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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    3. Un propos pastoral et théologique

Entre les deux aspects que je viens de relever, y a-t-il contradiction ? En un sens oui. Ce qui explique pourquoi les lecteurs ont été partagés entre ceux qui ont fait l’éloge du texte (P. Valadier, dans la revue Etudes) et ceux qui ont dénoncé son caractère conservateur (J. Moingt, dans la revue Esprit).

Cette contradiction est surmontée par la manière même dont Jean-Paul II conçoit son action pontificale. Pour cette raison, il faut ne pas se méprendre sur la problématique de l’encyclique. Elle n’est en rien une dissertation philosophique sur la raison. Elle se situe dans la perspective de l’enseignement magistériel. Elle se place donc à partir de la révélation. L’appel de Jean-Paul II est fondée sur la conviction que la révélation est lumière qui vient sauver l’intelligence.

La perspective de l’encyclique est une invitation à sauver la raison. Ce salut permettra de libérer l’humanité de la servitude de l’erreur. Ce projet situe la mission de l’Eglise comme «diaconie de la vérité» ( § 2 p. 5). Le propos de Jean-Paul II est un propos qui s’inscrit dans la promotion du rôle de l’Eglise proposant la vérité dont elle a reçu le dépôt (§ 6, p. 12) et donc dans la dynamique du salut. Or la notion de salut invite à regarder la réalité sous deux aspects. Le premier consiste à souligner la nécessité du salut et donc la misère humaine ; le second invite à souligner la grandeur de l’homme de par sa vocation surnaturelle. La démarche est donc apologétique.

    «L’Eglise a reçu le don de la vérité ultime sur la vie de l’homme, elle est partie en pèlerinage sur les routes du monde pour annoncer que Jésus-Christ est “le Chemin, la Vérité et la Vie”. Parmi les divers services qu’elle doit offrir à l’humanité, il y en a un qui engage sa responsabilité d’une manière tout à fait particulière : c’est la diaconie de la vérité. D’une part, cette mission fait participer la communauté des croyants à l’effort commun que l’humanité accomplit pour atteindre la vérité et, d’autre par, elle l’oblige à prendre en charge l’annonce des certitudes acquises, tout en sachant que toute vérité atteinte n’est jamais qu’une étape vers la pleine vérité qui se manifestera dans la révélation ultime de Dieu» (§ 2, p.5).

Dans cette perspective Jean-Paul II inscrit sa pensée personnelle. Le salut est lié à l’homme. Pour cette raison, l’introduction est intitulée «Connais-toi toi-même», reprenant la célèbre maxime grecque. L’intention est donc de promouvoir l’homme. C’est cet humanisme qui explique que, malgré la perspective anti-moderne, le texte est tonique. Il invite à promouvoir l’humanité dans sa grandeur.

Ce faisant, le pape Jean-Paul II intervient dans une débat qui concerne l’interprétation de saint Thomas. Certains thomistes ont voulu extraire de l’oeuvre de saint Thomas une philosophie. Ils ont construit cette philosophie de manière systématique et à partir d’elle présenté l’oeuvre de saint Thomas. Les renouveaux obtenus grâce à l’étude historique et critique on montré que c’était une erreur. En effet saint Thomas est d’abord un théologien. Pour lui, ce qui fait autorité avant toute chose est la Bible, reçue comme parole de Dieu, parole inspirée, écrite par des auteurs agissant sous la motion de l’Esprit Saint. Les options philosophiques de saint Thomas sont au service de la foi. L’encyclique de Jean-Paul II qui se situe explicitement dans la perspective de la Révélation pour aller vers les oeuvres de la raison est fidèle à l’inspiration de saint Thomas et assume d’une certaine manière les travaux menés par le retour à saint Thomas lui-même, par delà les commentaires.

    «Parmi les grandes intuitions de saint Thomas, il y a également celle qui concerne le rôle joué par l’Esprit Saint pour faire mûrir la connaissance humaine en vraie sagesse. Dès les premières pages de sa Somme théologique, l’Aquinate voulut montrer le primat de la sagesse qui est don de l’Esprit Saint. sa théologie permet de comprendre la particularité de la sagesse dans son lien étroit avec la foi et avec la connaissance divine. Elle connaît par connaturalité, présuppose la foi et arrive à formuler son jugement droit à partir de la vérité de la foi elle-même : “La sagesse comptée parmi les dons du Saint-Esprit est différente de celle qui est comptée comme une vertu intellectuelle acquise, car celle-ci s’acquiert par l’effort humain, et celle-là au contraire ‘vient d’en haut’, comme le dit saint Jacques. Ainsi elle est également distincte de la foi, car la foi donne son assentiment à la vérité divine considérée en elle-même, tandis que c’est le propre du don de sagesse de juger selon la vérité divine”. La priorité reconnue à cette sagesse ne fait pourtant pas oublier au Docteur Angélique la présence de deux formes complémentaires de sagesse : la sagesse philosophique, qui se fonde sur la capacité de l’intellect à rechercher la vérité à l’intérieur des limites qui lui sont connaturelles, et la sagesse théologique, qui se fonde sur la Révélation et qui examine le contenu de la foi, atteignant le mystère même de Dieu.» (§ 44, p. 71).


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