I. Les attitudes de la science et de la théologie.
1. La première attitude est l'ignorance mutuelle. Dans la reconnaissance de l'irréductible différence de leur domaine d'étude et de leur méthodes, les scientifiques et les théologiens se tiennent à distance les uns les des autres. Il y a un parallélisme strict. Une telle attitude a diverses motivations, nobles ou moins nobles :
1. l'humilité devant la compétence d'autrui et conscience vive de ses propres limites, ou
2. le respect pour la liberté de recherche d'autrui, mais aussi
3. la peur d'une intervention d'autrui dans son domaine réservé, ou encore
4. l'ignorance de l'importance des travaux dans d'autres domaines.
2. La deuxième attitude est celle de la domination. Les conflits évoqués plus haut en sont la manifestation. Le savoir médiéval avait pour adage Philosophia ancilla theologiae. Les modernes ont placé en tête le savoir mathématisé. Une telle attitude est fondée sur le mépris ou mène à des dominations indues. Le créationnisme par exemple n'accueille comme vrai que ce qui concorde avec les récits bibliques lu de manière non critique. De même dans nombre de travaux cosmologiques, le refus du modèle standard est lié au refus de l'idée de création. Ainsi, faute de reconnaissance mutuelle sincère, le rapport entre les sciences et la théologie est un rapport de force qui mène à un appauvrissement de la pensée.
1. La troisième attitude est celle du dialogue. Le terme se réfère à l'attitude de l'apôtre Paul dont les Actes des apôtres nous disent qu'il dialoguait (dielegeto) avec ses interlocuteurs à Athènes (Act 17). Le dialogue suppose en effet la reconnaissance de la différence et la recherche d'un langage commun. Dans cette perspective de dialogue deux attitudes sont possibles. L'une voit entre la science et la foi une convergence, l'autre une complémentarité. Par convergence, nous entendons que la science et la foi en se développant pour élucider le réel emploient des termes qui se rejoignent. Il n'y a donc pas de séparation entre la science et la théologie puisque leur différence n'est pas absolue et qu'elles finissent par instaurer un langage commun. Ce langage permet à la science de fortifier la conviction religieuse et à la vision religieuse d'être matricielle pour le travail scientifique. Par complémentarité, nous entendons que la science et la foi usent de registres de vocabulaires spécifiquement distincts qui ne sauraient avoir des concepts communs. Mais que l'une et l'autre s'enracinent dans des attitudes d'esprit et dans une vision du monde qui leur est commune et qui se nourrit de leurs apports communs. Pour bien discerner entre ces deux modes, nous allons relever un thème est essentiel, celui du commencement du monde, où théologie de la création et cosmologie se rencontrent.
Dernière mise à jour le 4 octobre 1997