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La référence à saint Thomas joue pour le pape un autre rôle. Elle fonde un éloge de la raison. Par le fait même elle assume lexigence dun travail scientifique dans la foi. Elle arrache donc la pensée chrétienne à la tentation récurrente du fidéisme ou du piétisme. Elle est donc en ce sens très utile face aux équivoques des nouvelles spiritualités et mouvements religieux émotionnels, où laffectif lemporte sur le souci de comprendre et sur lexigence de discernement. Pour cette raison, certains philosophes habituellement critiques ont été louangeux à la réception de lencyclique. De notre point de vue, léloge de la raison est ici une invitation à rompre avec une des causes majeures de la déchristianisation : le mépris de lintelligence dans lEglise. Léloge de la raison par Jean-Paul II linvite à reconnaître les progrès de la pensée chrétienne par dautres voies que celle de la tradition thomiste. «Le renouveau thomiste et néothomiste na pas été lunique signe de reprise de la pensée philosophique dans la culture dinspiration chrétienne. Antérieurement déjà et parallèlement à linvitation de Léon XIII, étaient apparus de nombreux philosophes catholiques qui, se rattachant à des courants de pensée plus récents, avaient produit des oeuvres philosophiques de grande influence et de valeur durable, selon une méthodologie propre. Certains conçurent des synthèses dune qualité telle quelles nont rien à envier aux grands systèmes de lidéalisme ; dautres, en outre, posèrent les fondements épistémologiques pour une nouvelle approche de la foi à la lumière dune compréhension renouvelée de la conscience morale ; dautres encore élaborèrent une philosophie qui partant de lanalyse de limmanence, ouvrait le chemin vers le transcendant ; et dautres, enfin, tentèrent de conjuguer les exigences de la foi dans la perspective phénoménologique. En réalité, selon divers points de vue, on a continué à pratiquer des modèles de spéculation philosophique qui entendaient maintenir vivante la grande tradition de la pensée chrétienne dans lunité de la foi et de la raison.» ( § 59, p. 93-91). Cest sans doute à cause de cette ouverture que plusieurs philosophes étrangers au thomisme ont accueilli favorablement lencyclique de Jean-Paul II. Ils se sont sentis encouragés à poursuivre leurs travaux en toute liberté. Léloge de la raison est fondé sur les études qui ont remis saint Thomas dans son temps et pour cette raison lencyclique tranche avec a forme de thomisme dont nous avons relevé les défauts en citant Etienne Gilson. |