussi Splendor Veritatis dont une partie condamne les recherches morales des théologiens nord-américians. Le pape participe ainsi de la manière dont l’Eglise de Rome se situe depuis l’âge des Lumières, en faisant le procès de ce que l’on appelle la sécularisation.

L’analyse des causes remonte très haut ; elle trouve la source du mal dès le quatorzième siècle ! sitôt après l’épanouissement de la théologie scolastique :

«A partir de la fin du Moyen Âge, toutefois, la légitime distinction entre les deux savoirs se transforma progressivement en une séparation néfaste. A cause d’un esprit essentiellement rationaliste, présent chez quelques penseurs, les positions se radicalisèrent, au point d’arriver en fait à une philosophie séparée et absolument autonome vis-à-vis du contenu de la foi.» (§ 45 p. 73).

Saint Thomas est-il un sommet en suite de quoi rien n’a été fait qui vaille vraiment ? Les philosophes de l’Université française ont récusé cette affirmation. Est-elle la seule qui dise l’attitude personnelle du pape en la matière ?


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