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Article : Encyclique Fides et ratio --- Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    2. La sagesse de Dieu

L’intention et le projet de Dieu reposent sur un événement : la résurrection du crucifié. Cet acte, qui est au sens strict la Pâque de Jésus, est au principe d’une expérience spécifique qui est exprimée diversement selon les textes du Nouveau Testament.

1. Pour Paul, le maître-mot est celui de réconciliation. Ce terme est politique ; il s’inscrit dans le contexte du temps où la Pax romana et le Shalom biblique (messianique) se rencontrent. Le salut est visible dans l’unification de tous, Juifs et Grecs, dans une même confession de foi au Dieu unique. Le prix à payer de cette réconciliation est le don de sa vie tel que Jésus l’a fait dans toute sa vie active et dans sa mort même. L’unité du monde est l’attestation que le plan de Dieu, conçu dès l’origine, se réalise. On peut donc reconnaître dans «la folie et le scandale de la croix» la manifestation du projet de Dieu et de son amour. La paix est le signe du Règne de Dieu qui vient. Le terme de justice, employé par Paul, explicite cette dimension en référence à une loi donnée par Dieu dès le commencement et donc à une intention partagée.

2. Pour Jean, le maître-mot est celui de communion. La koinônia réalise l’aspiration religieuse de l’humanité. La première épître de Jean l’explicite longuement : la communion se fait dans la chair et non dans une évasion de type gnostique ou spiritualiste qui n’est qu’aristocratie vivant au détriment d’autrui. L’intention de Dieu est réaliser un peuple réuni dans l’amitié et la réciprocité du don et de la reconnaissance de l’action de Dieu dans l’histoire. Cette communion est une relation à Dieu et un partage de sa vie à l’intime de soi. Le terme d’esprit reçoit alors un sens nouveau ; il désigne Dieu communiqué et donné, présent au coeur de tous les croyants.

3. Les textes de Jean et de Paul ont été repris par leur disciples immédiats qui ont développé à la fin du premier siècle ces intuitions fondatrices dans un développement universel. Il ne s’agit pas seulement de quelques privilégiés, mais de tous les hommes, depuis Adam jusqu’à l’achèvement de l’histoire. La marche de l’humanité s’éclaire du commencement à la fin. Plus encore, le devenir du cosmos se comprend grâce au mystère pascal comme en témoignent le prologue de Jean et les hymnes des épîtres aux Colossiens et Ephésiens.

Il s’agit donc d’une sagesse. Elle seule permet de comprendre la totalité de l’histoire, dans son aspect lumineux, mais aussi dans son aspect ténébreux. La sagesse assume l’énigme du mal sur laquelle ne cesse de buter la raison. Si le mystère pascal est ce contre quoi se heurte la raison, il apparaît que ce n’est pas pour se briser, mais pour s’élargir - comme la graine se brise pour laisser passer le germe.


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