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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    2. La nécessité de développer l’intelligence de la foi

La référence à saint Thomas joue pour le pape un autre rôle. Elle fonde un éloge de la raison. Par le fait même elle assume l’exigence d’un travail scientifique dans la foi. Elle arrache donc la pensée chrétienne à la tentation récurrente du fidéisme ou du piétisme. Elle est donc en ce sens très utile face aux équivoques des nouvelles spiritualités et mouvements religieux émotionnels, où l’affectif l’emporte sur le souci de comprendre et sur l’exigence de discernement. Pour cette raison, certains philosophes habituellement critiques ont été louangeux à la réception de l’encyclique.

De notre point de vue, l’éloge de la raison est ici une invitation à rompre avec une des causes majeures de la déchristianisation : le mépris de l’intelligence dans l’Eglise.

L’éloge de la raison par Jean-Paul II l’invite à reconnaître les progrès de la pensée chrétienne par d’autres voies que celle de la tradition thomiste.

    «Le renouveau thomiste et néothomiste n’a pas été l’unique signe de reprise de la pensée philosophique dans la culture d’inspiration chrétienne. Antérieurement déjà et parallèlement à l’invitation de Léon XIII, étaient apparus de nombreux philosophes catholiques qui, se rattachant à des courants de pensée plus récents, avaient produit des oeuvres philosophiques de grande influence et de valeur durable, selon une méthodologie propre. Certains conçurent des synthèses d’une qualité telle qu’elles n’ont rien à envier aux grands systèmes de l’idéalisme ; d’autres, en outre, posèrent les fondements épistémologiques pour une nouvelle approche de la foi à la lumière d’une compréhension renouvelée de la conscience morale ; d’autres encore élaborèrent une philosophie qui partant de l’analyse de l’immanence, ouvrait le chemin vers le transcendant ; et d’autres, enfin, tentèrent de conjuguer les exigences de la foi dans la perspective phénoménologique. En réalité, selon divers points de vue, on a continué à pratiquer des modèles de spéculation philosophique qui entendaient maintenir vivante la grande tradition de la pensée chrétienne dans l’unité de la foi et de la raison.» ( § 59, p. 93-91).

C’est sans doute à cause de cette ouverture que plusieurs philosophes étrangers au thomisme ont accueilli favorablement l’encyclique de Jean-Paul II. Ils se sont sentis encouragés à poursuivre leurs travaux en toute liberté.

L’éloge de la raison est fondé sur les études qui ont remis saint Thomas dans son temps et pour cette raison l’encyclique tranche avec a forme de thomisme dont nous avons relevé les défauts en citant Etienne Gilson.


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