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Article : Mieux dire le péché originel grâce aux sciences de la nature
Auteur : Fr. Jean-Michel Maldamé op

    3. Valeur documentaire des textes de la Genèse

Les textes bibliques n'ont pas de valeur pour dire les origines de l'homme plusieurs dizaines de milliers d'années en arrière. Ils ont une valeur documentaire sur le changement de société au néolithique. On connaît cette période par les fouilles du Moyen Orient. Au plan scientifique et dans la perspective d'une étude historique, on peut lire les textes de la Bible comme des témoins de la culture où ils ont été écrits. Ceci ne permet pas de remonter loin dans le passé, même si grâce à eux on peut accéder aux temps préhistoriques en pensant qu'il y a une mémoire conservée dans cette tradition.

Une telle méthode permet d'utiliser les documents dans une perspective anthropologique, puisque les documents bibliques puisent dans une mémoire qui témoigne d’un certain état culturel :

    «Lorsque la Genèse prend acte de l'existence en Eden, d'une relation immédiate entre Dieu et ses créatures, elle ne fait que relater, dans le langage propre au mythe, la vie des chasseurs collecteurs nomades préhistoriques soumis au respect de certains tabous (alimentaires) et croyant en une puissance supérieure, mais ignorant la division du travail, même entre sexes, et ne subissant pas l'assujettissement à un pouvoir politico-religieux ; avec le péché, c'est-à-dire avec la modification de la situation historique, division du travail, médiation, médiateur, pouvoir feront leur apparition»6.

Les récits bibliques ne sont pas le fruit de l'imagination bâtissant des mythes sans fondement. Ils traduisent la réalité vécue par les hommes à un moment de leur histoire. Une étude anthropologique ne peut les rejeter. Mais on ne peut pour autant leur donner une place absolue, parce qu'ils ne témoignent que d'un moment limité de l'aventure humaine et de la préhistoire7.

Cette lecture s'inscrit dans une perspective commune aux préhistoriens. Ceux-ci considèrent que le passage de l'état de civilisation marqué par la cueillette à la civilisation dominée par le travail agricole a été l'occasion d'une nostalgie d'un temps idéal qui aurait été un «âge d'or». Cette thèse, promue entre autres par Gabriel Camps8, donne une explication de la naissance des cultures en terme de défi. Cette thèse, devenue un lieu commun, doit plus au mythe de l'âge d'or présenté par Hésiode qu'au texte de la Genèse.

En l'état actuel des connaissances, les textes bibliques ne peuvent être considérés comme ayant valeur documentaire sur tout le processus de l'hominisation. Ils ne nous renseignent que sur ce qui est très proche de la période présente. Les textes bibliques doivent donc être lus pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire comme des textes fondateurs pour la confession de foi et corrélativement pour la compréhension de la notion de péché. Pour entrer dans l’intelligence de l’expression «péché originel», il convient donc de parler du péché de manière spécifiquement théologique, sans chercher à faire concorder cette expression avec quelque conclusion relevant de l’anthropologie physique ou culturelle.

6 Alain LAMEYRE, Les Philosophes à l’âge de Pierre, Paris, PUF, 1992, p. 57.

7 Cf. Henri RONDET, Emmanuel BOUDES et Gustave MARTELET, Péché originel et péché d’Adam, «Avenir de la théologie, n° 9», Paris, édit. du Cerf, 1969.

8 La Préhistoire. A la recherche du paradis perdu, Paris, Perrin, 1970.


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