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La notion de péché est-elle première ? Oui en un sens dans la mesure où la notion de culpabilité est structurante dans le psychisme de tous les humains. Mais cela ne signifie pas que la notion de faute soit pensable sans être précédée par une certaine idée de bien quelle contredit ou nie. On retrouve là une idée qui explicite la notion métaphysique de mal comme privation. Le mal n'étant pas une substance, il n'est réel que dans un sujet qu'il prive de son dû. La faute est un mal qui est connu dans le bien qu'il détruit. Il en va de même pour la notion de péché, qui est corrélative à la conscience de la présence de Dieu, dun Dieu personnel et donc de la Révélation et du don de la grâce. Sur ce point, loeuvre de saint Augustin est exemplaire. Pour ce maître, comme pour saint Thomas dAquin, la conscience du péché suit la connaissance du salut. C'est à la mesure de la connaissance du bien que le péché se révèle en sa malice, comme le montre la théologie biblique10. La notion de péché prend sens pour celui qui est entré dans la démarche du salut. Le débat théologique classique sur l'attrition et la contrition montre l'importance de cette notion. Linterprétation de ladage ex attrito fit contritus proposée par saint Thomas montre que c'est le pardon, marque d'un amour parfait qui donne la connaissance et la conscience du péché au pécheur. Cette thèse vient dêtre rappelée, par un tout autre chemin, par L. Basset11. Sans cet amour premier, lhomme ne connaît pas le bien, et donc pas ce qui le nie. Il ignore son péché - sinon par les effets de malheur qu'il entraîne. Le débat sur le rapport entre le péché et la grâce est complexe, car il mêle deux ordres de considérations : un ordre proprement ontologique et un autre historique ou existentiel. Selon la deuxième perspective le péché précède la grâce ; il semble que, tel lenfant prodigue de la parabole, le pécheur doit avoir éprouvé la détresse due à la perte de lamitié du père pour revenir à lui. Mais la lecture attentive du texte évangélique montre que lexpression de son regret ne devient repentir quà lécoute de la parole du père qui nattend pas que son fils ait fait amende honorable pour lui manifester son amour. La difficulté théologique qui est posée à propos du «péché originel» est là : comment sarticulent récit historique et réflexion théologique sur les rapports de la grâce, du pardon, du péché et du salut ? A cette première difficulté sajoute une autre. La notion de péché désigne en premier lieu le péché personnel, celui qui est commis par une personne en connaissance de cause et volontairement. Mais il existe une autre dimension au péché, la dimension collective. Même sans parler de «péché collectif», il existe une expérience sociale et communautaire du péché. Ces deux dimensions du péché se retrouvent dans le sens habituel de lexpression «péché originel»12. Or celle-ci demande à être repensée. Pour cela nous proposons de distinguer entre trois expressions. La première est la notion dogmatique de «péché originel» ; les deux autres sont attestées dans les Ecritures qui parlent du «péché d'Adam» et du «péché du monde». Notre thèse est que les deux expressions scripturaires doivent être retrouvées dans leur pleine force, selon le sens quelles ont en elles-mêmes. Il nous faut pour cela rompre avec lhabitude qui donnant la primauté et lexclusive à la seule expression de «péché originel» pour dire la condition des hommes pécheurs et leur solidarité dans le malheur. Nous nous écartons donc de ceux qui ont considéré ces deux expressions uniquement comme le fondement biblique de la doctrine du péché originel. Nous sommes en effet mal à laise avec les tentatives actuelles pour expliquer la théologie du péché originel. Elles finissent toujours par affaiblir laffirmation dogmatique ou se retrouver en contradiction avec les études sur lorigine de lhomme13. Nous proposons donc dentendre ces deux expressions dans leur sens propre, le sens littéral. 10 Stanislas LYONNET, article «Péché», dans Dictionnaire de la Bible, Supplément, t. 7, col. 486-567 ; Louis PANIER, Le péché originel. Naissance de lhomme sauvé, Paris, édit. du Cerf, 1996. 11 Lytta BASSET, Le Pardon originel, De labîme du mal au pouvoir de pardonner, Genève, Labor et fides, 1995. 12 Albert-Marie DUBARLE, Le Péché originel dans lEcriture, «Lectio divina», Paris, édit. du Cerf, 1966 ; Henri RONDET, Le Péché originel dans la tradition patristique et théologique, Paris, 1967 ; Pieter SCHOONENBERG, LHomme et le péché, Paris, 1967. 13 Dans limmense littérature consacrée à ce thème, cf. Albert-M. DUBARLE, Le Péché originel dans lEcriture, «Lectio divina», Paris, édit. du Cerf, 1966 ; Henri RONDET, Le Péché originel dans la tradition patristique et théologique, Paris, 1967 ; Jacques BUR, Le Péché originel. Ce que lEglise a vraiment dit, «Théologies», Paris, édit. du Cerf, 1988. |