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Entre les deux aspects que je viens de relever, y a-t-il contradiction ? En un sens oui. Ce qui explique pourquoi les lecteurs ont été partagés entre ceux qui ont fait léloge du texte (P. Valadier, dans la revue Etudes) et ceux qui ont dénoncé son caractère conservateur (J. Moingt, dans la revue Esprit). Cette contradiction est surmontée par la manière même dont Jean-Paul II conçoit son action pontificale. Pour cette raison, il faut ne pas se méprendre sur la problématique de lencyclique. Elle nest en rien une dissertation philosophique sur la raison. Elle se situe dans la perspective de lenseignement magistériel. Elle se place donc à partir de la révélation. Lappel de Jean-Paul II est fondée sur la conviction que la révélation est lumière qui vient sauver lintelligence. La perspective de lencyclique est une invitation à sauver la raison. Ce salut permettra de libérer lhumanité de la servitude de lerreur. Ce projet situe la mission de lEglise comme «diaconie de la vérité» ( § 2 p. 5). Le propos de Jean-Paul II est un propos qui sinscrit dans la promotion du rôle de lEglise proposant la vérité dont elle a reçu le dépôt (§ 6, p. 12) et donc dans la dynamique du salut. Or la notion de salut invite à regarder la réalité sous deux aspects. Le premier consiste à souligner la nécessité du salut et donc la misère humaine ; le second invite à souligner la grandeur de lhomme de par sa vocation surnaturelle. La démarche est donc apologétique. «LEglise a reçu le don de la vérité ultime sur la vie de lhomme, elle est partie en pèlerinage sur les routes du monde pour annoncer que Jésus-Christ est le Chemin, la Vérité et la Vie. Parmi les divers services quelle doit offrir à lhumanité, il y en a un qui engage sa responsabilité dune manière tout à fait particulière : cest la diaconie de la vérité. Dune part, cette mission fait participer la communauté des croyants à leffort commun que lhumanité accomplit pour atteindre la vérité et, dautre par, elle loblige à prendre en charge lannonce des certitudes acquises, tout en sachant que toute vérité atteinte nest jamais quune étape vers la pleine vérité qui se manifestera dans la révélation ultime de Dieu» (§ 2, p.5). Dans cette perspective Jean-Paul II inscrit sa pensée personnelle. Le salut est lié à lhomme. Pour cette raison, lintroduction est intitulée «Connais-toi toi-même», reprenant la célèbre maxime grecque. Lintention est donc de promouvoir lhomme. Cest cet humanisme qui explique que, malgré la perspective anti-moderne, le texte est tonique. Il invite à promouvoir lhumanité dans sa grandeur. Ce faisant, le pape Jean-Paul II intervient dans une débat qui concerne linterprétation de saint Thomas. Certains thomistes ont voulu extraire de loeuvre de saint Thomas une philosophie. Ils ont construit cette philosophie de manière systématique et à partir delle présenté loeuvre de saint Thomas. Les renouveaux obtenus grâce à létude historique et critique on montré que cétait une erreur. En effet saint Thomas est dabord un théologien. Pour lui, ce qui fait autorité avant toute chose est la Bible, reçue comme parole de Dieu, parole inspirée, écrite par des auteurs agissant sous la motion de lEsprit Saint. Les options philosophiques de saint Thomas sont au service de la foi. Lencyclique de Jean-Paul II qui se situe explicitement dans la perspective de la Révélation pour aller vers les oeuvres de la raison est fidèle à linspiration de saint Thomas et assume dune certaine manière les travaux menés par le retour à saint Thomas lui-même, par delà les commentaires. «Parmi les grandes intuitions de saint Thomas, il y a également celle qui concerne le rôle joué par lEsprit Saint pour faire mûrir la connaissance humaine en vraie sagesse. Dès les premières pages de sa Somme théologique, lAquinate voulut montrer le primat de la sagesse qui est don de lEsprit Saint. sa théologie permet de comprendre la particularité de la sagesse dans son lien étroit avec la foi et avec la connaissance divine. Elle connaît par connaturalité, présuppose la foi et arrive à formuler son jugement droit à partir de la vérité de la foi elle-même : La sagesse comptée parmi les dons du Saint-Esprit est différente de celle qui est comptée comme une vertu intellectuelle acquise, car celle-ci sacquiert par leffort humain, et celle-là au contraire vient den haut, comme le dit saint Jacques. Ainsi elle est également distincte de la foi, car la foi donne son assentiment à la vérité divine considérée en elle-même, tandis que cest le propre du don de sagesse de juger selon la vérité divine. La priorité reconnue à cette sagesse ne fait pourtant pas oublier au Docteur Angélique la présence de deux formes complémentaires de sagesse : la sagesse philosophique, qui se fonde sur la capacité de lintellect à rechercher la vérité à lintérieur des limites qui lui sont connaturelles, et la sagesse théologique, qui se fonde sur la Révélation et qui examine le contenu de la foi, atteignant le mystère même de Dieu.» (§ 44, p. 71). |